Post-Brexit : la Britcham à l’avant-garde au Maroc

En plus des services qu’elle offre depuis 1923, la Chambre de commerce britannique a joué récemment un rôle décisif dans la signature de l’accord d’association post-Brexit entre le Maroc et la Grande-Bretagne en octobre dernier.

Peu connues du grand public, les Chambres de commerce étrangères jouent un rôle important dans la promotion du commerce bilatéral.
C’est le cas de la Chambre britannique de commerce au Maroc (Britcham) qui fêtera dans trois ans ses 100 ans d’existence. Fondée en 1923, sa mission clé est de générer des opportunités d’affaires entre Marocains et Britanniques, mais pas que. Pour ce faire, l’institution consulaire offre une pléthore de services de soutien, de sensibilisation, d’information, de réseautage et d’affaires.

7e partenaire commercial du Royaume

«Nous accompagnons les investisseurs et chefs d’entreprises à travers différents services : réunion de réseautage, de sensibilisation et d’information sur les dernières nouveautés sectorielles. Nous organisons chaque mois des conférences avec des acteurs publiques de premier plan pour échanger avec les opérateurs britanniques et marocains. Cela nous permet d’avoir en exclusivité de informations de première main sur l’avancement de chantiers réglementaires ou des investissements publics et privés», illustre Ilham Bennis, DG de la Britcham.

Missions sectorielles en Grande-Bretagne à l’occasion de salons et foires, délocalisation du processus d’obtention du visa britannique à la Chambre, partenariats avec les transporteurs et les hôteliers pour offrir des réductions aux membres, formations en anglais… Ce sont là autant de services offerts par la Britcham à ses membres.

«L’ensemble de ces services impactent positivement le déroulement des activités respectives de nos membres», indique notre interlocutrice.

En plus de ces services que l’on retrouve dans toutes les Chambres de commerce étrangères, la Britcham s’est distinguée récemment par son implication dans les négociations post-Brexit entre le Maroc et la Grande-Bretagne. «A l’issue du Brexit, il faut savoir que la Grande-Bretagne a créé un département dédié pour gérer les relations post-Brexit entre la Grande-Bretagne et les pays tiers (hors UE). Au Maroc, la Britcham a entamé les négociations avec ce département pour définir les clauses du contrat qui régira les échanges commerciaux entre les deux pays», a confié Ilham Bennis.

Autres réalisations de la Chambre : convaincre l’ABTA, l’Association des agents de voyages britanniques, d’organiser son congrès international 2020 à Marrakech, qui va réunir 3 000 tour-opérateurs. Dans le secteur de l’éducation, la Britcham a organisé une journée d’échange en étroite collaboration avec l’ambassade de Grande-Bretagne pour convier plusieurs écoles britanniques, qui souhaitent s’implanter au Maroc, à rencontrer les investisseurs marocains.
Pour ce qui est de l’industrie, la Britcham a organisé récemment une troisième visite d’hommes d’affaires britanniques, en partenariat avec le groupe OCP, axée, cette fois, sur l’efficacité énergétique. Celle-ci fait suite à une mission business organisée, en mai 2018, par la Britcham et l’OCP pour une délégation d’hommes d’affaires britanniques avec comme objectif de diversifier les fournisseurs du géant mondial des phosphates et contribuer au développement économique du Sahara.

Selon les données fournies par la Britcham, le Royaume-Uni est aujourd’hui le 7e partenaire commercial du Maroc et le 15e fournisseur. A l’échelle européenne, il est le 5e partenaire commercial européen après la France, l’Espagne, l’Italie et l’Allemagne avec 2,47 milliards de dollars par an. Au niveau des produits, le Royaume-Uni exporte vers le Maroc des produits pétroliers, lubrifiants, voitures, moteurs électriques, ou encore des machines et produits chimiques. De leur côté, les importations britanniques consistent essentiellement en vêtements, câbles pour électricité, engrais naturels, produits chimiques, et légumes.

«Fin mars 2018, une enveloppe budgétaire de trois milliards de livres sterling a été allouée par les autorités britanniques pour soutenir les entreprises désirant exporter leurs produits ou s’installer au Maroc. La Britcham multiple les réunions et les échanges avec les investisseurs britanniques pour les attirer au Maroc», souligne Ilham Bennis. En 2018, le volume des échanges a atteint la valeur de 2,5 milliards de livres sterling.

L’accord d’association permettant d’assurer la continuité des relations entre les deux pays a été signé, samedi 26 octobre à Londres, par le ministre des affaires étrangères, de la coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, Nasser Bourita, et le Secrétaire d’Etat britannique chargé du développement international, du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, Andrew Murrison.
En effet, cet accord bilatéral reprend l’ensemble des avantages que les deux pays s’accordaient mutuellement dans le cadre de l’Accord d’association Maroc-UE. Dans une récente sortie médiatique, Jenny Pearce, chef de la section politique au sein de l’ambassade britannique à Rabat, avait expliqué qu’«il était très important qu’un accord de continuité soit bouclé avant le 31octobre (NDLR : date légale programmée pour le Brexit)».

Grace à cet accord, les échanges entre les deux pays se poursuivront dans la même configuration existante avec l’Union européenne. Enfin, dans la déclaration politique accompagnant la signature de l’Accord d’association entre les deux pays, les deux gouvernements se sont engagés à consolider et à approfondir leur coopération en vue de l’établissement d’un partenariat stratégique fort, ambitieux et durable. Cette dernière institutionnalise un mécanisme de coopération stratégique à travers notamment une réunion annuelle ministérielle, comme organe de pilotage du partenariat. D’autres instances sont, également, mises en place pour assurer un suivi régulier comme le Comité d’association et d’autres comités spécialisés, notamment le Comité agricole, le Comité chargé des douanes et un Comité chargé du commerce. Fait important à noter, la déclaration réaffirme la position du Royaume-Uni sur la question du Sahara marocain, en marquant son appui aux efforts sérieux et crédibles menés par le Maroc dans le cadre de son initiative d’autonomie.