Pour les sociétés installées à  l’aéroport d’Anfa, le malaise persiste

L’inquiétude est suscitée par le coût du déménagement et l’évolution des affaires par la suite

Les premiers hangars de l’aéroport de Benslimane, leur nouveau point de chute, seront livrés en juillet prochain.

Un malaise règne à l’aéroport d’Anfa. C’est que, depuis l’annonce de la fermeture du site, les entreprises qui y sont installées sont dans l’incertitude quant aux modalités de leur transfert. Elles sont tiraillées entre les inquiétudes sur leur devenir et leur désir de ne pas entrer en conflit avec les différentes autorités concernées par cette opération. C’est la raison pour laquelle les patrons interrogés par nos soins acceptent volontiers de parler du projet, mais toujours sous le sceau de l’anonymat. Evidemment, ces entreprises ne seront pas livrées à elles-mêmes. On leur a bien proposé de choisir entre l’aéroport de Tit Mellil ou celui de Benslimane, construit par les Américains dans les années 40, et dont la piste vient d’être remise en état par l’ONDA (Office national des aéroports du Maroc). Mais, à écouter leurs dirigeants, le problème reste entier et se décline en plusieurs points dont les plus importants sont la charge du déménagement, le loyer des hangars et l’évolution de leurs activités une fois qu’ils seront relogés dans des aéroports qui n’offrent pas autant de facilités que l’aéroport d’Anfa, situé à une quinzaine de minutes du centre-ville et des grands hôtels.

Un des opérateurs explique que leur activité est très capitalistique dans la mesure où le petit avion coûte entre 1 et 2 MDH, un simulateur, incontournable dans la formation des pilotes, revient à 4 ou 5 MDH, hors installation et formation du personnel. Tout cela rend ces entreprises très fragiles et une opération, aussi lourde qu’un déménagement, peut avoir des conséquences désastreuses sur leur équilibre financier.

Les opérateurs redoutent la montée des charges
Dès à présent, certains parlent de conséquences négatives très nettes sur les chiffres d’affaires. En effet, se plaignent-ils, l’essentiel de leurs activités est lié soit à l’entretien, soit à la formation et, souvent, c’est une affaire de contrats sur plusieurs mois. «Comment voulez-vous que je signe des contrats m’engageant sur des périodes longues alors que je ne sais pas ce qui va se passer dans deux semaines, car on peut fermer cet aéroport par une décision administrative en moins de temps qu’il ne faut pour le dire», résume un de nos interlocuteurs.

Le prix des nouveaux loyers suscite le commentaire d’un autre entrepreneur installé sur les lieux depuis les années 1960 : «Pour les 6 000 m2 que j’occupe, je paie près de 90 000 DH, et, à en croire les informations qui me parviennent, le loyer que j’aurais à régler pour 1 000 m2 à l’aéroport de Benslimane, devrait atteindre pas moins de 240 000 DH. C’est hors de prix».

Le loyer des hangars de Benslimane sera de 200 DH/m2 par an
Pourtant, en en croire Abdelhanin Benallou, DG de l’ONDA, les choses sont tout à fait claires. Il assure que l’office est «là pour accompagner ces industriels et reste à leur écoute. D’ailleurs, nous avons signé des conventions de transfert avec certains d’entre eux. Et puis, quels que soient les développements, ce ne sont pas leurs hangars qui vont être fermés mais uniquement la piste», explique-t-il… En attendant l’aménagement sur le site.

Pour la location, le patron de l’ONDA est catégorique : «Les prix seront inférieurs à ceux du marché et nous proposons 200 DH à l’année pour chaque mètre carré construit et livré selon les standards les plus modernes. Les loyers vont subir fatalement des augmentations qui me semblent acceptables, mais rappelons-nous qu’ils n’ont jamais été actualisés depuis des lustres».

Par ailleurs, les premiers locaux à l’aéroport de Benslimane, explique Abdelhanin Benallou, seront livrés dès juillet prochain.
Alors, que va-t-il se passer d’ici là ? Apparemment rien parce que le ministère des Transports a tout simplement décidé de surseoir à la décision de fermer l’aéroport d’Anfa alors que l’arrêté était déjà prêt. Reste que la machine est bien en route.

Le ministère des Transports a décidé de reporter la fermeture de l’aéroport d’Anfa de quelques mois.