Pourquoi les prix du poisson restent élevés alors que les captures sont en hausse ?

Du 8 au 15 juin, les prix observés au marché de gros de Casablanca ont été plus élevés, de 7 à  30% par rapport à  ceux de la même période de 2011. Au détail, la sardine est entre 14 et 16 DH le kilo, et il faut compter jusqu’à  82 DH pour le merlu. La hausse concerne aussi bien la vente en gros qu’au détail.

La loi de l’offre et de la demande semble n’avoir aucune prise sur les prix du poisson. Alors que les captures ont augmenté de 52% sur les cinq premiers mois de 2012, les prix, au détail comme au gros, continuent de monter en flèche. Sur la période du 8 au 15 juin, par exemple, les principales espèces commercialisées au marché de gros de Casablanca sont toutes plus chères qu’au même moment de l’année précédente.

Par exemple, 153 536 kg de sardines y ont transité contre 92 504, une année plus tôt, soit une hausse de 66%. Cette évolution est à l’avenant des captures dont le volume total des cinq premiers mois de l’année s’est apprécié de 74% par rapport à l’égale période de 2011, à 214 883 tonnes. Malgré cette abondance, le prix moyen de la sardine s’est établi à 5,66 DH le kilo au marché de gros, durant la période du 8 au 15 juin, contre 4,92 DH une année auparavant, soit une hausse de 15%. Sur les marchés, elle est vendue entre 14 et 16 DH le kilo. Le merlu que l’on retrouve à 68 DH le kilo à Marjane Californie et 82 DH à Acima Ghandi est dans une situation identique. A fin mai, les captures ont atteint 748 tonnes, en hausse de 40% d’une année à l’autre. Le volume traité au marché de gros de Casablanca du 8 au 15 juin est passé de 2 389 kg en 2011 à 3 862 kg en 2012. Il n’en demeure pas moins que le prix moyen du kilo s’est apprécié de 29%, à 51,99 DH.

Autre exemple frappant, durant la même deuxième semaine de juin 2012, la quantité de sole commercialisée au marché de gros est restée stable (un millier de kilos), mais les prix moyens ont grimpé de 13% à 63,10 DH/kg. De même ceux de la crevette rose ont augmenté de 18%, à 52,80 DH/kg. Au détail, ce crustacé est proposé à 73,90 DH à Marjane Californie et 88 DH chez Acima. Le prix de l’ombrine a moins bien progressé. Au marché de gros, il était à 27,37 DH le kilo entre les 8 et 15 juin, contre 25,50 DH, l’année passée.

En raison du Ramadan, les prix ne risquent pas de baisser

Bref, il semble que les intermédiaires tout en se rendant utiles ponctionnent plus que leur dû pour les services rendus et la peine prise. Mais quand on épluche les statistiques de l’Office national des pêches (ONP), on trouve une partie de la clé du mystère. On enregistre en effet une forte croissance des volumes dédiés à la salaison et à la conserve qui, à eux seuls, ont crû de 118% au niveau national. Une grosse partie des captures est donc passée sous le nez du consommateur même si elle va revenir vers lui sous une autre forme ou aller à l’export. La part réservée à la consommation a fléchi de 6 points, à 45,7% entre mai 2011 et le même mois de 2012. Dans le même temps, celle de la conserverie a pris le sens inverse, montant de 10,35% à 14,83%. Le poids total livré à cette industrie s’élève à 56 219 tonnes contre 25 782 tonnes à fin mai 2011.

Les chiffres globaux peuvent en outre cacher d’autres vérités. Par exemple, pour la sole, la hausse des prix peut aussi s’expliquer par la tendance à la baisse des captures qui totalisent 281 tonnes à fin mai contre 454 tonnes pour la même période de 2011. Il faut aussi souligner que les prix peuvent atteindre, selon les périodes et les marchés, des niveaux largement plus bas que ce qui est observé. Au marché de gros de Casablanca, il a été enregistré 2,50 DH pour un kilo de sardine et 35,71 DH pour la crevette rose. Pour la sole, le prix minimum observé est de 57,14 DH.

Une autre réalité que ne nient pas les professionnels est qu’ils trouvent mieux leur compte dans l’export que sur le marché local, surtout s’agissant du poisson blanc, appelé aussi espèces nobles.

Actuellement, il difficile d’affirmer que la tendance va se maintenir ou s’inverser. Mais avec Ramadan durant lequel la demande augmente et les sorties en mer sont moins fréquentes, on peut se risquer à pronostiquer le maintien des prix à un niveau élevé.