Présidence CGEM : ce qu’ils attendent de Moulay Hafid Elalamy

Vainqueur sans avoir livré bataille. Finalement, My Hafid Elalamy sera le seul candidat aux élections pour la présidence de la CGEM qui auront lieu le 30 juin.

Vainqueur sans avoir livré bataille. Finalement, My Hafid Elalamy sera le seul candidat aux élections pour la présidence de la CGEM qui auront lieu le 30 juin. Il succédera à Hassan Chami dont les deux mandats successifs n’auront pas été de tout repos avec une confédération patronale en proie au doute et aux divisions.

Et c’est sans doute là que l’on attend le futur président. Si son élection est chose acquise, si plusieurs fédérations lui ont apporté leur soutien et si son arrivée à la tête de la CGEM a incité nombre d’entreprises à devenir ou – et surtout – redevenir membre de la confédération patronale (voir en direct p. 6), les espoirs placés en lui, les défis qu’il se doit de relever sont d’autant plus élevés.

En faisant le tour de quelques patrons, les demandes les plus insistantes ont trait d’abord à l’image de la CGEM qu’il s’agit de redorer ; le travail d’équipe que le président devra restaurer ; le positionnement de la centrale comme véritable prestataire de service au profit des entreprises qu’il y a lieu de mettre en place ou encore ce statut de partenaire crédible des pouvoirs publics à réaffirmer. Certes, le président entrant ne part pas de rien. En dix ans, la CGEM s’est imp osée comme interlocuteur sérieux, mais aujourd’hui les patrons demandent plus. Ils veulent une CGEM forte et unie et affirment être prêts à supporter les efforts de ses dirigeants aussi bien matériellement que moralement. Est-ce en ce sens qu’il faut interpréter le retour en son sein de grands groupes ? L’avenir le dira. En tous les cas, à un mois et demi de l’issue finale, la mobilisation est perceptible. La mission du futur président n’en sera que plus difficile. Florilège d’avis sur ce que l’on veut que My Hafid Elalamy fasse.

«Pousser les patrons à investir, leur trouver des opportunités d’affaires»

Rachid Jamaï Vice-président de la Fédération nationale de l’immobilier (FNI)
La CGEM a besoin de relever plusieurs challenges et je pense que l’homme qui a fait ça dans les affaires peut le faire au niveau du patronat. My Hafid Elalamy doit se concentrer sur deux principaux objectifs : le premier est d’insuffler aux patrons une nouvelle culture des affaires, en rapport avec la conjoncture économique actuelle.

Le deuxième objectif est de pousser les patrons à accompagner le développement de l’économie. La CGEM ne doit pas seulement être le porte-parole des revendications ou des propositions de réforme, elle doit aussi accompagner les entreprises dans leur développement en prospectant de nouvelles niches d’investissement. Cela en réalisant des études, en recourant à des experts, en signant des partenariats avec des consultants, des universités…

Dernier point, et non des moindres, il faudra que le président de la CGEM travaille en équipe pour pouvoir mener de front tous les chantiers n

«Ni chambre d’enregistrement ni opposition radicale : une CGEM professionnelle»

Youssef Alaoui Président de la Fédération industrielle de l’aviculture (Fisa)
Le nouveau président devra s’atteler à professionnaliser la CGEM, faire en sorte qu’elle ne soit plus seulement une boîte à courrier. La CGEM doit faire des études, se donner les moyens qu’il faut et devenir un prestataire de service pour les adhérents. Elle doit s’ouvrir aux régions. Autre mission, le président doit resouder les rangs de la confédération qui a été fragilisée par les divisions. Enfin, il faut instaurer une politique de dialogue et de concertation avec les pouvoirs publics sans être systématiquement une chambre d’opposition ni un opposant radical.

«Combler le déficit d’image de l’entreprise auprès du politique»

Aziz Qadiri Président de la Fédération des industries forestières, arts graphiques et emballages (Fifage)
Le nouveau président doit d’abord redynamiser le fonctionnement interne de la CGEM notamment au niveau de son staff. Il doit également trouver les moyens d’augmenter les recettes de la confédération. Par ailleurs, il devra s’attaquer en priorité au dossier du Code du travail soit pour le compléter soit pour revoir certaines dispositions qui ne fonctionnent pas. Il y a également la question environnementale qu’il faut absolument régler notamment en contribuant à faire sortir les textes de lois. Dernier dossier urgent : la fiscalité. Les incitations que propose le Maroc aujourd’hui sont en deçà du niveau de certains pays concurrents. L’impôt doit être utilisé davantage comme levier pour améliorer l’attractivité de notre pays. Et pour cela, il faut une dose de courage politique. La CGEM, et son président, ont un rôle à jouer sur cette question. Enfin, le futur président devra agir en vue de combler le déficit d’image dont souffre encore l’entreprise auprès du politique et de manière générale de son environnement externe.

«Défendre un peu mieux les intérêts des patrons face aux partenaires sociaux»

Abdelaziz Taârji Président de la Fédération nationale de l’électricité (FENELEC)
Nous attendons du futur président de la CGEM qu’il s’implique lui-même et arrive à impliquer les membres dans la gestion de la confédération. J’insiste sur le travail d’équipe. Il faut aussi que la CGEM défende un peu mieux les intérêts de l’entreprise vis-à-vis du gouvernement ou des syndicats, quitte a taper du poing sur la table s’il le faut. Plusieurs chantiers doivent être achevés : le Code du travail, la réglementation des marchés publics…

«Protéger le consommateur et les entreprises et revoir la logique du démantèle-ment tarifaire»

Ahmed Rahhou Président directeur général de Lesieur Cristal
Je pense que nous avons besoin de poser les jalons d’une réglementation adaptée à une économie ouverte. Pour cela, il y a trois grands chantiers qui n’ont pas été jusqu’à présent abordés par le patronat. Premièrement, il faut que l’administration des Douanes, à l’instar des autres pays, renforce son nouveau rôle à savoir la protection du consommateur et des entreprises. Pour cela, nous avons besoin de normalisation et d’organes compétents pour contrôler. Cela ne peut se faire que grâce à un partenariat CGEM/pouvoirs publics. Deuxièmement, il est nécessaire de revoir la logique des démantèlements douaniers. Parfois, on démantèle les droits de douane pour un produit donné tout en mettant mal à l’aise l’industriel marocain (cas de la biscuiterie). Etat et CGEM devraient ouvrir ce dossier pour plus de cohérence pour certaines filières. Et en dernier lieu, il faut entamer la réforme de la réglementation des changes pour instaurer une plus grande souplesse. Car nous avons une réglementation trop stricte pour une économie qui s’ouvre de plus en plus sur le monde.

«Il faut créer un engouement autour de la CGEM»

Othman Cherif Alami Directeur général d’Atlas Voyages
Je pense que le duo My Hafid El Alamy et Mohamed Chaïbi est en mesure de donner un nouveau cap à la CGEM dans le sens de la recherche de nouvelles pistes de croissance. Nous attendons d’eux qu’ils créent un engouement, autour de la confédération, de l’ensemble des entreprises, loin des étiquettes politiques et de l’esprit de clan. J’espère que la stratégie future de la CGEM s’inspire de la méthode qui a donné naissance à la Vision 2010 pour le tourisme, c’est-à-dire une large concertation des opérateurs privés et publics qui débouchera sur un plan de travail, des objectifs et des délais de réalisation n

«Un intérêt pour le transport touristique»

Said Scally Président de FS Tours
Nous attendons du nouveau président de la CGEM qu’il donne la place qu’il faut au transport touristique. Car force est de constater qu’à ce jour les intérêts des sociétés de transport touristique ne sont défendus ni par la Fédération nationale du tourisme, ni par la CGEM elle-même.
L’opinion doit savoir aujourd’hui qu’un autocar de tourisme coûte 2 millions de dirhams, soit l’équivalent de quatre chambres d’un hôtel 4 étoiles. Multipliez par le nombre d’autocars touristiques qui circulent et vous avez une idée de l’investissement ( très risqué) dans ce secteur

«Restructurer la CGEM pour qu’elle défende mieux nos intérêts»

Ali Moammah Président d’honneur de l’Amica
Aujourd’hui, l’entreprise marocaine, face à la compétition internationale féroce, doit avoir accès aux facteurs de production à des coûts moindres. C’est le cas de l’énergie, des charges sociales, des taux d’intérêt bancaires, etc. Le président de la CGEM doit faire en sorte que les entreprises marocaines puissent accéder à ces avantages. Il doit également régler d’urgence les problèmes posés par certaines dispositions du Code du travail. Autre chantier important : la restructuration en interne de la CGEM qui doit être mieux outillée pour mieux représenter les entreprises et surtout mieux défendre leurs intérêts.

«Le président doit se rapprocher davantage des fédérations sectorielles»

my Youssef Alaoui Président de la Fédération des IMME
Le nouveau président devra avant toute chose se rapprocher des fédérations sectorielles et des associations professionnelles et leur donner un statut de vrai relais avec les entreprises car les associations connaissent mieux les problèmes et les attentes de leurs secteurs respectifs. La CGEM ne doit pas s’occuper des problèmes spécifiques aux secteurs mais plus des questions d’ordre général et transversal. C’est pour cela que le président devra utiliser les relais que sont les associations.

«Constituer une équipe prête à s’impliquer et démocratiser la prise décision»

Mohamed Khalil Directeur général de DariCouspâtes
Le chantier est immense, mais l’attente prioritaire, à mon avis, est de sensibiliser toutes les entreprises pour soigner cette institution qu’est la CGEM et qui a l’air de souffrir. Le nouveau président devrait constituer une équipe prête à s’impliquer dans cette mission.
Il faut démocratiser la prise de décision pour que celle-ci ne reste pas, comme c’est le cas aujourd’hui, l’apanage d’un groupe de personnes. Par ailleurs, la nouvelle équipe devrait permettre à la CGEM de s’ouvrir sur les petites et moyennes entreprises pour ne plus être tournée seulement vers les grands groupes.

« Il doit être à l’écoute des grandes fédérations »

Moulay Abdellah Alaoui Président de la Fédération nationale de l’énergie
Le futur président doit faire preuve d’une grande écoute à l’égard des grandes fédérations et être en mesure de comprendre les visions qu’elles développeront pour leurs secteurs respectifs. Pour ce qui est des dossiers urgents, j’en citerai trois : la révision du Code du travail pour le rendre opérationnel, la fiscalité, particulièrement celle grevant le secteur énergétique qui est obsolète, et enfin le développement d’une culture entrepreneuriale et la réhabilitation de l’image de l’entreprise et du chef d’entreprise auprès de ses partenaires.

«La CGEM doit être une force de critique constructive et de proposition»

Mohamed Houbachi DG de Polymédic
Les chantiers prioritaires du président de la CGEM concernent essentiellement le Code du travail et l’accompagnement des entreprises pour faire face à la mondialisation, et le financement. Pour le Code du travail, il faut œuvrer pour la clarté des dispositions et trancher la problématique de la flexibilité. Parallèlement, la CGEM doit être une force de critique constructive et de proposition pour instituer des mesures d’accompagnement des entreprises, spécialement les PME, dans la course à la compétitivité. Pour l’instant, la CGEM est plutôt tournée vers les grandes entreprises et le secteur du textile. Enfin, il faut assouplir les relations avec les banques. Celles-ci sont en surliquidité alors que les entreprises n’osent pas investir en raison de l’importance des garanties exigées.

«Un marché du travail plus flexible et une justice efficace »

Karim Zaz DG de Maroc Connect
Le futur président devra s’attaquer à trois dossiers qui sont, à mon sens, cruciaux. Le premier concerne la flexibilité du travail. Il faut, certes, revoir le Code du travail mais surtout faire en sorte que l’accès à l’emploi soit plus facile. Le deuxième volet est celui de la fiscalité qui doit être un levier pour améliorer la compétitivité de l’entreprise.
Il est urgent de revoir aussi bien la fiscalité sur les salaires que l’impôt sur les sociétés (IS). Il devra enfin plancher sur le gros dossier de la justice dans notre pays. La CGEM doit contribuer et pousser dans le sens d’une justice réellement indépendante, transparente, efficace, rapide, intègre…pour redonner confiance aux investisseurs.

«Multiplier les contrats-programmes»

Abdelatif Izem Directeur de la Fédération nationale de la minoterie
Ce que nous attendons de la prochaine présidence de la CGEM, c’est d’être à l’écoute des membres de la confédération, de comprendre leur vision et de défendre cette vision auprès de l’administration. Le tout, bien entendu, dans un esprit non pas de confrontation mais de partenariat. Et l’une des voies, sinon la voie la plus indiquée pour réaliser ce partenariat, ce sont les contrats-programmes, qu’il faudrait développer, comme cela est déjà le cas pour certains secteurs. L’objectif étant d’accélérer l’évolution économique et de construire ensemble, patronat et administration, le Maroc de demain. S’agissant des chantiers prioritaires, il va de soi que, en tant que minotiers, le parachèvement de la libéralisation de notre secteur nous paraît être une priorité.

«Réhabiliter le rôle de l’entrepreneur au Maroc»

Mamoun Marrakchi Président de l’Association marocaine de plasturgie
Il y a une image négative qui colle systématiquement au patron, et cela est évidemment injuste. L’une des missions du futur président de la CGEM devrait être à mon avis la réhabilitation de l’image de l’entrepreneur. C’est évidemment un travail de longue haleine, car changer les mentalités ne s’obtient pas aussi vite et aussi facilement que cela.
Deux chantiers prioritaires en particulier : la nécessité de revoir le fonctionnement de la CGEM afin de permettre à celle-ci de s’autofinancer et la réorganisation des relations entre la CGEM et ses membres (entreprises et fédérations), car aujourd’hui ces relations ne sont pas claires.