Poisson : les dix marchés de gros qui seront ouverts d’ici 2010

Les travaux à Casa et Oujda sont déjà lancés, ceux de Tanger le seront d’ici novembre.
Monopole pour la gestion les cinq premières années ; gestion déléguée à des privés par la suite.

D’ici 2010, le Maroc sera équipé de dix marchés de gros respectant les normes d’hygiène pour la commercialisation. Pour cela, l’Office national des pêches (ONP), qui a lancé le programme, accélère le rythme de la concrétisation. A ce jour, des conventions ont été signées avec Casablanca, Oujda et Tanger. Les travaux ont déjà commencé dans la capitale économique (janvier 2007) et celle de l’Oriental (la semaine dernière). A Tanger, le chantier sera ouvert d’ici la fin de l’année.

Deux autres projets sont sur le point d’être bouclés : les marchés de gros de Marrakech et Rabat. Les investissements qui seront consentis par l’ONP sont de l’ordre de 420 MDH, au lieu de 400 millions comme initialement annoncé. «Les projets ont évolué depuis», assure Majid Kaïssar El Ghaïb, DG de l’Office, qui précise que six d’entre eux bénéficieront de l’aide financière des Etats-Unis, dans le cadre du Millenium Challenge Account.

Ce programme de taille est destiné à mettre de l’ordre dans le circuit de distribution du poisson, ressource extrêmement périssable. Il faut rappeler que le Maroc produit annuellement 36 kg de poisson par habitant et n’en consomme que 12. Une anomalie pour un pays qui compte près de 3 500 km de côtes. A ceci, plusieurs raisons : une production destinée à l’export, les importantes quantités de poissons destinées à l’industrie de l’huile et de la farine, mais, surtout, l’indisponibilité du produit frais dans plusieurs villes de l’intérieur. Et pour cause, l’insalubrité et l’inefficacité des circuits de distribution et de commercialisation existants.

Huit marchés de gros existent au Maroc, à Casa, Tanger, Fès, Rabat, Meknès, Marrakech, Oujda et Tétouan, ne couvrant que 15 millions de personnes. En outre, leur gestion, du ressort des conseils communaux, est assurée par des mandataires, personnes physiques (anciens combattants et leurs ayants droit, par exemple) ne maîtrisant pas nécessairement les ficelles du métier. C’est le dahir du 7 février 1962 qui le stipule, comme pour tous les autres marchés de gros d’ailleurs. Cette situation a permis le foisonnement de circuits de commercialisation parallèles. En effet, selon des chiffres fournis par l’ONP, sur les 267 000 t de poisson destinées à la consommation interne, seules 72 000 passent par les marchés de gros, soit 27% du volume.

Le reste est commercialisé dans l’anarchie totale, par le biais de marchands ambulants notamment. «Il fallait trouver une solution pour un secteur stratégique pour l’économie et la société. Organiser les circuits de commercialisation et encourager la consommation interne est l’une de nos principales missions», explique le DG de l’ONP. Un premier diagnostic a par ailleurs montré que la gestion de ces circuits par des privés ne représenterait pas un intérêt financier alléchant, vu l’énormité des investissements en infrastructure requis.

Le taux de rentabilité de 11% dissuade les privés d’investir
En effet, les huit marchés existants tombent quasiment en ruine. C’est ce qui a poussé l’office à mettre au point le programme de construction et de mise à niveau de dix marchés de gros dans dix villes, dont Taza et Béni Mellal qui n’en avaient pas. «L’ONP ne s’est lancé que lorsqu’il est devenu évident que les privés n’étaient pas intéressés», explique le DG de l’ONP. Des études ont en effet montré un taux de rentabilité des investissements de l’ordre de 11%, assorti d’une durée de recouvrement des investissements de 10 à 12 ans, que seul l’Etat peut supporter. C’est pourquoi c’est l’ONP qui investira, gérera pendant 5 ans, sous monopole, avant de déléguer au privé.

Zoom
Les marchés à construire ou réaménager

Casablanca : les travaux ont commencé en janvier 2007 à Sidi Othmane. Le marché abritera la seconde vente de poisson qui a lieu, aujourd’hui, au port de Casablanca, ce qui permettra une meilleure organisation de l’enceinte portuaire. L’ouverture est prévue en décembre. L’investissement global est de 76 MDH.

Oujda : les travaux seront entamés en novembre 2007. L’actuel marché sera détruit. Le terrain s’étend sur 1,4 ha. L’investissement hors foncier et équipement est de l’ordre de 33 MDH.

Tanger : comme pour Casa, le marché abritera la seconde vente effectuée dans l’enceinte du port. Le terrain mis à la disposition de l’ONP par le conseil de la ville se trouve sur la route de Tétouan. Les travaux démarreront en novembre prochain. Coût de la construction : 37 MDH.

Fès : l’actuel marché de gros, en construction depuis dix ans, n’est pas achevé. En attendant, le poisson se vend dans des conditions insalubres.
Le projet prévoit une mise à niveau à grande échelle. Budget : 34 MDH.

Marrakech : premier grand centre de consommation à partir de la zone de production sud. L’actuel marché de gros sera rasé et une nouvelle bâtisse sera érigé à sa place. Le terrain s’étend sur 2 ha. Investissement prévu : 63 MDH, pris en charge par l’ONP. Equipement financé dans le cadre du Millenium Challenge Account (MCA).

Rabat : créé en 1974, le marché de gros de la capitale ne répond pas aux conditions de commercialisation décente du poisson. Sis à Akkari, il sera entièrement reconstruit. Coût des travaux : 64 MDH. Le MCA financera l’équipement.

Meknès : le marché actuel sera détruit et reconstruit entièrement. Le projet bénéficiera également du financement américain du MCA. Coût des travaux uniquement : 37 MDH. Sa construction est prévue à l’horizon 2010.

Tétouan : ville de l’intérieur même si elle est proche de petits ports de pêche (M’diq et Fnideq), Tétouan est dotée d’une infrastructure aux normes dépassées. Le nouveau marché, qui remplacera l’actuel, nécessitera une enveloppe de 28 MDH.

Béni Mellal et Taza : ces deux villes n’ont pas de marché de gros de poisson. L’investissement est de l’ordre de 22 MDH à Taza et de 26 MDH à Béni Mellal.