Plus que la croissance, une dose de volontarisme s’impose pour lutter contre le chômage

Le gouvernement veut réduire le chômage à  8% de la population active à  l’horizon 2016. Depuis six ans, il stagne à  9%, insensible aux variations de la conjoncture.

Récemment encore, le gouvernement est revenu sur la problématique du chômage, se donnant comme objectif de ramener celui-ci à 8% de la population active à l’horizon 2016. C’est le même objectif qu’Abdelilah Benkirane s’était fixé dans la déclaration gouvernementale, en janvier 2012, alors que dans le programme électoral du PJD l’on tablait sur un taux de chômage de 7% à la fin de la législature.

Selon les statistiques disponibles, couvrant le premier trimestre de 2014, le chômage ressort à 10,2% de la population active. Sur l’ensemble de l’exercice 2013, il était à 9,2%, à peine un peu plus élevé qu’en 2012 (9%). C’est vraiment une curiosité de la vie socio-économique du pays : le niveau du chômage paraît complètement déconnecté du rythme de progression de l’activité. Depuis pratiquement une demi-douzaine d’années, le chômage affiche obstinément un taux de plus ou moins 9%, alors que la croissance pouvait atteindre jusqu’à 5,6%, comme en 2008, ou 5% comme en 2011. Pire encore, alors que le taux de chômage est resté à son niveau de 9%, le nombre d’emplois créés au cours des années 2012 et 2013 a été respectivement de 1 000 et 114 000 !

«Réingéniering» du dispositif institutionnel

Bref, entre la croissance économique et le marché du travail, la corrélation est pratiquement insignifiante. Tout semble indiquer que dans les économies peu matures comme celle du Maroc, l’emploi tient du volontarisme davantage que de l’évolution des agrégats macroéconomiques, comme le PIB par exemple. C’est peut-être pour cette raison d’ailleurs que le gouvernement insiste surtout sur le «réingéniering» des mesures institutionnelles déjà à l’œuvre, comme les nombreux dispositifs gérés par l’ANAPEC (Idmaj, Taahil, Moukawalati, etc.) afin de lutter contre le chômage, en particulier celui des jeunes. L’amélioration de ce dispositif est importante car, on le sait, il est à l’origine de l’essentiel des emplois qui se créent depuis quelques années. Le contrat insertion (Idmaj) en particulier est potentiellement intéressant, pour peu que les entreprises jouent le jeu. Car, il n’est pas sûr aujourd’hui que la carotte fiscale qu’il offre aux employeurs produise un retour, en termes d’emplois stables, à la mesure de l’effort consenti via le manque à gagner pour les finances publiques. L’idée de la TVA sociale, sous certaines garanties à négocier avec le patronat, mérite aussi au moins d’être étudiée.

En un mot, le chômage, dans la configuration économique actuelle, ne semble pas devoir être efficacement combattu par les seules vertus de la croissance. Une dose de volontarisme paraît sans doute nécessaire.