Poulpe : on pêche moins et on encaisse plus

Le plan d’aménagement mis en place en 2004 est en train de donner ses fruits : les captures ont été réduites de 50% en neuf ans
Fraudes et débarquements en mer ont été jugulés
Pour la campagne actuelle, les captures devraient porter sur 28 000 tonnes au maximum.

Le poulpe, cet or blanc qui a failli connaître l’extinction au début des années 2000, revient de loin. Effort de pêche limité au potentiel exploitable et non réel, et recettes en devises en hausse. Fini les années où l’on capturait 100 000 tonnes. Par exemple, pour la campagne de pêche au poulpe, au titre de la saison «hiver 2009» qui s’est ouverte il y a quelques jours, le quota autorisé au sud de Boujdour, où se fait l’essentiel des captures, a été fixé à 28 000 tonnes seulement. Pour l’été, le ministère de l’agriculture et de la pêche maritime attend les observations de l’Institut national de recherche halieutique (INRH) avant de fixer le volume qui, en général, dans cette zone, se situe entre 30 et 40% des quantités autorisées pour une année. Les quotas fixés pour les deux saisons sont variables puisqu’ils sont établis en fonction de l’observation scientifique des pêcheries.
Toujours est-il qu’après cinq ans on peut dire que le plan d’aménagement de cette pêche commence à donner ses fruits. D’abord en matière de préservation de la ressource. On se rappelle qu’en 1999 les professionnels, inconscients des dangers de la surpêche, avaient extrait près de 62 500 tonnes de poulpe, dont moins de
10 000 au nord de Boujdour (captures habituelles). Les captures avaient même frôlé les 100 000 tonnes, l’année suivante, avec les dérives que l’on connaît : contrebande, inflation du nombre de barques artisanales et usage d’outils non conformes. Sur la base de ses travaux, l’INRH avait établi que l’on ne pouvait, en aucun cas, dépasser les 50 000 tonnes par an sans compromettre la pérennité de l’espèce.

Des recettes de 2,7 milliards de DH en 2000 pour une production deux fois plus importante qu’en 2008

A partir de 2004, les pouvoirs publics ont pris la situation en main et réussi à convaincre les opérateurs de l’intérêt de réduire l’effort de pêche. Pour cette année-là, le quota total avait été fixé à près de 20 500 tonnes. Il a été augmenté progressivement, passant de 37 000 t en 2005 à 43 500 t en 2006 avant de grimper à 45 500 t en 2007. Aux dires des professionnels, 2008 a été une année exceptionnelle puisque les quantités prélevées se sont élevées à plus de 47 700 tonnes.
La réussite du plan d’aménagement apparaît ensuite à travers la valorisation de la production, deuxième objectif principal fixé par les autorités de tutelle. C’est ainsi que les exportations ont rapporté près de 3,3 milliards de DH, alors qu’en 2000 les recettes avaient atteint un peu plus de 2,7 milliards (selon l’Office des changes) pour une production deux fois plus élevée. De manière mécanique, si l’on peut dire, la rareté de la ressource a largement contribué à sa valorisation. «Si nous avions continué à inonder le marché mondial, il est évident qu’on allait irrémédiablement vers l’effondrement des cours mais aussi et surtout vers une catastrophe environnementale et économique», se réjouit Mohamed Tarmidi, secrétaire général du ministère de la pêche maritime. Il souligne par ailleurs que les Espagnols et les Italiens se sont substitués aux Japonais comme principaux clients du Maroc pour cette espèce (voir graphe).
Outre la limitation des captures, les résultats probants du plan d’aménagement du poulpe, aujourd’hui cité en exemple par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), tiennent au fait que le quota est partagé de manière optimale entre les différents segments. En accord avec les recommandations de l’INRH et en concertation avec la profession, 63% vont à la pêche hauturière (260 unités), dont le poulpe est l’activité centrale, 26 % à la pêche artisanale (3 100 barques) et 11 % à la pêche côtière (150 bateaux).
Deux autres mesures avaient été également entérinées par le plan d’aménagement de la pêche du poulpe : les quotas au niveau des professionnels sont individuels, ce qui entraîne deux conséquences. D’abord, chaque pêcheur connaît la quantité qui lui est allouée. Du coup, il est libre de la réaliser avec sa propre flotte. En cas de panne d’un bateau, il est de son droit de la transférer aux unités opérationnelles. Ce dispositif améliore la transparence dans une activité qui a eu à souffrir de la fraude et des débarquements en mer. Quand on soulève ces problèmes, Mohamed Tarmidi, se montre rassurant. «Aujourd’hui, cette question est réglée par un système d’autorisation. Aucune unité ne peut débarquer sans notre aval. Ensuite, les autorités portuaires européennes nous informent des quantités déchargées. Par ailleurs, les points de débarquement ont été ramenés de 10 à 3 seulement, dans un souci de contrôle et de suivi du plan», explique-t-il.
L’autre mesure du plan d’aménagement de la pêche du poulpe a été la réduction du nombre de barques artisanales, qui est passé de 7 000 à 3 100. Tous ceux qui avaient accepté de se retirer de la pêche au poulpe avaient été dédommagés à hauteur de 40 000 DH par barque.