Pour la première fois depuis 2008, le taux des impayés chez les banques dépasse les 5%

Le BTP, la sidérurgie, l’agroalimentaire et le textile comptent le plus de mauvais payeurs. Le cercle vicieux est entretenu par les difficultés d’accès au crédit, l’allongement des délais de paiement et le manque de débouchés.

Déjà malmenées au niveau des dépôts avec une raréfaction sans précédent des ressources, les banques de la place font face à la recrudescence des créances en souffrance. A fin octobre, leur volume culminait à 36,2 milliards de DH contre 32,5 milliards à fin 2011, soit une progression d’environ 11,6%. Rapporté à l’effort de production des crédits sur les dix premiers mois de l’année en cours (13,8 milliards de plus), ce volume additionnel d’impayés en représente 27%. Autrement dit, plus du quart de la production nouvelle est neutralisé par l’entrée en souffrance de concours déjà consentis.

Encore plus édifiant, les engagements évoluent à peine de 2%, un rythme 5 fois moins élevé que celui des créances en souffrance dont le taux s’établit à 5,1%, et ce, pour la première fois depuis 2008. Son niveau dépasse d’un cran la limite de l’acceptable dans le secteur (5%), d’une part, et tranche, d’autre part, avec le trend baissier observé depuis trois ans, le faisant ramener de 6% en 2008 à 4,79% en 2010.

De moins en moins de crédits pour les entreprises privées

Naturellement, la répartition des créances en souffrance épouse celle de l’encours des crédits. A cet égard, ce sont les entreprises privées qui font le plus défaut dans l’immédiat avec un total de créances en souffrance de 21 milliards de DH, soit 58% du global, suivies des particuliers avec 9 milliards (25,7%) et des entrepreneurs individuels avec 5,5 milliards (15%).

C’est dire qu’en plus du durcissement des conditions d’accès au crédit, «la clientèle connaît de sérieux soucis de trésorerie occasionnés essentiellement par l’allongement des délais, le manque de débouchés en termes de vente, et les défauts de plus en plus nombreux des tiers, et ce, hormis les facteurs structurels propres à des secteurs bien définis», explique ce cadre d’une banque de la place. Et il se trouve que ces propos sont corroborés par les chiffres. C’est ainsi que l’on assiste depuis le début de l’année à un recul dans l’octroi des crédits aux entreprises du privé, leur part dans les engagements a perdu environ trois points de pourcentage par rapport à la configuration de décembre 2011. Tandis que le volume de leurs créances en souffrance progresse de 18,2%. De l’avis de plusieurs banquiers et analystes, le bât blesse toujours au niveau du BTP et ses métiers annexes, notamment la sidérurgie qui voit ses créances en souffrance monter d’une manière plus prononcée que son secteur, suite à l’erreur de casting de plusieurs nouveaux entrants qui ont fait fi de la saturation de ce marché et du ralentissement de la construction. Les métiers liés à l’international pâtissent aussi de la conjoncture mondiale défavorable, et n’arrivent plus à honorer les échéances de leurs banques dans l’immédiat.

Les professions libérales sont mieux maîtrisées

Cette même conjoncture mondiale pèse aussi sur l’agroalimentaire et l’industrie du textile en faisant baisser la demande étrangère qui leur était adressée par le passé. «Sauf que les opérateurs du textile ont appris à composer avec la crise, notamment en adaptant leurs charges à leur production. De plus, les crédits octroyés à ce secteur sont souvent des crédits de fonctionnement portant sur quelques millions de dirhams, ce qui réduit considérablement l’enjeu en cas de défaut», nuance un banquier.

Chez les particuliers, les créances difficiles ont évolué de 10,6% par rapport à décembre 2011, alors qu’elles avaient régressé de 19% au terme de cette année-là par rapport à 2010. Néanmoins, le taux de créances en souffrance ne dépasse pas 4,6%. Niveau très acceptable pour une cible connue longtemps pour être le plus mauvais des payeurs, et qui s’explique essentiellement par les efforts entrepris par les établissements de la place en termes de recouvrement et d’assainissement sur ce pan de leur activité.

Quant aux entrepreneurs individuels, notamment les commerçants, artisans, personnes exerçant des professions libérales et petits promoteurs immobiliers, ils font office de très bons élèves. En effet, après avoir vu leurs créances en souffrance monter en flèche de plus de 40% en 2011, ils enregistrent une baisse de 1,6%, à 5,5 milliards de DH. Comme l’expliquent les responsables des banques, ces détenteurs de crédit ont été disciplinés grâce aux conditions strictes d’octroi des crédits, et aussi grâce à un système central rigoureux de vérification de l’ensemble des prêts contractés par un entrepreneur donné.

D’autant plus que les promoteurs immobiliers, qui constituent une bonne partie de ce segment, ont bénéficié de mesures de rééchelonnement de leurs crédits, leur ayant permis de continuer leur activité sans être étiquetés de clients défaillants, et à leur encours de rester considéré en tant que crédits dont le remboursement se fait sans incidents.