Poisson : ce qui explique la montée en flèche des prix du détail

Les grossistes soutiennent que l’offre est relativement abondante par rapport aux années passées. Les détaillants font des marges qui vont de 50 à 100%. Nombre important d’intermédiaires, arrivée d’intermédiaires saisonniers, existence d’un tissu informel…, plusieurs facteurs sont invoqués, comme toujours.

Comme chaque Ramadan, la flambée des prix du poisson s’impose comme une fatalité. Une question refait toujours surface : ce phénomène s’explique-t-il par la seule loi de l’offre et de la demande ? La réponse est oui, à en croire l’Office national des pêches (ONP) et les grossistes du marché de Casablanca -qui représente un peu plus des deux tiers des transactions réalisées sur le marché intérieur. «L’offre des produits halieutiques est influencée essentiellement par l’activité de pêche. En effet, les conditions climatiques constituent le principal facteur pouvant affecter l’activité et par conséquent la disponibilité du poisson sur les marchés. Pour sa part, la demande des produits halieutiques évolue en fonction des préférences des consommateurs. Le décalage entre l’offre et la demande explique la variation à la hausse ou à la baisse des prix», rappelle Abdelali Lamoudni, directeur de l’exploitation et l’animation commerciale à l’ONP.

Le son de cloche est presque le même du côté du président de l’Association casablancaise des grossistes de poisson, Adil Naim, qui confirme de son côté que les prix de la deuxième vente -après la première vente ayant lieu dans les halls des ports- sont également fixés après confrontation de l’offre et la demande. «Cette année, l’offre durant le mois de Ramadan est relativement abondante par rapport aux années précédentes du fait des conditions climatiques favorables en ce début de saison estivale», affirme-t-il.

Des prix plus modérés dans les grandes surfaces

Pour savoir est-ce-qu’il y a une répercussion de cette baisse sur les prix fixés par les détaillants, nous avons comparé avec la deuxième vente. Ainsi, samedi 3 juin, au Marché de poisson au gros de Casablanca où des captures de toutes les régions du Royaume sont acheminées, les prix de la sardine se situaient dans une fourchette de 4,50 DH à 6,50 DH. Toujours à Casablanca et au même moment, le prix fixé par les détaillants pour la même espèce atteignait 20 DH au Marché central, soit plus du triple. Dans des marchés populaires ou dans les grandes surfaces, la sardine était proposée à des prix plus abordables, allant de 9 DH comme à Marjane Derb Soltane à 13 DH au marché populaire de Bab Marrakech (pour chaque espèce, deux ou plusieurs variétés sont proposées).

Ces distorsions concernent presque toutes les autres espèces prisées par les consommateurs durant Ramadan. Exemple : plusieurs variétés de crevettes ont été écoulées au marché de gros dans une fourchette de 85 à 116 DH le kg, tandis que chez certains détaillants, il fallait débourser presque le double.

Autre exemple, plusieurs variétés de la sole et du merlan qui ont été vendues respectivement dans le marché de gros dans une fourchette allant de 30 DH à 60 DH et de 55 DH à 70 DH étaient proposées à des prix dont la marge dépassait au minimum les 40% et atteignant le double pour une qualité assurée. «Si dans les marchés de poisson des quartiers populaires les prix sont relativement modérés, la fraîcheur n’est pas toujours au rendez-vous», nous précise un client dans le souk de l’Ancienne médina de Casablanca.

Dans les grandes surfaces, à l’instar de Marjane, les prix sont également modérés. Illustration : la sole, toutes variétés confondues, est proposée entre 59 DH et 79 DH, tandis que la crevette et le merlan grand sont proposés respectivement à 99 DH et 48,90 DH. Des prix en phase avec ceux du gros. Explication, le groupe achète en grandes quantités directement à partir des halles. «Nous avons une plateforme nationale qui dispatche son stock auprès de nos surfaces», nous indique un cadre de Marjane Derb Soltane.

Les régions méditerranéennes moins bien loties que la zone atlantique

Ces distorsions des prix conjugués à une flambée (en tout cas) pressentie par le consommateur final, alors que tous les détaillants s’approvisionnent auprès de la même source, soulèvent plusieurs interrogations, d’autant plus que les grossistes affirment que les prix qu’ils proposent baissent relativement. Nombre important d’intermédiaires, arrivée d’intermédiaires saisonniers, existence d’un tissu informel…, plusieurs facteurs sont invoqués pour expliquer la hausse des prix du poisson dans un pays qui est un des tout premiers producteurs de poisson en Afrique avec pas moins de 1,38 million de tonnes en 2016, en hausse de 7% par rapport à l’année précédente.

Pour l’Office national des pêches (ONP), trois autres facteurs influant sur l’offre de poisson et sur les prix -outre le rapport offre/demande- peuvent être à l’origine de l’augmentation des prix. «Il y a d’abord les conditions hydro-climatiques comme la houle ou le vent dans la mesure où le mauvais temps affecte le nombre de sorties en mer pour la pêche. Les variations de température de l’eau et de sa salinité peuvent également influer sur le déplacement de certains poissons pélagiques (notamment la sardine et le maquereau)», explique Abdelali Lamoudni. «Ensuite, il y a le facteur de la saisonnalité. En fonction du cycle biologique du poisson, certaines espèces sont plus disponibles à certaines périodes de l’année que d’autres. Ainsi, la haute saison de la sardine s’étale généralement de juillet à décembre alors que celle de l’anchois va de mars à juillet. La sole est plus présente de décembre à mars et durant la période comprise entre juillet-août», poursuit-il. «Enfin, il y a le caractère migratoire de certaines espèces qui ne sont disponibles qu’au moment de leur passage au niveau des côtes marocaines. C’est le cas, par exemple, de l’espadon (de mai à juillet) et des thonidés (de juillet à novembre). D’autres espèces peuvent effectuer des migrations de faible amplitude comme c’est le cas pour la sardine», conclut-il.

A l’échelle nationale, les disparités en termes de prix entre régions méditerranées et atlantiques sont significatives. «Evidemment, on note des disparités en termes de prix entre les ports. En effet, l’abondance des produits au niveau de la majorité des ports atlantiques explique le niveau généralement modéré des prix. Par contre, l’importance de la demande des produits halieutiques au niveau de la zone méditerranéenne, confrontée à une production modeste de la flotte de pêche, influence de façon significative les prix qui ont tendance à se situer à un niveau plus élevé», confirme Abdelali Lamoudni.