Polémique sur les prix desmédicaments : les laboratoires contre-attaquent par leur propre étude

3 000 produits ont été étudiés contre 15 pour le rapport de la commission parlementaire.
29% des produits achetés coûtent entre 10 et 20 DH, et 19% entre 100 à  200 DH
Le cabinet préconise une baisse progressive des prix, sans généralisation, pour éviter un recul brutal du chiffre d’affaires des industriels.

L’étude sur les prix des médicaments commanditée par l’Association marocaine de l’industrie pharmaceutique (AMIP) suite à la publication, à fin septembre dernier, du rapport de la commission parlementaire mettant en exergue la cherté du produit vendu au Maroc, est finalisée. Ses résultats seront rendus publics début février. Selon le cabinet MedInfo en charge de l’étude, ce n’est pas une réplique au rapport parlementaire, mais un travail complémentaire. L’étude de la profession s’est basée sur un panel beaucoup plus large de médicaments, soit 3 096 produits au lieu des 15 produits sélectionnés par la commission parlementaire. Les consultants ont aussi opté pour une approche historique des prix, soit leur évolution sur une dizaine d’années. Ce qui, selon Abdelmajid Belayche, patron de MedInfo, permet de mieux rendre compte de la dynamique des prix du médicament.
Premier constat de l’étude des indsutriels : Il ressort que les prix des médicaments ont augmenté à un rythme annuel de 3 à 5% entre 1999 et 2004, ce qui, aux yeux de la profession, paraît faible. Et depuis 2004, la tendance est plutôt à la stagnation, semblerait-il. Certains laboratoires ont même, selon l’étude, baissé les prix de leurs produits pour maintenir leur part de marché face à la concurrence des génériques.
Deuxième constat de l’étude la notion de cherté du médicament qui est jugée relative. «Le médicament est cher par rapport à son coût et aussi par rapport au niveau du pouvoir d’achat du Maroc. La comparaison avec l’Inde et le Pakistan n’est pas significative puisque le pouvoir d’achat dans ces pays est largement inférieur au nôtre. Tout comme le rapprochement avec la Tunisie n’a pas lieu d’être dans la mesure où, contrairement au cas marocain, le système est centralisé et l’industrie pharmaceutique y bénéficie de subventions qui n’existent pas au Maroc», explique M. Belayche.
Pour rendre compte du niveau des prix par rapport au pouvoir d’achat, l’étude, qui a procédé à une segmentation du marché par classes thérapeutiques, révèle que, pour l’hypertension (une des maladies les plus fréquentes au Maroc), le coût du traitement mensuel représente seulement 9% du Smig en 2009 contre 10% en 1995. Pour d’autres maladies lourdes, ce taux atteint 17%.
La faiblesse du pouvoir d’achat explique, selon les conclusions de l’étude, que les ventes de médicaments portent davantage sur les produits à bas prix. Ainsi, on retiendra que 29% des ventes concernent des produits dont le prix varie entre 10 et 20 DH. Les médicaments coûtant entre 100 à 200 DH représentent 19% des ventes.

La baisse pourrait d’abord concerner les médicaments traitant les maladies lourdes et chroniques

Pour les produits dont le prix est compris dans une fourchette allant de 200 à 300 DH, la part de marché se situe à 1%. Hormis le niveau des moyens financiers, la faible demande de produits chers s’explique par l’insuffisance de la couverture médicale. 15% de la population marocaine seulement bénéficie d’une couverture médicale. «Partant de là, il est clair que malgré une baisse des prix des médicaments, le problème de l’accès aux médicaments restera entier. Il faut agir aussi sur d’autres paramètres», avance M. Belayche.
L’auteur de l’étude recommande ainsi que l’on procède prioritairement à un élargissement de la couverture médicale aux couches sociales qui n’en disposent pas encore. Ce faisant, le démarrage du Ramed et la mise en place d’un système pour les indépendants s’imposent. Et l’extension de l’Amo aux soins ambulatoires est, selon  l’étude, une opportunité pour augmenter le volume des ventes et permettre de compenser une baisse des prix. Le cabinet MedInfo suggère également une baisse par étapes et sans généralisation. La progressivité de l’application de cette mesure permettra aux industriels d’adapter leurs décisions afin d’éviter un recul brutal du chiffre d’affaires. Une baisse généralisée du prix présente, quant à elle, un risque d’indisponibilité du médicament et même de disparition des produits à petits prix dans la mesure où les industriels pourraient refuser de fabriquer des médicaments à perte ou avec une marge faible.
Les conclusions de cette étude validée par la profession seront présentées aux pouvoirs publics qui planchent actuellement sur ce dossier qualifié d’«épineux et délicat». Prendront-ils en compte les recommandations de l’Amip ? On ne sait pas encore, mais les  premières informations qui ont filtré des négociations sur la baisse des prix, font croire que le ministère de la santé pourrait opter pour cette voie puisqu’il est suggéré de procéder d’abord à une révision à la baisse du prix des médicaments traitant les maladies lourdes et chroniques. Environ 150 produits seraient concernés. La liste sera certainement élargie à d’autres spécialités.