Premières mesures d’urgence pour arrêter la flambée des prix

La tomate, la pomme de terre et l’oignon exonérés de la taxe locale
de 7%.
Suspension des droits de douane
sur le beurre.
Les intermédiaires premiers coupables de la flambée.

A situation urgente, mesures urgentes. Dans le sillage de la flambée des prix des denrées alimentaires, notamment les produits de première nécessité, et de la montée des mouvements de protestation qui s’en sont suivis, les pouvoirs publics ont décidé d’agir très vite pour endiguer la déferlante. Bien sûr, la précipitation a occasionné quelques cafouillages comme cette annonce faite par voie de presse sur l’augmentation du prix du pain de 30 centimes au moment o๠le gouvernement et les boulangers étaient encore en discussion. Annonce qui sera finalement rattrapée par le gouvernement deux jours plus tard. Pas d’augmentation du prix du pain et l’Etat décide de mettre la main à  la poche pour permettre aux importateurs de blé et aux minotiers de continuer à  fournir la farine aux boulangeries à  un prix raisonnable ne dépassant guère les 3,63 DH le kilo.

Mais ce n’est pas tout, lors d’une réunion d’urgence, tenue au siège de la Primature lundi 24 septembre, une série de mesures a été prise. Une réunion qui a pris des airs de cellule de crise avec la présence notamment du ministère des affaires générales, de l’intérieur, des finances, de l’industrie et du commerce, et de l’agriculture. Objectif : trouver les moyens d’amortir la flambée des prix de certaines denrées. Ainsi le beurre se voit exonéré momentanément de droits de douane. Et le gouvernement a préféré ratisser large en s’attaquant aux prix des légumes qui sont aussi touchés par la fièvre. Ainsi, pour les trois légumes les plus consommés par les Marocains, aussi bien pendant le Ramadan qu’en période normale, à  savoir la tomate, la pomme de terre et l’oignon, les pouvoirs publics ont décidé de supprimer momentanément la taxe locale de 7% appliquée au prix lors du transit par un marché de gros. Des mesures qui viendront s’ajouter à  celles annoncées quelques jours auparavant concernant les blés dur et tendre importés et la farine.

Si l’annonce de telles mesures a permis de calmer les esprits, il n’en demeure pas moins qu’à  l’heure o๠nous mettions sous presse, le gouvernement n’avait toujours pas fixé les modalités pratiques de leur mise en Å“uvre.

La taxe locale génère des centaines de millions de DH de recettes pour les communes
Pour le blé, par exemple, le décret n’était toujours pas sorti du circuit de la signature, la Douane devant faire presque du porte-à -porte d’un ministère à  l’autre pour les contreseings. Une source à  la Douane révèle à  ce titre que le projet qui circule ne porte pas encore de date de publication ni de dates d’entrée en vigueur, celles-ci ne devant être portées qu’au moment de la publication au Bulletin officiel. Idem pour le beurre dont le décret, à  l’heure o๠nous mettions sous presse, n’était toujours pas complètement rédigé.

Si pour ces deux produits il est simplement question de signature, pour la suppression de la taxe locale sur les légumes, la mise en Å“uvre risque, en revanche, d’être beaucoup plus compliquée et pourrait même se heurter à  des blocages vu l’enjeu financier que cela représente. Aujourd’hui, les marchés de gros sont placés sous la tutelle de la direction générale des collectivités locales (ministère de l’intérieur) et la taxe de 7% procure des centaines de millions de DH de recettes pour les communes. Pour la seule ville de Casablanca, la taxe génère une recette quotidienne d’un million de DH pour le Conseil de la ville. Le ministère de l’intérieur et les communes accepteront-ils d’abandonner une telle manne ? «Le ministère de l’intérieur était partie prenante à  la réunion et a approuvé la décision», confirme une source à  la Primature. Bien sûr, les collectivités ne pourront que suivre. Pour le ministre des affaires économiques et générales, Rachid Talbi Alami, «il faut relativiser ces enjeux car nous ne parlons que de trois légumes et pas de tous». Pour le ministre, la taxe de 7% pour ces trois légumes ne devrait pas représenter plus de 30 MDH en tout.

Ces mesures suffiront-elles à  arrêter l’hémorragie ? Certains en doutent. Un responsable à  la direction de la protection végétale (DPV) du ministère de l’agriculture rappelle que «50% des volumes de légumes et fruits qui se vendent au détail ne transitent pas par les marchés de gros». Pour lui, «le vrai, et peut-être le seul problème aujourd’hui, ce sont les intermédiaires». Notre interlocuteur en donne pour preuve deux arguments : d’abord, il n’y a pas de pénurie de ces trois légumes (la tomate, la pomme de terre et l’oignon) et les productions mises quotidiennement sur les marchés sont suffisantes (voir encadré). Ensuite, et c’est là  que le bât blesse, la différence entre le prix payé à  la ferme et celui du détail est important, ce qui démontre les marges mirobolantes que prennent les intermédiaires. Exemple : la tomate se vend à  un prix moyen de 1,50 DH à  la ferme et coûte en moyenne 3 à  4 DH dans les marchés de gros. «Les premiers coupables sont les intermédiaires», martèle ce responsable. Pour lui, la solution durable passe par la réforme des marchés de gros, notamment du système des agréments délivrés à  des mandataires dans les marchés de gros. Un avis que semblent partager tous les départements. D’o๠la décision de s’attaquer aussi aux intermédiaires mal intentionnés et aux spéculateurs, notamment les commerçants qui stockent les denrées en grandes quantités pour en faire monter les prix. Une décision somme toute provisoire car c’est tout le système des agréments des marchés de gros qui doit être revu en profondeur en vue d’une solution durable.

Voilà , une fois de plus, des problèmes que l’on aurait pu éviter depuis longtemps si le conseil de la concurrence et des prix avait été opérationnel.