Pourquoi les banques marocaines ne financent pas les plans solaire et éolien

Ces méga-projets requièrent des prêts concessionnels de longue maturité que les banques locales ne peuvent octroyer. Elles se limitent pour le moment à  la domiciliation des comptes, au transfert de devises et au financement des sous-traitants.

Il y a quelques années, à l’annonce des grands projets d’énergies renouvelables inscrits dans le plan solaire intégré NOOR mené par la Moroccan Agency for Solar Energy (MASEN) et le plan éolien intégré conduit par l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE), quelques banques de la place n’avaient pas hésité à afficher leur intérêt, se déclarant prêtes à financer ces méga-projets. Depuis, les premiers financements ont été bouclés et force est de constater que les banques locales sont absentes des consortiums, du moins au plus haut niveau. Les quelque 23 milliards de dirhams nécessaires pour le financement des trois premières phases de la centrale solaire NOOR Ouarzazate ont en effet été mobilisés exclusivement auprès des traditionnels bailleurs de fonds internationaux du Royaume que sont l’Agence française de développement (AFD), la Banque mondiale, la Banque africaine de développement ou encore la KfWBankengruppe. Même chose du côté du projet éolien de l’ONEE (850 MW) soutenu par des crédits, toujours concessionnels, contractés auprès de ces mêmes bailleurs de fonds pour un montant approchant les 15 milliards de dirhams. 

Des technologies complexes

«Nous avons opté pour des prêts concessionnels et de longues maturités afin d’optimiser in fine l’injection de l’Etat et de réduire autant que possible le prix au kWh. Nous avons donc eu recours à des outils spécialement mis en place pour stimuler les investissements propres tels que le Fonds des technologies propres, qui propose des maturités de 40 ans avec un délai de grâce de 10 ans et un taux de 0,25%», nous confie Dayae Oudghiri, membre du directoire de MASEN. «En règle générale, les banques commerciales, qu’elles soient nationales ou internationales, ne peuvent pas aller aussi loin en termes de risque surtout quand il s’agit d’une technologie [le solaire] complexe et qui n’est pas totalement stable », confirme-t-on du côté d’une banque de la place. «Le Maroc a fait le choix de financer en devises les premières phases de développement de son programme solaire. Ce choix présente plusieurs avantages : il permet notamment de lever des fonds concessionnels à des taux très bas sur des maturités longues. Ce moyen de financement a aussi permis de préserver les réserves de change du Maroc», explique pour sa part Youssef Rouissi, directeur général adjoint en charge de la banque de financement et d’investissement du groupe Attijariwafa bank (AWB).

Bien sûr, la rentabilité de ces projets est un enjeu majeur pour l’économie nationale. Mais si l’on considère le potentiel élevé en ressources solaires et éoliennes du Maroc et le taux élevé de dépendance énergétique du pays, l’économie nationale ne devrait pas avoir de soucis à se faire. 

Elles pourraient s’impliquer beaucoup plus dans la phase NOOR PV I

Si les banques marocaines se font discrètes sur le volet des apports de fonds, cela n’empêche nullement leur participation à d’autres niveaux. Elles «contribuent tout de même d’une façon ou d’une autre au financement du projet ne serait-ce que par la domiciliation des comptes, le transfert de devises et le financement de prestataires sous-traitants. Le besoin en fonds de roulement des sociétés est quant à lui à 100% financé localement», révèle ainsi Mme Oudghiri. Les banques locales n’hésitent pas à accompagner des projets de moindre envergure, notamment dans le cadre de la loi 13-09 relative aux énergies renouvelables ou du Mécanisme de financement pour l’énergie durable au Maroc (MFED Maroc) auquel participe déjà BMCE Bank et qui est à l’étude du côté d’AWB. De la même façon, rien n’empêche davantage d’implication dans le financement de ces projets. «Le recours aux banques locales devrait être plus important dans les prochaines phases, notamment la phase NOOR PV I, qui comprend le projet Noor Ouarzazate IV dont le développement sera combiné avec deux autres projets», confirme Mme Oudghiri. «Notre groupe sera bien sûr honoré d’apporter sa contribution au développement des phases ultérieures. Je rappelle que nous avons toujours été actifs dans le développement du secteur énergétique national», ne manque pas de préciser M. Rouissi. Le bouclage de la 4e et dernière phase du projet d’Ouarzazate, actuellement en cours de finalisation, pourrait bien nous le confirmer.