Pour la première fois en 25 ans, un taux de couverture en dessous de 50% !

Nous encaissons toujours plus de devises que nous n’en dépensons mais pour
combien de temps encore ?
Nos importations ont progressé de 22% alors que les exportations n’ont augmenté
que de 7%. Résultat : un taux de couverture du déficit commercial de 46,6%.
Hors phosphates, la progression des autres biens vendus n’est que de 3%.

Sur six années consécutives (2001-2006), la balance des paiements a dégagé des soldes excédentaires en augmentation constante. En d’autres termes, le Maroc encaisse plus de devises qu’il n’en dépense, mais il y a aujourd’hui de quoi s’inquiéter et une première question s’impose : l’année 2007 sera-t-elle sur le même trend ? Cette balance étant trimestrielle et ses résultats n’étant publiés que trois mois après la période considérée, les données ne seront connues qu’en mars 2008. Néanmoins, les chiffres disponibles à  fin septembre 2007 montrent que le solde demeure positif, puisque, à  cette date, il est excédentaire de 18,8 milliards de dirhams (contre 23,6 milliards pour l’ensemble de l’année 2006). A ceci près que le compte des transactions courantes, celui regroupant les biens et services – et pour lequel on dispose des chiffres de l’ensemble de l’année – n’a dégagé qu’un «petit» excédent de 3,3 milliards de dirhams, et il n’est pas sûr qu’à  la fin de l’année il atteigne le niveau de 2006 o๠ce compte était excédentaire de 12,4 milliards, en progression de 31,7% par rapport à  2005. Et ceci pour une raison simple : les derniers chiffres sur le commerce extérieur pour l’ensemble de l’année 2007 font ressortir une aggravation du déficit commercial (balance des biens) équivalant à  22 % du PIB. Enorme ! Ce déficit est en effet de 137,1 milliards de dirhams, ramenant le taux de couverture des importations par les exportations à  46,6%, soit un niveau que le Maroc n’a pas connu depuis un quart de siècle. Il faut en effet remonter à  1982, à  la veille du Plan d’ajustement structurel, pour trouver un niveau à  peu près équivalent (47,9%), et à  1977 pour trouver pire (40,7%). En près de cinquante ans, ce sont les seules fois o๠le taux de couverture (des importations par les exportations) a franchi à  la baisse la barre des 50%.

Les services ne sont pas pris en compte dans la balance commerciale
Les analystes ne manquent d’ailleurs pas d’attirer l’attention des pouvoirs publics sur ce déficit abyssal qui risque, s’il perdure, d’annihiler tous les efforts déployés dans les domaines du tourisme et des investissements étrangers, notamment. En tout cas, pour 2007, on y est déjà  puisque, même cumulées, les recettes de voyages, qui ont pourtant augmenté de 12,1% à  58,8 milliards de dirhams, et celles provenant des transferts des MRE, en hausse de 15,1% à  plus de 55 milliards de dirhams, ne couvrent pas le déficit commercial. Il faut encore prendre 30 milliards de dirhams des 37,4 milliards provenant des recettes des investissements et prêts privés étrangers pour couvrir un tel déficit !

Avec les besoins croissants en importations d’un côté, et l’atonie des exportations de l’autre, certains économistes n’hésitent pas à  prédire une résorption progressive des excédents de la balance de paiement et même, à  moyen terme, l’apparition de déficits.

Sur l’année 2007, les importations ont en effet progressé de 22% (+ 46,4 milliards) pour atteindre près de 257 milliards de dirhams, alors que les exportations n’ont augmenté que de 7% (+ 7,9 milliards de dirhams) pour se situer à  119,8 milliards de dirhams. Et encore, si l’on met de côté les phosphates et dérivés, le reste des exportations n’a progressé que de 3,5%.

Bien sûr, et cette question a déjà  été soulevée ici même, ce n’est pas tant l’extraordinaire croissance des importations qui inquiète (puisque, malgré tout, elle reflète le dynamisme de l’activité économique interne) que la faible progression des exportations. Dans son dernier rapport(*) que La Vie éco a publié en exclusivité (cf.www.lavieeco. com), la Banque mondiale insiste beaucoup sur cet aspect de l’économie marocaine. Sans revenir sur les facteurs explicatifs de la mollesse des exportations, le fait est que, note la Banque mondiale, la croissance ne peut être tirée par la seule demande interne, ici comme ailleurs du reste. Or, le Maroc se trouve justement dans ce schéma, ce qui amène la Banque mondiale à  considérer que le pays présente désormais les symptômes du mal hollandais.

Ce qui désole un cadre du ministère des finances, c’est que, hors balance des biens (ou marchandises), les autres rubriques de la balance des paiements affichent des soldes non seulement excédentaires mais en progression. C’est le cas de la rubrique «services» qui, au terme des neuf premiers mois de 2007, a dégagé un solde positif de 43,5 milliards de dirhams et celle des «transferts courants» un excédent de 46,8 milliards. Idem pour le compte capital et d’opérations courantes qui a affiché un solde excédentaire de 17,4 milliards de dirhams à  fin septembre.

Une réflexion est engagée pour inclure à  l’avenir les services dans la balance commerciale, alors qu’aujourd’hui seules les transactions sur les biens y figurent. On pourrait ainsi obtenir un déficit commercial apparent moins élevé, mais ça changerait quoi au fond ?