Premier semestre 2008 : du bon et du moins bon

BTP, phosphates, services et certaines activités manufacturières continuent d’enregistrer de bonnes performances. Le déficit commercial continue de s’aggraver. Solde budgétaire ordinaire largement positif à  fin mai.

En terme de croissance économique, l’année 2008 semble s’acheminer vers la réalisation de la prévision de départ, à savoir une progression du PIB supérieure à 6% : 6,8% selon le ministère des finances et 6,2% selon le Haut commissariat au plan (HCP). Déjà, sur le premier trimestre, la situation des comptes nationaux, publiée début juillet par le HCP, montre que l’économie marocaine a enregistré un taux de croissance de 7%, contre 3% à la même période de l’exercice précédent.

Il faut le dire, le niveau relativement élevé de la croissance cette année s’explique, en partie, par la faiblesse de l’activité en 2007 avec un PIB en faible croissance de 2,7% seulement. L’agriculture, comme toujours, en fut la cause principale.

En effet, alors qu’en 2007 la valeur ajoutée du secteur agricole avait baissé de 20 %, elle progressera finalement de 9,7 % en 2008.
Hormis la donne agricole, cependant, les autres secteurs – productifs notamment – évoluent tous favorablement, à l’exception du tourisme, dont la situation est pour le moins contrastée.

La demande électrique s’accroît de 8,4%
Ainsi, dans le secteur secondaire, la production marchande des phosphates s’est améliorée de 19% sur les cinq premiers mois de 2008. Avec une conjoncture internationale favorable pour ce type d’activité, en particulier le renchérissement des cours sur les marchés mondiaux, les exportations de phosphate brut ont progressé en valeur de 171%. Idem pour les produits transformés, avec un accroissement des ventes à l’étranger des engrais naturels et chimiques et de l’acide phosphorique respectivement de 132 % et 157 %.

L’énergie électrique, on le sait déjà, croît à un rythme annuel moyen de 8 % depuis 2004. Entre janvier et mai 2008, l’accroissement de la consommation d’électricité a atteint 8,4 %, traduisant tout à la fois la bonne tenue du secteur de l’habitat et des activités industrielles et, bien sûr, la généralisation de l’électricité, à travers le PERG (programme d’électrification rurale global).

Concernant justement le BTP (bâtiment et travaux publics), la bonne santé de ce secteur apparaît à travers au moins deux indicateurs : les ventes de ciment, qui ont augmenté de 17,4 %, et les crédits immobiliers qui ont progressé de 15,7 % (+ 16,5 milliards de dirhams) par rapport à la même période de 2007.

S’agissant de l’industrie manufacturière, les données qui les concernent s’arrêtent à mars 2008. Les statistiques du HCP indiquent qu’à cette date, l’indice de la production des industries de transformation a progressé de 5,6 %, contre 4,5 % à la même période de 2007. Cette évolution, d’après les analystes du HCP, s’explique par la hausse des industries alimentaires (+ 6,3 %), de l’habillement (+8,8 %), du raffinage de pétrole (+ 22,5 %), des industries du caoutchouc et du plastique (+24,4 %), de l’industrie automobile (+ 16,5 %) et des autres produits minéraux non métalliques (+11,8 %) dont le ciment.

En revanche, des baisses ont été enregistrées dans les industries des cuirs, chaussures et articles de voyage (- 8,7%), dans les industries du papier et carton
(- 7,4%) et dans les produits de l’édition et de l’imprimerie (- 10,4 %). Mais ces baisses ont été compensées par le bon comportement des autres activités. La preuve, c’est que, en terme de valeur ajoutée, les activités manufacturières ont fait mieux (+5,3 %) qu’en 2007 (+ 3,1% ), tandis que celles du BTP ont, elles, affiché une augmentation moindre (+10,3 %) par rapport à celles du premier trimestre de 2007 (+ 11,2 %).

Agro-alimentaire : les professionnels anticipent une stagnation au second semestre
Cela dit, l’enquête de conjoncture de Bank Al Maghrib (BAM) dans l’industrie, réalisée au mois de mai, fait ressortir un taux d’utilisation des capacités de production de 73 %. BAM précise que ce taux atteint 74% dans les industries chimiques et parachimiques, 82% dans les industries électriques et électroniques, 72% dans les industries mécaniques et métallurgiques, 69% dans les industries du cuir et 68 % dans les industries agro-alimentaires.

Dans la même enquête, BAM établit des anticipations à la hausse, sur les trois prochains mois, pour toutes les branches des industries de transformation, sauf pour l’agro-alimentaire où les professionnels prévoient une stagnation de l’activité (pour des raisons liées aux difficultés d’approvisionnement).

Les transferts des MRE progressent de 5% à 21,3 milliards de DH
Dans le secteur tertiaire, tous les producteurs de statistiques (notamment le HCP, la direction des études et des prévisions financières – DEPF – et la direction du Trésor du ministère des finances) signalent une évolution contrastée du secteur touristique. En effet, sur les cinq premiers mois de l’année, l’activité touristique accuse un écart d’évolution entre les arrivées aux postes frontières et les nuitées réalisées dans les établissements d’hébergement classés.

Alors que le nombre de touristes entrés au Maroc s’élevait à 2,49 millions de personnes, soit une hausse de 11% par rapport à la même période de 2007, les nuitées, elles, ont baissé de 4,4% à 6,7 millions. Cette baisse de l’activité hôtelière, les professionnels l’expliquent par l’apparition de nouveaux types d’hébergement non classés, comme les appart-hôtels, les riads, les maisons d’hôtes, mais également par le fait que des étrangers ont acquis leurs propres logements au Maroc.

Résultat : les recettes de voyages ont fléchi de 1,3% à 19,8 milliards par rapport à la même période de 2007. Ce recul, à l’évidence, a un impact négatif sur les comptes extérieurs, puisque, avec le creusement du déficit commercial (62,7 milliards de dirhams, soit une aggravation de 32,9%), le déficit du compte courant de la balance des paiements enregistré au premier trimestre sera probablement encore plus grand au second trimestre.

Heureusement que, dans le même temps, les transferts des MRE (Marocains résidents à l’étranger), ont, eux, progressé de 5,1% à 21,3 milliards de dirhams. Sans cela, le déficit commercial et, partant, le déficit du compte des transactions courantes auraient été encore plus grands.

Au milieu de ces évolutions, l’exécution de la Loi de finances fait ressortir une hausse des recettes ordinaires de 26,2% (+ 17,1 milliards de dirhams), constituées pour l’essentiel (plus de 90%) de recettes fiscales (voir encadré). Parallèlement, les dépenses ordinaires n’ont progressé que de 16% (+ 9,04 milliards à 65,6 milliards de dirhams), donnant lieu à un solde ordinaire positif de 16,7 milliards de dirhams.

Il y a lieu de signaler à ce niveau un alourdissement considérable des charges de compensation dont le montant a atteint 12,3 milliards de dirhams, en progression de 179% par rapport à la même période de l’année dernière. Le gros de ces charges provenant du soutien des produits pétroliers pour 8,9 milliards de dirhams.

Mais c’est au prix de cet effort budgétaire que l’inflation, via les importations, a pu être contenue à 4,7% au mois de juin (chiffre du HCP) par rapport à juin 2007. Car, il faut le savoir, dans cette hausse des prix, c’est l’inflation alimentaire qui est la plus importante (8,7%), l’inflation non alimentaire n’ayant, elle, progressé que de 1,4%.