Poisson, viande rouge, volaille, les prix flambent

Rétention et faible production en sont la cause.
Le phénomène se répète à chaque bonne année
agricole.
La demande de poulet est revenue à la normale.

Viande à 70 DH le kg, poulet à 18 DH et poisson plus cher que d’habitude. Le Marocain moyen, fortement attaché à la consommation de viande, en supporte un coût élevé depuis quelques semaines. Une situation quelque peu inédite puisque nous ne sommes ni en période de pré-Aïd El Kebir, qui expliquerait l’augmentation des prix de la viande rouge, ni en été, où la forte demande sur le poulet tire les prix à la hausse. Qu’est-ce qui se passe ?

D’abord, le consommateur qui avait boudé le poulet en raison de la peur provoquée par la menace de grippe aviaire est revenu à une consommation normale. Or, les restrictions posées à l’importation font que la production est plus faible que d’habitude, d’où la flambée. Au cours de la dernière semaine d’avril, le kilo de poulet vif chez les détaillants a atteint 18 DH.

Les éleveurs profitent du fourrage gratuit
Le poisson est dans le même schéma. Selon Lahoucine El Boudrari, délégué régional de l’ONP (Office national des pêches), la période de grosse frayeur, qui avait détourné les Marocains du poulet, a coïncidé avec une période de faible capture qui s’explique par les intempéries qu’a connues la mer avec une saison plutôt pluvieuse et la flambée du prix du carburant. Ce qui fait, explique-t-il, que les espèces dont les prix sont accessibles au consommateur ( 39 % des apports) ont connu une augmentation de prix de 5%, alors que leur production a baissé de 33 %. En d’autres termes, c’est plutôt la faiblesse de l’offre qui a tiré les prix à la hausse.

Mais alors, comment expliquer la fluctuation du prix de la viande rouge ? En 2005, le prix moyen à la cheville était de 49 DH le kilo, indique le Dr Mohamed Nahi, vétérinaire-chef des abattoirs communautaires de Casablanca. Pour cette année, il a atteint 56,50 DH auxquels il faut ajouter 10 DH pour les intermédiaires pour aboutir au prix de vente au consommateur, légèrement variable selon les quartiers.

Pourquoi une telle hausse ? Selon le Dr Nahi, «2006 se présente comme une bonne année agricole et les pâturages naturels préservant les éleveurs contre toute dépense supplémentaire pour l’alimentation de leur bétail, ils ne se précipitent pas dans les souks pour vendre ce dernier. Cette rétention produit une rareté au niveau des bêtes destinées à l’abattage, ce qui oblige les chevillards à acheter plus cher et, évidemment, à en répercuter le surcoût sur le consommateur. D’ailleurs, si on analyse le prix de 2005, qui était de 59 DH, prix au consommateur, on remarque que les agriculteurs ont été forcés de céder leur bétail, de peur d’avoir à supporter les charges de son alimentation parce que ce fut une année moins bonne que 2004 et 2006».

Ainsi, on le voit bien, il n’y a eu ni migration du consommateur ni augmentation inexpliquée dans le prix des viandes. Vers quoi s’étaient rabattus les ménages qui s’étaient détournés de la volaille ? Une question qui en appelle une autre. Si une ville comme Casablanca exprime des besoins en viandes rouges de l’ordre de 36 000 tonnes par an et que les abattoirs n’en ont produit que 18 000 en 2004 et 22 000 tonnes en 2005, d’où vient le complément du tonnage que consomme la ville ? La réponse doit se trouver à la fois dans la viande foraine (souks des environs) et, bien sûr, dans l’abattage clandestin. Ce sont les volumes de cette production informelle ou semi-informelle qui pourraient nous donner la réponse. Certains professionnels estiment que c’est c’est vers ces produits que s’étaient tournés les consommateurs qui avaient boudé la viande blanche.

Viande à 70 DH, poulet à 18 DH et poisson plus cher de 5%.