Poisson trop cher : mauvaise conjoncture ou intermédiaires gourmands ?

Le prix au gros du poisson passe souvent au double en atterrissant dans le
panier de la ménagère.
Les intermédiaires profitent de la conjoncture pour gonfler leurs marges.

Le prix du poisson donne quelques soucis à  la ménagère, en ce début février, avec l’augmentation du prix du gasoil et la grève des pêcheurs qui, si elle continue, risque de provoquer une plus grande envolée des prix. Partout au Maroc les prix des espèces les plus consommées ont connu une hausse. A titre d’exemple, sur les étals casablancais, le prix de la sardine varie entre 8 et 10 DH alors que celui du merlan a même atteint les 85 DH, il y a quelques semaines, pour retomber aux environs de 70 DH. Mais si, un mois plus tôt, le prix de la sardine au kilo était très proche des prix de vente actuels, le merlan était offert entre 45 et 50 DH seulement.

Le constat est frappant, les prix augmentent, sont sujets à  fluctuation constante et, avec la grève des pêcheurs, les effets de la rareté du produit risquent de se faire ressentir encore plus dans les semaines à  venir.

Le prix au gros du kg de sardine est passé de 2,66 à  4,15 DH en une semaine
Mais raisonnons plus précisément sur la base des chiffres macros livrés par l’Office national des pêches (ONP). La crevette rose se vendait au prix moyen du gros à  18 DH/kg à  fin janvier de cette année alors que le merlan, la sole et la sardine étaient vendus respectivement 28 DH, 27 DH et 2,66 DH le kilo.

Mardi 5 février, la halle aux poissons de Casablanca affichait les variations suivantes : aucun changement (ou presque) pour le prix de la crevette rose, mais le prix du merlu était en chute de 22,5% alors que la sole perdait 30% de son prix de fin janvier. Par contre, la sardine gagnait plus de 56% et voyait son prix passer de 2,66 à  4,15 DH. Ces prix s’entendent en gros et il faut y ajouter le coût du transport et la marge des mareyeurs et des intermédiaires, y compris le détaillant. Il reste que les prix sont passés du simple au double entre ceux des halles et ceux de la vente au détail.

Certes, comme l’explique un pêcheur professionnel, la variabilité du prix du poisson tient à  plusieurs éléments : mauvais temps, donc nombre de sorties en mer réduit, variabilité des tonnages de capture et augmentation du prix du pétrole. Cependant, l’absence d’un marché de gros pèse aussi de tout son poids. En effet, à  comparer janvier 2007 et janvier 2008, les chiffres de l’ONP prouvent que le nombre de sorties des bateaux a augmenté de 43%, le poids total du poisson péché a augmenté de 26% par rapport à  la même période de 2007. Cela n’a pas empêché la valeur du poisson d’augmenter de 23%. Quant aux prix du gros, à  en croire ces chiffres, ils auraient connu une diminution de 3%. Ce qui ne se reflète nullement sur le marché de détail. La conclusion s’impose d’elle-même : si la conjoncture influe sur le prix du poisson, les intermédiaires, eux, en profitent pour gonfler leurs marges.