Poisson : les prix du détail flambent malgré la baisse des valeurs de première vente

A fin avril, les débarquements sont en légère hausse de 3%, à  334 460 tonnes. 80% de la ressource est pêchée au Sud alors que la demande se concentre au centre du pays, d’où les frais importants de logistique. Les marges des grossistes, intermédiaires et détaillants restent élevées.

A l’approche de Ramadan, le prix du poisson et sa disponibilité reviennent souvent dans les discussions. Et cette année, tout laisse à croire que le sujet risque de fâcher davantage les consommateurs.

En effet, selon les derniers chiffres de l’Office national des ports (ONP), le volume des débarquements de la pêche côtière et artisanale à fin avril n’affiche qu’une légère hausse de 3% par rapport à la même période de 2013, à 334 460 tonnes toutes espèces confondues, principalement en raison des aléas climatiques. Ceci veut dire, déjà, que l’offre est presque au même niveau.

Mais même si les valeurs de la première vente sont en baisse de 8%, les prix de détail, eux, continuent de défier toute logique. Un détour par quelques marchés de quartier à Casablanca durant cette semaine renseigne sur l’ampleur des hausses que subissent les prix  des poissons entre la sortie de la halle et l’arrivée dans le panier de la ménagère.

La sardine, poisson le plus populaire, se vend entre 12 et 13 DH le kilo. Pourtant, il est facturé à 2 DH/le kilo en moyenne à la première vente. Pour le chinchard, qui sort de la halle à 7,10 DH/ kg en moyenne, les étiquettes indiquent entre 14 et 15 DH/kg chez les commerçants.

Par ailleurs, la sole se négocie entre 70 et 80 DH/kg pour un prix moyen à la halle ne dépassant pas les 43 DH le kilo. Tandis que l’espadon, facturé à la première vente à 37 DH/kg en moyenne, flirte avec les 60 DH/kg chez les détaillants. De leur côté, les étiquettes des crevettes roses affichent entre 70 et 80 DH/kg selon les lieux de commercialisation pour un prix moyen de gros de 52,90 DH/kg.

Les prix triplent souvent entre la sortie de la halle et le panier de la ménagère

Avant de s’aventurer dans l’explication de l’origine de ces marges excessives générées par le circuit d’intermédiation, une source à l’ONP fait remarquer que le prix moyen du gros d’une espèce a une pertinence très relative dans la mesure où les quantités vendues comprennent des qualités diverses, du meilleur au piètre, et que les transactions se font à des moments différents.

Mis à part ces considérations, «la variation déroutante et quasi permanente des prix s’explique essentiellement par le nombre des intermédiaires qui interviennent pour que le poisson atterrisse chez le détaillant, le standing du lieu de commercialisation, la saisonnalité du poisson qui conditionne sa disponibilité abondante ou sa rareté dans une période précise de l’année, le moment de la journée au cours de laquelle le consommateur achète le poisson et le jour de la semaine également…», explique un marchand de poissons au Marché central.

De plus, les experts affirment que 80% de la ressource est pêchée dans le stock «C» dans la zone du Sahara alors que la demande, elle, se concentre au centre du pays, ce qui induit des frais importants aussi bien pour le transport que pour la chaîne de froid pour l’acheminement du poisson dans les meilleures conditions d’hygiène et de salubrité vers les lieux de commercialisation.

Avec l’approche de Ramadan et le pic de consommation qu’il occasionne, les opérateurs constatent généralement que le prix de gros est largement supérieur au reste de l’année. Ce qui peut correspondre à une anticipation sur la demande accrue en période du jeûne avant même l’arrivée aux détaillants qui ne se privent pas eux non plus de leurs marges.

Pour essayer de mettre de l’ordre dans la fixation des prix sur le marché, une étude de l’ONP (faite à l’été 2011) a porté sur deux espèces, le merlu et la sardine. Les conclusions sont probantes quant aux marges que se font les intermédiaires.

En effet, l’étude a révélé que l’écart des prix du merlu entre le débarquement (halle) et la vente au détail va jusqu’à 70%. Par exemple, pour celui provenant d’Agadir, le kilo qui sort de la halle à 54 DH se retrouve à 90 DH dans le panier de la ménagère casablancaise.

Au passage, le grossiste se fait une marge de 20%, l’intermédiaire 17% et le détaillant en engrange 20% de marge. Pour la sardine, facturée à 3 DH/kg au départ de la halle, elle est achetée à 5 DH/kg au marché de gros par le détaillant qui la revend à 9 DH, ce qui lui laisse une marge de près de 45%. Entre la sortie de la halle et le panier de la ménagère, le prix aura triplé. En définitive, les prix dépendent du bon vouloir des intermédiaires et commerçants plus qu’ils ne répondent à une quelconque logique de marché.