Prélèvement en cas de grève : le gouvernement restera-t-il ferme face aux syndicats ?

Suite à  une réunion avec le Premier ministre, les syndicats semblent avoir mal interprété les propos de Abbas El Fassi.
Une lettre lui a été adressée lui demandant de confirmer par écrit ses propositions.

La marche des travailleurs prévue pour le 22 mars aura-t-elle lieu ? Jusqu’à mardi 17 mars, en milieu de journée, les préparatifs pour cette marche continuaient, selon les syndicats qui devaient y participer : l’Union syndicale des fonctionnaires (USF) affiliée à l’Union marocaine du travail (UMT), la Fédération démocratique du travail (FDT), l’Union nationale des travailleurs du Maroc (UNTM) et l’Organisation démocratique du travail (ODT). Et elle aura bien lieu, «si le Premier ministre ne répond pas à notre lettre, aujourd’hui mardi à 18 heures», confie Abdeslam Benbrahim, secrétaire général adjoint de l’ODT.
Ces quatre syndicats ont, en effet, adressé lundi 16 mars en fin de journée, un courrier à Abbas Al Fassi dans lequel ils lui demandaient de «mettre noir sur blanc» les propos qu’il leur avait tenus lors de la réunion qu’il a eue avec eux jeudi 12 mars. Cette réunion, voulue par le Premier ministre, a donné lieu à des interprétations diverses, ce qui laisse penser que les propos qui y étaient tenus manquaient de clarté. La FDT, par exemple, a publié un communiqué dans lequel, entre autres, elle a indiqué que Abbas Al Fassi était disposé à revenir sur la décision relative au prélèvement sur salaire pour fait de grève. Elle a même considéré que ce point pourrait contribuer à «dégeler» les rapports sociaux quelque peu crispés et relancer de manière positive le dialogue social.
Ce n’est pas si sûr que cela. Des discussions avec d’autres syndicalistes, appartenant à d’autres organisations, il ressort clairement que le Premier ministre ne s’est engagé sur rien. «Abbas Al Fassi a lié l’éventuelle suppression du prélèvement sur salaire en cas de grève, à l’acceptation du conseil du gouvernement, car la décision avait été prise par ce dernier», explique Abdeslam Benbrahim. Même son de cloche au sein de l’USF-UMT, qui voit sur cette question une difficulté supplémentaire : comment le Premier ministre pourrait-il expliquer un tel revirement à son syndicat, l’UGTM, qui y était favorable ? Un haut fonctionnaire du ministère de la modernisation des secteurs publics (MMSP) assure, lui, qu’il est «hors de question de revenir sur une décision prise en conseil de gouvernement, c’est-à-dire avec le consentement de toutes les parties qui composent l’Exécutif». Ce dernier précise que «le Premier ministre ne s’est engagé sur rien du tout, il a même eu l’intelligence de préciser à ces interlocuteurs que la décision a été collective et que s’il fallait la supprimer il faudrait une décision tout aussi collective». Mais imagine-t-on le Premier ministre demander à ses ministres de se désavouer en l’espace de quelques semaines ? Tout semble indiquer que, sur ce point, l’affaire est scellée !
De la même manière, la revendication, qui figure en bonne place dans les cahiers de doléances des syndicats, relative aux promotions exceptionnelles, a peu de chance d’être acceptée. «Toute mesure qui a un impact budgétaire ne peut être envisagée avant 2011», souligne-t-on au MMSP.

Augmentation des salaires : le niet du gouvernement
Pour les quatre syndicats partenaires, il n’y a pas eu de promotions exceptionnelles depuis le 31 décembre 2002, et cela a créé un «embouteillage immense» dans la population des fonctionnaires aptes à être promus. C’est pourquoi, plaident-ils, seule une promotion exceptionnelle est à même d’éponger ce retard. «75 % de ceux qui auraient dû bénéficier de la promotion depuis 2003 attendent toujours», se désole Mohamed Hakech de l’USF-UMT. Le gouvernement, lui, a proposé de porter le quota des promotions de 25 % à 33 % sur trois ans : 28 % en 2010, 30 % en 2011 et 33 % en 2012.  «Nous, nous voulons les 33 % immédiatement», tranche le secrétaire général adjoint de l’ODT.
Autre malentendu : les augmentations de salaires. Pour les uns, le Premier ministre a accepté d’ouvrir le dossier lors du prochain round de dialogue social prévu au mois d’avril. Pour d’autres, le sujet ne sera en fait abordé qu’à partir de 2010. Et même à cette date, les éventuelles décisions qui seraient prises ne produiraient d’effets qu’en 2011 et 2012. C’est cette deuxième version qui paraît la plus proche de la pensée du Premier ministre. «Jusqu’en 2010, les revalorisations de revenus ont déjà été décidées, il n’y a rien à ajouter. A partir de 2010, en revanche, la discussion sur ce point pourra reprendre», confie une source gouvernementale. A l’appui de son affirmation, celle-ci rappelle les augmentations qui ont eu lieu en juillet 2008, en janvier 2009 et celles à venir en juillet 2009, puis en 2010 avec la deuxième baisse de l’impôt sur le revenu.
Enfin, l’indemnité pour l’emploi en zones éloignées et difficiles (voir encadré) a été augmentée à 700 DH (au lieu de 400 DH annoncé précédemment), selon les syndicats, mais en réalité, cette hausse est le résultat de la baisse du nombre de fonctionnaires concernés. Car, il faut rappeler que cette indemnité a déjà été budgétisée (350 MDH) dans la Loi de finances 2009.
Alors, marche ou pas marche ? De nombreuses échéances approchent, notamment le 1er Mai, les élections communales, et chacun semble en tenir compte…