Plus que 2,8 millions de pauvres

Le taux de pauvreté a baissé de 15,3% à  9% entre 2001 et 2007 La dépense par personne et par année est passée de 8 280 DH à  11 222 DH sur la même période Le poids de l’alimentaire diminue tout en occupant la première place.

Bonnes nouvelles que celles révélées par la dernière enquête sur les niveaux de vie des ménages marocains, réalisée en 2007 par le Haut Commissariat au Plan (HCP), et dont les principaux résultats ont été présentés mercredi 25 juin par le patron de cette institution, Ahmed Lahlimi.

Ce qui retient l’attention de prime abord, c’est évidemment le recul de la pauvreté de plus de 6 points par rapport à  l’enquête de 2001 : le taux de pauvreté en 2007 s’est en effet élevé à  9%, contre 15,3% six ans auparavant (voir graphe). En d’autres termes, le nombre de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté, selon la définition même de la Banque mondiale, ne sont plus, selon l’enquête de 2007, que 2,8 millions d’individus, contre environ 4,5 millions en 2001. Et cette baisse de la pauvreté concerne aussi bien le milieu urbain, o๠la proportion de pauvre passe de 7,6% à  4,8% que le milieu rural, oà¹, quoique encore relativement élevée, elle perd 8,6 points pour se situer à  14,5 % contre 25,1%, il y a six ans.

Evidemment, et il faut s’empresser de le préciser tout de suite, les chiffres du HCP (il le dit lui-même du reste) sont des moyennes, comme cela est la règle partout, et peuvent par conséquent être perçus différemment par les ménages, voire par les utilisateurs de l’information statistique.

D’ailleurs, anticipant ce genre d’observations, le HCP a pris soin de distinguer la pauvreté appréhendée par des outils statistiques conformes aux standards internationaux -et qui a donné les résultats sus-mentionnés- de la pauvreté subjective qui, elle, reflète la perception qu’a chaque personne du phénomène de pauvreté. Ainsi, indique le HCP, l’approche subjective de la pauvreté montre que «seule une proportion de 53,1% des Marocains considère qu’elle a dépassé le seuil de pauvreté tel qu’elle le définit elle-même (seuil désiré)». Cela voudrait dire que 46,9% estiment vivre encore sous le seuil de pauvreté ! Le problème est qu’aucun pays au monde ne travaille à  partir des perceptions mais sur les constats établis selon des méthodes internationalement reconnues.

Les transports et communications sont devenus le troisième poste de dépense
Cela étant précisé, comment la pauvreté a pu ainsi reculer, et de manière très sensible ? C’est grâce à  l’amélioration globale du niveau de vie de la population, nous dit l’enquête du HCP. Cette amélioration du niveau de vie est approchée essentiellement par les dépenses. Ainsi, la dépense annuelle moyenne par personne en 2007 a atteint 11 222 DH, contre 8 280 en 2001. Et cette amélioration a profité aussi bien au milieu urbain (13 894 DH contre 10 6542 DH) qu’au milieu rural (7 752 DH contre 5 288 DH).

Autre élément nouveau révélé par l’enquête, le changement dans la structure des dépenses. Comme on pouvait s’y attendre, le poste dépenses alimentaires demeure encore important dans le budget des Marocains, certes, mais son poids baisse au profit d’autres postes de dépenses. En effet, après avoir longtemps constitué le sixième poste de dépenses des ménages, les transports et communication sont devenus, à  la faveur de cette enquête, le troisième poste de dépenses des Marocains, enregistrant ainsi une progression de 112%. De même, les dépenses pour le poste enseignement, culture et loisir ont augmenté de 63% entre 2001 et 2007, alors qu’auparavant ce poste était à  la traà®ne dans les pondérations de l’indice du niveau de vie (ICV).

Intéressant à  relever dans les résultats de l’enquête du HCP et qui reflète en effet l’amélioration du niveau de vie des ménages, même si l’alimentation pèse encore dans le budget des ménages, il y a une tendance dans les dépenses vers des produits comme la viande, le poisson, les produits laitiers, au détriment des produits traditionnellement les plus consommés comme les céréales et le sucre.
Cela dit, les inégalités ne semblent pas s’être atténuées notablement, puisque, selon l’enquête, les disparités dans les dépenses demeurent dans les mêmes proportions qu’en 2001.

Ainsi, la part des 20% les plus aisés dans la masse globale des dépenses de consommation en 2007 est quasiment la même que celle observée en 2001, soit 48,1%. Idem pour les 20% les moins aisés qui ne consomment que 6,5% de la masse globale des dépenses de consommation. Cette stagnation dans la distribution (inégale) des dépenses, alors même que le niveau s’est amélioré, le HCP l’explique par le fait que cette amélioration a profité à  l’ensemble des couches de la population. Et du coup, l’écart reste le même : le riche est plus riche, et le plus pauvre devient un peu moins pauvre ! C’est pourquoi d’ailleurs le taux de vulnérabilité reste encore élevé (17,5%) en dépit des améliorations que cet indicateur a enregistrées par rapport à  2001 (22,8%) .