Plus d’un million d’ordinateurs individuels installés au Maroc

Leur nombre était de 745 000 il y a deux ans

Il s’en vend 150 000 par an. Un marché de 900 MDH.
16% des foyers disposent d’un ordinateur.

Près d’un million d’ordinateurs individuels ! Le marché de l’informatique connaît un grand boom au Maroc. Il est clair que le royaume a décidé de jouer la carte des nouvelles technologies, lesquelles devraient, d’ici 2012, représenter 10% du produit intérieur brut. La population, les entreprises et administrations ont compris les enjeux, et, depuis quelques années, elles s’équipent massivement en matériel informatique. Ainsi, et selon IDC, le leader mondial des études en technologies, le parc d’ordinateurs au Maroc a été estimé à 920 000 en 2006, en croissance de 23% par rapport à l’année précédente. A l’heure actuelle, il dépasse le million de machines, alors qu’on comptait 745 000 PC en 2005, et 620 000 en 2004.

Comment expliquer cette forte augmentation du parc informatique ? Une source chez le constructeur HP avance qu’une bonne part du marché informatique est composée d’ordinateurs de seconde main, le facteur prix étant un élément déterminant dans le comportement d’achat du consommateur marocain. En effet, l’étude d’IDC nous apprend que plus de 60% des urbains considèrent le prix comme un frein à l’acquisition d’un ordinateur. On retrouve la même motivation chez plus de 45% des ruraux. A tel point que les marques font des efforts et proposent des ordinateurs à prix abordables : HP offre ainsi des portables neufs à moins de 7000 DH, soit une décote de 50% par rapport à 2004.

Les grandes entreprises, un marché intéressant
Pour autant, l’acquisition de matériel d’occasion n’explique pas seule la croissance. De plus en plus, les foyers s’équipement, pression des enfants scolarisés et formules de crédit aidant. La plupart des PC dans les foyers ont moins de quatre ans. Enfin, il faut relever que le programme «Génie», initié dans le secteur de l’enseignement, a accru le parc notablement (100 000 ordinateurs sur trois années) en plus des diverses administrations qui se sont équipées.

Actuellement, les ventes d’ordinateurs neufs s’établissent à 150 000 PC par an, entre renouvellements et nouvelles acquisitions. Avec cela, le parc n’est pas encore arrivé à maturité. En effet, si l’on prend le taux de pénétration dans les foyers, la fracture numérique est encore très fortement perceptible. En effet, seuls 1,8% des foyers ruraux sont équipés, alors que les urbains disposent, à 24%, d’au moins un ordinateur. Néanmoins, le taux de pénétration de l’ordinateur dans les foyers marocains va crescendo. Ainsi, alors qu’il était en moyenne de 11% en 2004, il est passé à 13% en 2005 et à 16,3% en 2006.

La progression de la pénétration dans la population globale reste cependant timide. Raison pour laquelle les entreprises représentent un marché au potentiel plus important. Une entreprise s’équipe en masse, grand compte oblige, et dispose généralement d’un informaticien chargé de l’achat, qui aide au choix de la configuration. Ainsi Microsoft a établi que 58% de son chiffre d’affaires de vente de logiciels est réalisé avec les entreprises de plus de 500 salariés. Les firmes qui emploient entre 100 et 500 employés représentent 28% du chiffre d’affaires. Les grandes et moyennes entreprises représentent donc 86% du business pour les entreprises du secteur informatique. Le marché marocain présente cependant une distorsion dans la mesure où il reste constitué en majorité par des PME et PMI, et a, d’autre part, une large propension à acheter des logiciels piratés. Sans surprise, les entreprises du secteur technologique sont celles qui ont le plus important taux d’équipement en ordinateurs. En 2006, ce taux était de 80%. La grande surprise est sans doute que les entreprises du secteur primaire et celle de services et du transport viennent en deuxième position avec un taux d’équipement par employé de plus de 50%. En bon dernier, vient le secteur du bâtiment et des travaux publics avec seulement 20% d’équipements employés. Ces taux traduisent le rapport des entreprises à l’outil informatique. L’information est totalement centralisée dans les entreprises de services. Ces dernières, modernes, nécessitent des informations spécifiques et accordent une grande importance à l’outil, indispensable à juste titre. Pour ce qui est du secteur primaire, l’agriculture marocaine est en pleine phase de modernisation. Cela ne concerne cependant qu’une petite frange, par ailleurs moderne et ouverte sur l’extérieur.

Les secteurs les plus impliqués dans l’informatique en dehors des administrations se recrutent dans les télécommunications, la banque et le commerce. L’industrie dans son ensemble reste encore à la traîne. Pourtant, l’évolution du marché reste favorable et prévue à la hausse. La progression notable de l’industrie informatique, abordée ici à travers l’équipement en ordinateurs, traduit en fait un phénomène plus structurel. C’est le passage d’une frange de l’économie marocaine au stade de la modernité. Au-delà de l’aspect gadget et divertissement, il s’agit en fait de l’intégration du pays dans le concert des nations développées. Ce n’est pas un hasard si des entreprises marocaines d’informatique ont pour client Visa ou Diner’s Club. En somme, une option, prise à temps, est en train d’aboutir.