Pourquoi Fitch a accordé au Maroc l’«investment grade»

Réorientation de l’économie vers des secteurs à avantages concurrentiels, amélioration du niveau de vie et bonne position extérieure du pays
Dette publique élevée et croissance insuffisante.

L’agence internationale de notation Fitch a été plus sensible que Standard & Poor’s et Moody’s aux progrès réalisés par le Maroc depuis quelques années. Elle vient en effet de lui accorder le rating triple B nécessaire pour accéder à l’Investment grade longtemps espéré. La nouvelle est tombée dans la journée du 19 avril et a été matérialisée par un communiqué officiel de l’agence qui la justifie.

«Les notes attribuées au Maroc reflètent les progrès notables réalisés depuis quelques années sur le plan économique, politique et social, qui ont entraîné une amélioration sensible du niveau de vie et de la position extérieure du pays, malgré la persistance des déficits budgétaires», peut-on lire en introduction du document. «Le passage du niveau“spéculatif” à l’“investment grade” permettra au Maroc d’accéder plus facilement, et à moindre coût, aux marchés internationaux de capitaux», appuie Khalid Ayouch, DG de Finaccess qui représente l’Agence Fitch au Maroc.

Et d’ajouter que «cela facilitera aux groupes marocains qui ont l’ambition de devenir des acteurs importants dans la région de profiter pleinement de l’effet de levier puisque leurs propres notes, par définition plafonnées par le rating souverain, devront automatiquement s’améliorer». Le processus de révision de la note, précise-t-il, a démarré il y a trois mois et le programme a intégré des rencontres avec les responsables du ministère des finances, de la banque centrale, de la CGEM et de quelques partis politiques…

Le Maroc dépasse l’Egypte et rejoint la Tunisie
Au ministère des finances, l’heure est au satisfecit, loin de la déception vécue il y a quelques semaines, quand Standard & Poor’s, la première agence de notation au niveau mondial, a maintenu la note du pays à son niveau de BB+, même si elle avait modifié la perspective de progression de cette note à court terme de «stable» à «positive».
Le Maroc rejoint ainsi le club de l’Afrique du Sud, de la Pologne, de la Hongrie et de la Tunisie, même s’il reste au bas du classement de cette catégorie. Il devance par contre désormais l’Egypte (BB+), la Turquie et l’Inde.

Si Fitch fait remarquer que la balance des comptes courants marocaine est excédentaire depuis 2001 et les indicateurs de liquidité extérieure exceptionnellement élevés, elle n’omet pas d’attirer l’attention sur la dette publique «relativement élevée et [qui] constitue l’une des principales faiblesses du pays». Cela-dit, elle tempère en soulignant les efforts réalisés en 2006 afin de réduire le déficit budgétaire. L’agence apprécie également à sa juste valeur le changement de la structure de l’économie nationale qui est de nature à «valoriser les avantages concurrentiels du pays». Et elle parle ici du tourisme, de l’offshoring, de la sous-traitance et du textile qui a retrouvé sa forme.

Enfin, Fitch met le doigt sur la faiblesse de la croissance globale qui n’est pas en mesure de réduire significativement la pauvreté et résorber le chômage.