Pluviométrie : des records vieux de 30 ans battus en un mois et demi

L’excédent de pluviométrie par rapport à  des périodes comparables est souvent à  trois chiffres. 996% de plus à  Guelmim et 572% de plus à  Essaouira. Seule Ifni affiche un déficit : -15%
35 alertes lancées, dont 12 entre le 8 et le 11 octobre seulement.
Encore de la pluie à  partir du 18 octobre.

Les dernières fortes pluies qu’a connues le pays n’ont pas fini de faire parler d’elles. 48 heures après les dernières crues, dix décès avaient été déplorés et plus de 500 maisons en pisé détruites, sans compter les routes coupées et des ouvrages d’art endommagés. L’accalmie sera de courte durée. La météorologie nationale annonçait mardi 14 octobre des perturbations de même importance pour les deux jours qui allaient suivre dans le Rif et l’Oriental, le sud-est et le Moyen-Atlas. Selon Brahim Messaoudi, chef du Centre national d’exploitation météorologique, le calme devait revenir à partir de jeudi 16 et vendredi 17. Mais à partir de la nuit de samedi 18 à dimanche 19, des pluies sont annoncées sur l’ensemble du pays, sans caractère violent et orageux toutefois.

Ce phénomène météorologique est exceptionnel à plus d’un titre : de par la nature des pluies, leur violence et leur fréquence sur une durée aussi courte. Comme souvent, des périodes d’instabilité d’intensité variable marquent le passage d’une saison à l’autre, mais jamais, depuis 30 ans, le pays n’avait connu des pluies aussi fortes et aussi concentrées dans le temps.
En fait, cela a commencé durant le mois de septembre, avec, en moyenne, un orage par semaine, explique la direction de la météorologie nationale.

A partir du 17 septembre, l’interaction entre air chaud des basses couches et air froid d’altitude, souvent à l’origine des orages les plus violents et les plus dangereux, avait alerté les prévisionnistes. Ce phénomène, qui s’aggrave avec les reliefs, a touché l’Oriental et le Rif, le sud-est du pays, avec de grosses perturbations, notamment à Errachidia, Bouarfa et Figuig, dès les 20 et 21 septembre. Et ce n’est pas un hasard si 35 alertes, dont 12 entre le 8 et le 11 octobre, ont été lancées pour prévenir des fortes précipitations à venir. Puis, les 9 et 10 octobre, les perturbations allaient prendre de l’ampleur pour s’étendre à l’est et au Moyen-Atlas et toucher, entre autres, Boulemane, Missour et Sefrou.

Oued Allal El Fassi : 2 600 m3/s le 10 octobre !
Des relevés de précipitations réalisés durant la nuit du 18 au 19 septembre dernier montrent la violence du phénomène. A Errachidia, il est tombé 60 mm (ce qui équivaut à 305% de plus que la moyenne sur 30 ans), à Bouarfa 105 mm (450% de plus), à Kalaat M’gouna 35 mm (152% de plus que la moyenne recueillie sur 30 ans). A Ighrem, ce sont 47 mm de précipitations qui ont été mesurés, soit 172% de plus que la moyenne.

Un autre événement illustre la situation d’exception météorologique. Le 10 octobre courant, la crue observée sur l’Oued Allal Al Fassi a atteint 2 600 m3/s à 19 heures, alors que le débit historique relevé depuis 1966 avait été de 1 090 m3.

Entre le 9 et le 11 octobre (durant 24 heures) on a enregistré 71 mm à Al Hoceima, 67 à Nador, 100 à Figuig et 62 à Bouarfa. A Tanger, les précipitations ont atteint 81 mm en 24 heures le 10 octobre. Dans le même temps, à Casablanca, Rabat, Nouaceur, El Jadida, c’est à peine s’il y a eu de faibles traces de pluie.

Au total, le Maroc a enregistré les plus grands excédents pluviométriques depuis 30 ans sur la période entre le 17 septembre et le 14 octobre. Dans le Loukkos, région habituellement pluvieuse, ce taux est de l’ordre de 70% (à Larache) et de 638% (à Nador). Dans l’Oriental, l’excédent de pluie va de 30% (Oujda) à 212% (Taza). Dans le Saïss, les moyennes sont aussi importantes puisque la fourchette va de 76 à 420% (à Fès).

Certaines villes ont connu un remarquable excédent de pluviométrie : Essaouira (plus de 572 %), El Jadida (plus de 122%), Errachidia (plus de 305%), Agadir Inezgane (111%), Taroudant (plus de 338 %)… Mais c’est Guelmim qui a enregistré le plus fort excédent avec 996 %. La seule exception dans le pays est la ville d’Ifni qui affiche encore un déficit de près de 15 %. Les barrages ont bénéficié d’exceptionnels apports en eau évalués à près de 1,1 milliard de m3 entre le 1er septembre et le 14 octobre, soit 70% de plus que la moyenne pour la même période.

Cependant, au 14 octobre, le taux de remplissage était de 41% (6 435 millions de m3 stockés) contre 43% à la même date de 2008. C’est néanmoins suffisant pour alimenter l’ensemble des villes et centres à partir des barrages et de satisfaire les besoins des périmètres irrigués du Loukkos et du Gharb.