Pomme de terre : 10% des 60 000 hectares plantés ont été endommagés par le gel

4 700 hectares ont été totalement détruits. Le ministère de l’agriculture compte subventionner des semences pour replanter les superficies endommagées. Le Maroc dépend de l’étranger pour les semences certifiées.

La pomme de terre a fait les frais de la vague de froid qui a prévalu ces dernières semaines sur la quasi-totalité du pays. Le ministère de l’agriculture annonce que 6 000 hectares sur une superficie totale plantée de 60 000 ont été endommagés, dont 4 700 ha définitivement perdus. Les régions concernées sont, entre autres, le Loukkos (production précoce), le Gharb, Skhirat-Témara, Tiflet, …
Selon Lahcen Abdane, DG de la société Dynamisation de l’agriculture (Dynagri), les pommes de terre qui viennent d’être plantées pourront résister plus facilement tant qu’elles sont à l’état de tubercules. Les autres qui sont en végétation (plants sortis de terre) sont brûlées si le mercure baisse à moins de 0°C, alors que les tubercules sont affectés à partir de -2°C de température du sol. Ces conditions sont réunies avant tout dans les bas-fonds et sols secs. Pour lutter contre les gelées, les agriculteurs utilisent accessoirement l’irrigation nocturne puisque la température de l’eau est plus élevée et qu’elle apporte des «calories» permettant de gagner un ou quelques degrés, vitaux dans ces conditions.
Les pommes de terre d’arrière-saison sont les plus touchées et pourraient atteindre 70% des surfaces affectées. Les 30% seraient celles de saison qui couvrent les 2/3 des surfaces plantées à l’échelle nationale, soit 40 000 sur les 60 000 ha. A l’inverse, les pommes de terre plantées en août et septembre, déjà arrivées à maturité et dont une grande partie est déjà arrachée, subiraient moins de dégâts avec cependant le risque de voir leur rendement diminué suite aux gelées.
Toujours est-il qu’un certain retard a été enregistré lors de cette campagne dans les plantations, en raison de l’hésitation des agriculteurs suite au manque de pluies et de la baisse des prix de la production précédente. De plus, habitués à la combinaison sécheresse-fortes températures, l’effet combiné du froid et de la sécheresse les a surpris.
De l’avis de M. Abdane, les agriculteurs devraient s’orienter vers des zones moins exposées, même si elles sont difficiles à déterminer, pour remédier à ces aléas climatiques. Ils devraient aussi, en vue de limiter l’ampleur des dégâts, diversifier la gamme de leurs cultures, les dates de plantation et les variétés (précoces, semi précoces et tardives). Les producteurs de pomme de terre parlent, pour leur part, de véritable catastrophe naturelle et voudraient que l’on fasse appel au fonds de lutte contre les effets des catastrophes naturelles qui existe depuis 2008.

32 000 à 33 000 tonnes de semences certifiées importées par an

Parmi les mesures prévues face à cette situation, le ministère envisage un soutien aux agriculteurs par la subvention des semences pour replanter les superficies détruites. Les besoins pour cette opération s’élèveraient à 13 750 t environ (5 500 ha x 2,5 t/ha). Cependant, les importateurs estiment qu’il est trop tard pour recourir à l’étranger pour les semences. Leur réticence vient du fait que l’importation de quantités supplémentaires après le 20 février risquerait de déstabiliser le marché, sans oublier les problèmes de maladies, de qualité et de dégâts dus à la chaleur. Par ailleurs, et comme le froid a empêché une partie des agriculteurs de planter leurs champs, il reste un stock de semences invendues qu’on peut estimer entre 7 000 et 8 000 t sur les 32 000 à 33 000 importées annuellement (voir encadré). Selon les professionnels, en plus des semences locales, ce stock actuellement disponible dans différentes régions pourrait sauver la situation.
Le Maroc produit annuellement 2 000 à 2 500 tonnes de semences certifiées, soit moins de 2% de ses besoins. La quantité de semences communes prélevées sur la production destinée à la consommation s’élève à près de 100 000 t, soit autour des 2/3. Le total va de 135 000 à 140 000 tonnes selon les années. Le besoin par hectare dépend de la saison (primeurs, saison principale ou arrière-saison).
Cependant, les producteurs de pomme de terre ne sont pas les seuls à avoir subi les affres du gel. Diverses cultures fragiles, non habituées à ces conditions exceptionnelles, ont été impactées parmi lesquelles la canne à sucre, le fraisier, le pêcher et le nectarinier précoces, les légumes en plein champ, l’avocatier et le bananier. L’élevage aussi a subi de plein fouet les conséquences de cette vague de froid, en raison du manque de pâturages et de fourrages qui a eu pour conséquence le renchérissement des aliments de bétail.
Sur le marché, il faudra s’attendre dans les prochaines semaines, voire les prochains jours, à une baisse de la production de fruits et légumes et, par conséquent, à une hausse des prix au cours des mois à venir.