Port de Tanger : les dockers en quasi-chômage à  cause du transfert du fret à  Tanger Med

Pour 100 dockers, les salaires de janvier n’ont pas été payés.
Pour les syndicats, les pouvoirs publics n’ont pas tenu leur promesse de préserver l’emploi faite au moment de l’entrée en vigueur de la réforme portuaire.
Pour la direction de l’Agence nationale des ports, cette situation n’est pas due à  la réforme.

La tension règne de nouveau dans les ports. Cette fois-ci c’est à Tanger où la situation se corse avec des  manutentionnaires (dockers et stevedores) qui n’ont pas encore touché leur salaire de janvier. Cet incident, qui n’est pas le premier du genre, est la conséquence directe de la baisse du trafic marchandises dans ce port. Un recul attendu avec l’entrée en service du port de Tanger Med. Selon Driss Marsau, le secrétaire général du syndicat des dockers à Tanger, «non seulement les salaires de janvier n’ont pas été versés par l’Association des agents maritimes et stevedores (Assamat), mais, depuis deux trimestres, elle ne paie plus les cotisations ni à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), ni à la Caisse interprofessionnelle marocaine de retraite (CIMR). Les prestations liées à l’assurance maladie sont suspendues pour les mêmes raisons». Ce sont, affirme-t-il, près de 100 personnes employées au port de Tanger qui se trouvent dans une situation critique. Les intéressés ont bien tenté de mener une grève de 48 heures pour protester contre cette situation, mais, selon la même source, le mouvement aurait été empêché  par les autorités. Une commission de réconciliation regroupant les représentants du ministère de l’emploi, de celui du commerce, de la CNSS et de l’Agence nationale des ports (ANP) a été formée pour se pencher sur le dossier. Elle devait se réunir mercredi 18 février.
A en croire Said Lhairech, secrétaire général du syndicat national des dockers et stevedores, affilié à l’Union marocaine du travail (UMT), «ce qui se passe à Tanger est une violation flagrante de l’accord signé le 21 décembre 2006 entre le syndicat des dockers et le ministère du transport  et de l’équipement». Il rappelle que ce dernier s’est engagé à sauvegarder tous les emplois et les acquis des dockers et assimilés en marge de l’entrée en vigueur de la réforme portuaire.

Un sureffectif de 200 dockers chez Somaport
«Il ne faut pas faire d’amalgame», proteste Jamal Benjelloun, directeur de l’ANP. «Le gouvernement s’est engagé à sauvegarder ces emplois, par le biais de l’ANP dans le cadre de la réforme portuaire, c’est-à-dire qu’il assume tout ce qui est conséquence de cette réforme», explique-t-il. Or, le cas de Tanger, affirme le directeur de l’ANP, «n’a rien à voir avec cette réforme portuaire. C’est la conséquence d’un transfert d’activité vers Tanger Med». De plus, souligne-t-il, le port est toujours en activité et devrait évoluer vers d’autres métiers. M. Benjelloun assure que l’ANP est en train d’essayer de trouver une solution à ce problème qui est, résume-t-il, de nature économique.
M. Lhairech n’est pas de cet avis. Il rappelle que le gouvernement s’est engagé à garantir l’emploi et les acquis des travailleurs et dockers présents dans les ports de Nador, Tanger, Jorf Lasfar, Safi et Agadir, au même titre qu’il s’était engagé à maintenir, par le biais du nouvel opérateur dans la manutention, Somaport, l’emploi des cadres et agents des 5 sociétés de stevedoring qui opéraient au port de Casablanca avant le 5 décembre 2006 ainsi que celui de toute la main-d’œuvre employée par l’Assamat. En raison de ce qui se passe au port de Tanger, le syndicaliste n’hésite pas à exprimer ses appréhensions pour l’avenir des dockers intégrés à Somaport qui devrait commencer ses activités en juin prochain. Ils sont aujourd’hui au nombre de 930 contre 1090, après le départ à la retraite  anticipée de ceux dont l’âge est supérieur à 55 ans. Il n’a pas tort de s’inquiéter parce que les besoins de Somaport en manutentionnaires sont estimés à 730 personnes, soit un sureffectif de 200 personnes.
Par ailleurs, et après la cession de CMA-CGM de la branche voyageurs à Comarit, plus d’un millier de personnes entre officiers marins, marins, personnel de bord et  personnel au sol qui étaient liés par une convention collective à CMA-CGM seraient, selon lui, dans l’expectative.