Plus de six femmes sur dix accouchent par césarienne !

Dans plus de 50% des cas, l’intervention est planifiée à  l’avance et pas du tout justifiée par un impératif médical. Facturée trois fois plus cher que la voie basse, la césarienne est prescrite par les prestataires de soins pour maximiser leurs gains. La césarienne a la cote car elle est non seulement mieux remboursée que l’accouchement par voie basse, mais elle est aussi moins douloureuse et plus sûre.

Phénoménal ! C’est l’adjectif pour qualifier la tendance haussière des accouchements par césarienne. Selon assureurs et chefs de service de maternités, le recours à cet acte est en nette augmentation et atteint des niveaux élevés. «D’après notre base de sinistres, la pratique augmente de 15% d’année en année», affirme un directeur d’indemnisation d’une compagnie d’assurance. Cette montée en puissance du phénomène est également relevée, dans des proportions alarmantes, par la CNSS et la CNOPS. Sur dix naissances, plus de 6 sont faites par césarienne. Et sur ces opérations, plus de la moitié sont planifiées (sans indications médicales justifiées). A ce niveau, l’écart est très important par rapport à la norme internationale. Les publications de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) expliquent que rien, sur le plan médical, ne saurait justifier de dépasser un taux de naissances par césarienne de 10 à 15%. Le Maroc dépasse la Chine (50%) et, de loin, l’ensemble des pays européens (14 à 35%). Par exemple, avec pas plus de 21% en France, le recours à cette opération est considéré comme relativement élevé et fait déjà suspecter des abus.

Et des abus, il peut bien y en avoir chez nous ! Quand on les interroge sur les raisons de cette frénésie, médecins et assureurs n’y vont pas par quatre chemins : «Ce sont les prestataires de soins qui poussent en premier lieu vers cette pratique». Et cette prescription est bien plus courante dans le privé que dans le public. D’après les estimations, près de 95% des césariennes sont faites en cliniques. C’est dire que cette pratique est une affaire de gros sous pour les organismes de soins privés. Aujourd’hui, une naissance par césarienne peut rapporter jusqu’à 15 000 DH pour la clinique, voire 20000DH si la patiente est logée dans une suite de luxe. En moyenne, la facture est trois fois plus élevée qu’un accouchement par voie basse. Elle peut être limitée au double chez le peu d’établissements qui respectent la tarification nationale de référence (TNR) dans laquelle le prix de l’accouchement normal est fixé à 4 000 DH et celui de la césarienne à 8 000 DH.

Des responsables de cliniques rejettent ces accusions, en invoquant les coûts engagés. «En retranchant les frais liés à l’anesthésiste, le bloc opératoire, les consommables et médicaments, la chambre…, l’opération n’est plus aussi juteuse que l’on pense», se défend un directeur de clinique.
Mais il n’y a pas que les établissements de soins qui y trouvent leur compte. En effet, lorsqu’on sait que la césarienne est bien mieux remboursée par les assurances privées, les intéressés ne se font pas prier. La césarienne y est remboursée entre 70 à 90% du montant de la facture de l’opération, plafonné en général à 14 000 DH, alors que l’accouchement normal donne droit, au meilleur des cas, à un forfait de naissance qui ne dépasse pas 3 500 DH, selon les contrats. Pour les assurés de la CNSS et de la CNOPS, le remboursement se fait sur la base de la TNR. En revanche, les assurés -ou leurs ayants droit-, qui ont l’AMO et une complémentaire, peuvent se faire rembourser à hauteur de 100%, du fait du cumul.

Les compagnies d’assurance revoient leurs primes maternité à la hausse

Hormis les considérations financières, le recours à la césarienne s’est imposé en raison de l’avancement de l’âge maternel résultant du mariage tardif. Et aussi parce les femmes refusent de plus en plus l’épisiotomie et la péridurale. En même temps, elles choisissent cette alternative en raison de la commodité de la programmation de l’accouchement vu qu’elles sont de plus en plus actives et très regardantes sur les considérations de temps. «C’est un effet de mode qui prend de l’ampleur et qui fait écho à un changement radical de mentalité de ces femmes nouvelle génération», affirme le chef de service maternité d’une polyclinique CNSS.
Reste à souligner que face à cette montée en flèche du recours à la césarienne, les compagnies d’assurance sont en train de revoir leurs grilles tarifaires à la hausse. «Les primes dans le cas de police maternité restent déterminées au cas par cas. Mais face à l’augmentation sans précédent des charges du poste maternité, nous continuerons de majorer les primes pour protéger la pérennité de cette branche», affirme un responsable d’une compagnie d’assurance de la place.