Pourquoi l’hébergement de sites web à  l’étranger coûte moins cher

Hormis les grandes structures qui privilégient le local, la majorité des sites web marocains est hébergée à  l’étranger.

Conscient de son retard en matière de stockage de données, le Maroc s’est, à plusieurs reprises, montré prêt à s’engager dans une stratégie volontariste, notamment pour favoriser l’installation de data centers. Mais à aujourd’hui, la situation ne s’est pas améliorée. Les coûts du stockage des données en local restent élevés. Résultat, comme le souligne à juste titre un professionnel du secteur, «le peu de contenu développé au Maroc continue d’être hébergé à l’étranger». En l’absence de statistiques, même si l’on sait que 57 500 noms de domaine «.ma» sont enregistrés au Maroc, il est difficile d’estimer le nombre de sites web hébergés à l’étranger. Néanmoins, les professionnels du secteur s’accordent sur le fait qu’en dehors des grandes structures et entreprises publiques, équipées de leurs propres serveurs et soucieuses de la disponibilité de leurs plate-formes web, la quasi-totalité des sites web marocains est hébergée au-delà de nos frontières. Cette majorité passe par le réseau d’hébergeurs web qui packagent et revendent des services de data centers off-shore, au Canada d’abord mais aussi aux Etats-Unis et en France. Les mastodontes que sont, par exemple, le français OVH et l’américain Amazon Web Services proposent ainsi des offres à des prix défiant toute concurrence: à compter de 4,99 euros HT/mois pour une solution professionnelle chez OVH par exemple. «Pourquoi une entreprise marocaine investirait dans l’achat d’un serveur alors qu’elle peut disposer d’un serveur virtuel sur le cloud qui ne coûte presque rien et la soulage de payer l’électricité, chère au Maroc, ou de mettre à jour le système d’exploitation ?», se demande Karl Stanzick, directeur exécutif de MTDS qui, depuis 20 ans, propose, parmi sa large gamme de services informatiques des solutions d’hébergement aux entreprises.

Les opérateurs télécoms sont appelés à faire des efforts

Si l’herbe est ainsi plus verte ailleurs, ce n’est pas par manque de capacité de stockage au Maroc, bien au contraire. C’est simplement que l’hébergement local, plus cher donc, souffre de l’impact du coût élevé de la bande passante locale et de l’achat de trafic de bande passante étrangère par les opérateurs télécoms. Ces derniers répercutent en effet l’achat de bande passante étrangère, qui coûte pourtant beaucoup moins cher, dans les faits, qu’au Maroc, sur les prix de l’infrastructure locale. «Les opérateurs télécoms doivent revoir leur politique tarifaire de la bande passante», commente un professionnel ayant requis l’anonymat. «L’absence d’interconnexion entre les opérateurs télécoms n’aide pas puisque la consultation d’un site hébergé chez X au Maroc depuis un ordinateur connecté chez Y transite par la bande passante étrangère au lieu de rester sur la bande passante locale», nous explique M. Stanzick. C’est pourquoi l’activité de data centers dans sa globalité, très capitalistique, n’attire que très peu d’acteurs.  

Les professionnels misent sur la proximité et le service

«Le seul avantage à être hébergé à l’étranger reste l’accès à des bandes passantes très élevées à des prix très accessibles, ce qui peut être intéressant pour des applications à forte volumétrie», explique Islam Abouelata, datacenter specialist chez N+ONE Datacenters. Ce dernier, installé depuis 2010 à Nouaceur, est l’un des rares data centers de la place. Si l’hébergement de sites web est loin d’être son activité première -très peu d’entreprises ayant fait appel à la société pour ce seul besoin-, une évolution sensible de cette activité a été enregistrée depuis les débuts de N+ONE. «Nous avons remarqué que de plus en plus de clients qui hébergent des infrastructures IT chez nous rapatrient également leurs sites web qu’ils hébergeaient initialement à l’étranger. Cette tendance va en s’accentuant au fur et à mesure que davantage de clients font appel à nous pour l’hébergement de leurs plateformes», confie ainsi Réda Ben Talha, directeur  marketing et commercial chez N+ONE. Ce dernier peut notament vanter la très faible latence des services dans le cas d’un hébergement local. «Nous atteignons en effet des temps de latence de quelques millisecondes seulement contre des centaines de millisecondes pour un data center au Canada, par exemple», explique M. Abouelata. La disponibilité du service est bien entendu souvent invoquée pour mettre en avant l’hébergement local. «Nos clients peuvent nous contacter à tout moment en cas de besoin», rappelle-t-on du côté d’un hébergeur. «Ce qui nous fait vivre aujourd’hui, c’est le service», résume M. Stanzick. Sans oublier que «l’adresse IP marocaine procure un avantage concurrentiel certain pour le référencement sur les moteurs de recherche qui privilégient de plus en plus le contenu local», poursuit M. Abouelata. Reste à convaincre les PME marocaines, pilier de l’économie dans son ensemble, et de l’économie numérique dans le cas présent, de privilégier le local.