Pneus : les petits importateurs occasionnels prennent possession du marché

Les produits sont achetés auprès de brokers qui cèdent les surplus de production des grands constructeurs touchés par la crise du secteur auto. Le marché s’élargit d’année en année dans le sillage de l’augmentation du parc automobile.

Bien que le secteur de l’automobile soit considéré comme l’une des activités les plus porteuses au Maroc, tant à l’export que sur le marché domestique, tous ses sous-secteurs n’en tirent pas profit. Il en est ainsi de celui des pneumatiques, lequel connaît, depuis trois ans, une «reconfiguration» qui ne réjouit pas forcément tout le monde. En effet, avec la crise qui a affecté le secteur automobile européen, le Maroc est devenu un des gros débouchés des stocks de pneus en souffrance dans le Vieux Continent. Jusque-là, rien de bien inquiétant, vu que le Royaume est, depuis près d’une décennie, particulièrement depuis la fermeture des usines General Tire (groupe Continental) et Goodyear, un importateur exclusif. Cependant, là où le bât blesse, c’est lorsqu’on voit l’émergence d’un nouveau type d’importateurs qui ne sont intéressés que par le profit immédiat. «Nous assistons de plus en plus à la naissance d’opérateurs, généralement de petite taille non structurés, qui inondent le marché de produits à des prix défiants toute concurrence», explique Khalid Moumni, opérant dans le secteur des pneumatiques depuis une trentaine d’années. Ces opérateurs, pour l’essentiel non agréés par les grands constructeurs internationaux, ont recours à des négociants européens pour s’approvisionner à des coûts nettement plus réduits. «Depuis le déclenchement de la crise, les constructeurs, actuellement en surproduction, proposent des lots à des brokers qui les revendent à des importateurs partout dans le monde. Vu la quantité qu’ils achètent, ces brokers bénéficient de prix extrêmement bas», explique pour sa part Michel Nalté, gérant de la société DMA.

Le taux de rotation des pneus est en moyenne de 1,2 par véhicule par an

Naturellement, sur un marché où le prix est généralement le premier déclencheur d’achat, le consommateur marocain y trouve son compte. Pour autant, les importateurs classiques s’obligent à lancer un signal d’alarme dans le sens où n’importe qui peut acheter des pneus chez ces brokers et les introduire dans le pays sans pour autant être tenu de disposer de l’infrastructure nécessaire. Ils mettent ainsi en exergue l’absence de conseil (parce que ces importateurs n’ont pas les compétences requises en la matière) et l’inexistence d’un service après-vente. En poussant le raisonnement un peu plus loin, on s’aperçoit que c’est de la sécurité dont il serait question. Sur le volet purement commercial, ces importateurs organisés, dont de grosses PME, craignent pour leur activité.

En tout cas, les données de l’Office des changes montrent que les importations de pneus sont en croissance continue. Elles se sont appréciées de 7% entre 2011 et 2012 pour dépasser la barre des 2 milliards de DH. Sur les sept premiers mois de 2013, le même trend est observé, et les professionnels s’attendent à une hausse qui pourrait atteindre deux chiffres en fin d’année. «Nous avons au Maroc un parc automobile qui s’accroît d’année en année. Il est normal que la consommation de pneu suive», ajoute Michel Nalté. Le taux de rotation est évalué à 1,2 pneu par véhicule et par année. Mais la hausse de la demande profiterait davantage aux opérateurs de la dernière heure.

La liste des pays fournisseurs est assez large. En plus des pays européens (Allemagne, France, Espagne, Royaum-Uni, Slovaquie), les pneus viennent des pays arabes (Egypte, Tunisie), du Japon et de Chine, devenue incontournable pour les équipements automobiles. Il y a également lieu de noter que la source de la contrebande ne s’est pas totalement tarie. Des pneus continuent de rentrer à partir de Sebta et Melilia, même si le démantèlement douanier neutralise l’avantage compétitif de certains produits européens introduits dans le pays à partir de ces deux villes par le circuit parallèle. En fait, pour réduire davantage le coût des produits asiatiques, certains réseaux les importent hors taxes dans ces deux villes occupées avant de les acheminer au Maroc. Un tour de passe-passe qui en fin de compte devient juteux.