« Pour la dernière commande de RAM, les premières livraisons auront lieu dès le 4e trimestre 2018 »

Pour le constructeur, le 787, appareil sûr, confortable et économique, permettra à la RAM de densifier son réseau international. Ihssane Mounir estime que le succès d’Ethiopian Airlines est aussi lié au partenariat étroit avec son gouvernement. Il considère que le Maroc a tous les ingrédients nécessaires à une réelle émergence économique.

Boeing reste le constructeur préféré de Royal Air Maroc qui, pour renforcer sa flotte, lui a passé une nouvelle commande de 8 appareils. Ihssane Mounir, vice-président en charge des activités mondiales de ventes et du marketing du groupe, explique les relations entre les deux parties. Il relate son parcours chez le constructeur américain et porte un regard optimiste sur l’évolution du Maroc et de son écosystème aéronautique.

Où en est la commande de 8 avions, dont 4 Dreamliner 787 et quatre 737 MAX, passée récemment par la RAM à Boeing. Pouvez-vous nous donner des détails sur le calendrier de livraison et le montant de la commande ?
Nos avions volent aux couleurs de la RAM depuis près de 50 ans. Au total, notre client de longue durée opère avec une cinquantaine d’avions Boeing, soit la quasi-totalité de sa flotte. Notre relation est forte et en croissance, avec les livraisons à venir de quatre 737 MAX et de quatre 787-9 qui porteront à neuf sa flotte de Dreamliner. Le 787 permettra à la RAM d’étendre son réseau international, et donc de desservir de nouvelles destinations comme, par exemple, Miami en 2019. Nous ne communiquons pas le montant des commandes. Je peux en revanche vous confirmer que les premières livraisons auront lieu au quatrième trimestre 2018 et se poursuivront en 2019.

Quelles sont les dernières technologies aéronautiques sur lesquelles travaille Boeing ?
Il y a plus d’innovation chez Boeing aujourd’hui qu’à tout autre moment de son histoire, dans des domaines tels que la conception et les nouvelles méthodes de fabrication, la numérisation et l’analyse des données, l’autonomie et l’intelligence artificielle, les vols hypersoniques ou encore la propulsion hybride-électrique. Le 787 est également l’incarnation de la modernité dans ses choix technologiques : 50% de la structure de l’appareil est en matériaux composites, ce qui permet, avec son aérodynamique optimisée, de réduire la consommation de carburant et donc l’émission de CO2 de 25% par rapport aux avions qu’il remplace. Les systèmes d’alimentation sont entièrement électriques: le 787 est d’ailleurs le premier avion équipé de freins électriques ! Les bénéfices sont nombreux, en termes de volume, de masse, de fiabilité, de sécurité et de coûts d’exploitation pour la compagnie aérienne. Le confort du passager est également remarquable : excellente qualité sonore, meilleure pressurisation et humification de la cabine…Une technologie de vol paisible qui permet au voyageur d’arriver à destination reposé.

Quels sont les secrets de réussite d’Ethiopian Airlines que vous connaissez bien ? Le Maroc peut-il s’en inspirer pour sa stratégie aérienne afin de s’imposer comme hub africain à part entière ? De quelle manière ?
Ethiopian Airlines est probablement l’une des compagnies africaines les plus performantes, qui a connu une remarquable croissance ces dernières années. Je pense que ce succès est dû en premier lieu à son excellente stratégie qui a permis de faire d’Addis-Abeba la première plateforme entre l’Afrique et l’Asie, aujourd’hui le marché a la plus forte croissance en matière de transport aérien.
Ils ont par ailleurs développé une relation client remarquable qui fidélise les voyageurs et donne envie de prendre l’avion. A vrai dire, Ethiopian suit une stratégie assez similaire à celle de Royal Air Maroc qui a positionné Casablanca en tant que plateforme majeure entre l’Afrique et l’Europe. Le travail qui a été fait ces dernières années par Royal Air Maroc pour faire de Casablanca un véritable hub est exceptionnel, et je pense que la compagnie est sur la bonne voie, car elle continue d’ouvrir de nouvelles routes, aussi bien vers l’Europe que l’Amérique du Nord, avec d’ailleurs sa flotte de 787. Le succès d’Ethiopian Airlines est aussi lié au partenariat étroit avec son gouvernement. Il est un véritable soutien qui recapitalise la compagnie aérienne quand c’est nécessaire, la protège et lui offre des garanties. Le gouvernement éthiopien reconnaît qu’une compagnie aérienne est aussi un symbole national, un porte-drapeau en quelque sorte à protéger et accompagner afin que ce dernier soit compétitif, et ce, pour le bénéfice de tout le pays.

Vous avez passé toute votre vie professionnelle –plus de 20 ans- dans l’aérien, plus précisément à Boeing. Racontez-nous votre ascension au sein de ce mastodonte mondial, votre relation avec Seddik Belyamani…
Tout petit, je rêvais d’être pilote. C’est au lycée, à Rabat, que j’ai décidé de devenir ingénieur en aéronautique. En 1989, alors que j’avais à peine 17 ans, l’occasion se présente de poursuivre mes études aux Etats-Unis et je n’hésite pas une seconde. J’ai passé trois mois à prendre des cours d’anglais pour pouvoir m’inscrire à l’Université de Wichita dans le Kansas, une référence dans le domaine aéronautique. J’étais très fier de l’opportunité et j’ai énormément travaillé pour être parmi les meilleurs élèves! J’ai d’abord été enseignant-chercheur, et, en 1996, Boeing m’a approché pour rejoindre ses équipes en tant qu’ingénieur aérodynamicien. C’est à Seattle que j’ai pris mon envol, passant du département ingénierie à celui du marketing. Ma rencontre avec Seddik Belyamani a été déterminante pour ma carrière puisque c’est lui qui m’a encouragé à quitter mon costume d’ingénieur. Seddik a toujours été une source d’inspiration pour moi et son conseil aura été décisif dans ma décision. Par la suite, je suis passé dans l’équipe des ventes où j’ai été responsable pour l’Afrique de l’Est, de l’Ouest et du Nord, naturellement, puis la Russie, l’Europe et l’Asie centrale, l’Amérique latine, l’Afrique et les Caraïbes, et finalement l’Asie du Nord-Est. Je dirige désormais l’ensemble des activités mondiales de ventes commerciales et du marketing du groupe Boeing. Je n’ai pas vu passer les années grâce aux merveilleuses expériences partout dans le monde que Boeing m’a fait vivre !

Vous restez très attaché au Maroc que vous visitiez régulièrement. Quel regard portez-vous sur celui de 2018? Sa jeunesse ? Son économie ?…
Je suis toujours surpris par la vitesse à laquelle le Maroc se développe. Chaque fois que je viens, je vois de nouvelles choses, que ce soit en termes d’infrastructures, de constructions, de business… Vous savez, nous avons tous les ingrédients nécessaires à une réelle émergence économique. Nous avons la chance d’avoir une population jeune, qualifiée, volontaire, un véritable capital humain. Et je dis ça en connaissance de cause parce que Matis (joint-venture entre Boeing, RAM et Safran), qui emploie presque exclusivement des Marocains, produit des composants complexes à des niveaux de qualité et de ponctualité exceptionnels. Nous sommes également idéalement situés à la croisée des chemins entre l’Amérique, l’Europe et l’Afrique, ce qui fait du Maroc un pont stratégique pour toutes les entreprises souhaitant se développer dans le continent africain. Enfin, nous avons la chance d’avoir un Roi qui a une vraie vision d’avenir pour le pays et qui œuvre tous les jours à l’accomplir. Cela étant dit, il y a encore beaucoup de travail à faire et d’opportunités à saisir, comme par exemple pour favoriser le développement et la formation des jeunes.

Dans l’Amérique de Trump, un Marocain peut-il avoir aujourd’hui la chance de devenir un jour haut responsable d’une entreprise de la taille du constructeur mondial Boeing ?
C’est dans la diversité que se forge l’unité américaine. Et je crois que dans un grand pays de libertés comme les Etats-Unis, il y a une volonté culturelle de donner des opportunités, de les saisir et donc de réussir au mérite. Il faut croire en ses rêves et travailler pour qu’ils se concrétisent. Chez Boeing, les origines ne sont pas un sujet. Elles sont simplement une source d’enrichissement. Ici, vous êtes un employé stricto sensu et vous êtes reconnu pour la qualité de votre contribution à l’entreprise et à sa prospérité, pas pour votre nationalité. J’encourage tous les jeunes Marocains à se fixer des objectifs ambitieux. Le travail, la volonté et la persévérance provoquent la chance, j’en suis convaincu.

Selon Ihssane Mounir, «Royal Air Maroc est un levier important pour réaliser les objectifs que le gouvernement s’est fixés en matière de tourisme et de croissance, plus largement. A travers le hub de Casablanca et les nombreuses liaisons internes, elle rapproche les grandes destinations touristiques marocaines du reste du monde». Il ajoute qu’«il y a également un autre aspect, moins connu et moins visible, qui est en lien avec l’écosystème industriel aéronautique au pays. Pour ne parler que de la maintenance d’avions, RAM dispose de l’un des rares centres de maintenance d’avions en Afrique, et effectue ce service pour de très nombreuses compagnies aériennes internationales. Vous savez, Boeing était l’une des premières entreprises mondiales à investir au Maroc dans ce secteur, à travers notamment Matis Aerospace. La création de cette entreprise n’aurait pas été possible sans RAM, puisque dès le départ Matis a été une joint-venture entre Boeing, RAM et Safran. Aujourd’hui, l’industrie aéronautique marocaine compte plus de 100 entreprises et exporte un demi-milliard de dollars chaque année. Il est important de comprendre que le développement d’une industrie aéronautique est quasiment impossible sans la présence d’un secteur aérien fort et croissant».