Pour la première fois depuis 35 ans, le taux de chômage en dessous de 10 %

Le chômage des diplômés a reculé de 21,9 % à 18,6 %

En milieu rural, il a légèrement augmenté de 3,3 % à 3,9
%

Les créations nettes d’emplois se sont élevées à 78
000 postes.

Pour la première fois depuis 35 ans, soit depuis le recensement général de la population et de l’habitat de 1971, le taux de chômage au Maroc est descendu sous la barre des 10 % : 9,8% au premier trimestre de 2006, contre 11,3% à la même période de 2005, soit une baisse de 13,2%. Et cette baisse a concerné aussi bien les diplômés (18,6% contre 21,9% au premier trimestre de 2005) que les non-diplômés (5,1% contre 5,6%), les hommes (9,9 % contre 11,1% une année auparavant) comme les femmes (9,5% contre 12,1%), le milieu urbain (15,4% contre 19,2%) mais pas le milieu rural (3,9% contre 3,3%).

Cette nouvelle est d’autant plus réconfortante pour le gouvernement qu’elle est le résultat d’une enquête sur le marché du travail qui est la première du genre – et sera suivie par d’autres – basée sur le nouvel «échantillon maître» issu du Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH) de septembre 2004. Et cet échantillon, précise le Haut commissariat au plan (HCP), se caractérise par une couverture géographique plus large et une représentativité actualisée des différentes couches sociales. Jusque-là, les statistiques relatives à la population, au chômage et au marché du travail de manière générale se basaient sur le recensement de 1994.

Pourquoi le chômage a donc baissé et quels sont les facteurs qui y ont contribué ? La première réponse à donner et qui paraît couler de source tient au fait que, sur le premier trimestre de cette année au moins – mais c’est la tendance pour l’ensemble de l’exercice – l’activité économique de manière générale, et singulièrement l’activité agricole, affiche un rebond assez significatif (voir article ci-dessus sur la conjoncture). Grâce à l’amélioration de la conjoncture économique, le nombre d’emplois rémunérés créés a été de 506 000, dont 262 000 dans les villes et 245 000 dans les campagnes. En revanche, l’emploi non rémunéré, et c’est une nouveauté, a lui reculé de près de 428 000 postes, dont 94 % sont localisés en milieu rural. Or, dans les campagnes marocaines, c’est grâce à cette catégorie de la population, c’est-à-dire les aides familiales, considérées comme des actifs, que le taux de chômage a été maintenu à des niveaux relativement bas. Il se trouve que, désormais, cette population, sensibilisée et attirée par les opportunités de travail qu’offrent aussi bien l’INDH que les autres chantiers lancés par les pouvoirs publics, est en train d’opérer un changement de statut professionnel : d’aide familiale, donc sans rémunération, on aspire à devenir salarié. Il en résulte, selon les chiffres du HCP, que la première catégorie a baissé de 418 000, alors que la seconde a, elle, augmenté de 472 000. Voilà l’explication de la hausse du chômage en milieu rural. Voilà une mutation qui pourrait influer, plus tard, sur le niveau du chômage si les demandes qui émaneraient de ces nouveaux demandeurs d’emploi n’étaient pas satisfaites. Cela pourrait constituer une contrainte supplémentaire pour les pouvoirs publics.

Cette nouvelle donne, on la retrouve aussi dans ce chiffre : les créations nettes d’emplois, rémunérés ou pas, ont certes augmenté de 78 000 postes, contre une baisse de 5 000 une année auparavant. Mais ces créations nettes d’emplois sont surtout réalisées en milieu urbain (235 000 postes), alors le milieu rural en a au contraire perdu (- 157 000 postes).

Quoi qu’il en soit, cette évolution du statut professionnel de certains actifs mérite peut-être d’être appréhendée dans toutes ses dimensions, et il est déjà significatif que la légère hausse du chômage dans les zones rurales a touché toutes les catégories d’actifs, à l’exception des femmes et des adultes âgées de 35 à 44 ans, selon les résultats de l’enquête du HCP. Celui-ci précise, dans ce sens, que le nombre de ruraux exerçant des emplois non rémunérés a baissé de 400 000, au profit du salariat qui, lui, a augmenté de 245 000 et, surtout, de la demande de travail salarié non satisfaite.