Port de Casablanca : les raisons d’un bug de trois jours

Un défaut dans la conception du système d’information a généré une saturation


Remise en état prévue d’ici début 2008. En attendant, on travaille avec l’ancien
système.

Trois jours sans pouvoir dédouaner un seul conteneur ! Entre le 7 et le 9 novembre, les services de douane opérant au port de Casablanca ont été pris à  partie par les importateurs et les transitaires. A l’origine, un bug dans le système d’information de cette administration, qui a bloqué la machine. Résultat: la Douane, cherchant à  être plus performante dans les procédés de dédouanement, s’est trouvée en butte au mécontentement général. Pour comprendre cette anomalie, aujourd’hui identifiée, explique-t-on auprès de la Douane, il faut remonter au mercredi 7 novembre, tôt dans la matinée. Ce jour-là , le système appelé «Base automatisée des douanes en réseau» plus connu sous le sigle Badr, destiné à  remplacer à  terme l’ancien système Sadoc (Système de l’administration des douanes et de l’Office des changes), devait passer au palier deux. Le premier palier, relatif à  la mise en douane, étant opérationnel depuis le 2 janvier 2004, attendait d’être complété, avec comme but ultime la possibilité pour les opérateurs et leur agents d’accomplir et suivre en ligne les opérations de dédouanement en temps réel. Sauf que ce système, tout à  fait opérationnel et fluide durant les premières heures de ce mercredi, est devenu inaccessible à  partir de 10 heures pour ceux qui voulaient s’y connecter. D’o๠donc les perturbations, le blocage et les retards enregistrés ce jour-là  et les jours suivants.

D’o๠vient l’incident ? Selon Nabyl Lakhdar, chef de la division informatique des douanes, l’espace mémoire occupé par les premières personnes à  s’être connectées, pour travailler ou pour «voir comment ça marche», n’était pas libéré même si les clients se déconnectaient. Défaut de conception donc. Le plus grave est que l’anomalie existait déjà  dans la version Badr I, mais n’était pas visible, le système n’étant pas trop sollicité jusque-là . «Ce n’est donc ni un problème d’internet, ni de capacité, mais bien d’une anomalie technique du système lui-même, anomalie qui a été identifiée vendredi vers 18 heures 30», affirme M. Lakhdar.

Entre-temps, c’est-à -dire du mercredi matin au vendredi fin d’après-midi, qu’a-t-on fait pour débloquer la situation ? D’abord, dès mercredi, décision a été prise de traiter manuellement les opérations urgentes, en l’occurrence celles relatives aux produits périssables, aux expéditions express et à  l’export, avant de généraliser, vendredi, le traitement manuel, et finalement de prendre vendredi soir la décision de revenir à  Sadoc. Selon nos informations, un nouveau basculement vers Badr 2 sera opéré dès début 2008, mais la date exacte n’a pas encore été fixée. Actuellement, nous dit-on, l’anomalie a été rectifiée, mais la Douane préfère tester encore le système pour éviter un nouveau bug.

Les importateurs parlent de pertes colossales, la Douane minimise
En attendant, et selon les informations recueillies par La Vie éco, nombre d’opérateurs affirment avoir subi des pertes non négligeables durant ces trois jours de blocage alors que la Douane estime que «le chiffrage des dégâts qu’on a pu lire, ici et là , semble très exagéré». Certes, la Douane a renoncé à  toutes les pénalités de retard, mais il n’en demeure pas moins que de nombreux opérateurs disent avoir eu à  payer des frais en sus : frais supplémentaires pour les conteneurs non libérés à  temps, frais d’emmagasinage, électricité pour les produits frigorifiés, etc. A titre d’exemple, un transitaire nous a affirmé que son client a dû verser 250 000 DH en frais supplémentaires pour huit conteneurs qui ont séjourné plus longtemps que de coutume au port en raison de ce problème. Un autre estime à  quelque 300 000 DH les frais que va débourser un importateur de la place pour onze conteneurs de chocolat.

Mais, tout compte fait, et malgré ces déboires, les professionnels avisés estiment que la généralisation du système Badr constituera une grande avancée dans la mesure o๠il permettra de traiter toutes les opérations à  distance…