Plus de quatre millions de «dormants» à la CNSS !

Ils sont sortis du système, ne sont pas décédés, n’ont pas perçu de pension ou de remboursement de leurs cotisations. Le chômage résiste à la baisse malgré un marché du travail assez flexible.

Que la croissance soit bonne ou moins bonne, rien à faire, le chômage résiste à la baisse ; il est à plus ou moins 10% de la population active depuis plus de dix ans maintenant.

Est-ce que cela a quelque lien avec la «rigidité» du marché du travail, dont maints rapports ont fait mention ces dernières années ? Les statistiques disponibles montrent, au contraire, que la flexibilité est déjà assez largement répandue dans le monde du travail ; dans le secteur privé principalement, sinon exclusivement.

Un chiffre, probablement publié pour la première fois, a trait au taux de renouvellement des assurés à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS). Ce taux exprime le solde net entre les entrées dans le système de la CNSS et les sorties du système. Par sortie, il ne faut pas entendre les départs à la retraite, puisque l’âge moyen des sortants en 2016 était de 34,4 ans. Ces derniers sont par conséquent des salariés qui, pour une raison ou une autre, ont dû quitter le marché du travail, ou en tout cas ne sont plus déclarés. Selon les données de la CNSS, il y eut en 2016 quelque 507 000 nouveaux entrants et 325 000 sortants, soit un taux de renouvellement de 7% (sur une population déclarée de 3,3 millions), ou, en valeur absolue, un flux net de 182 000 assurés.

La moitié des emplois créés sont occasionnels ou saisonniers

Conséquence des sorties du système de sécurité sociale, une population d’inactifs évaluée par la CNSS à plus de 4 millions de personnes en 2016, en hausse de 5% par rapport à 2012. Appelés «dormants», ces inactifs ne sont ni décédés ni n’ont perçu une pension quelconque ou un remboursement des cotisations salariales, précise la CNSS. L’âge moyen de cette population est de 47 ans. En moyenne, ils ont atteint à peine 689 jours de cotisations. Que sont-ils devenus ces inactifs ? Nul ne le sait. Malgré tout, la CNSS y accorde un intérêt, considérant qu’ils peuvent «réapparaître à n’importe moment».

Alors, rigide le marché du travail? Dans la fonction publique, certainement. Dans le secteur privé, en revanche, ce qui caractérise l’emploi, et le constat est connu, c’est plutôt la précarité. Dans une étude sur le marché du travail en 2016, le HCP a estimé à près de 1 million le nombre d’emplois occasionnels ou saisonniers, soit 9% de la population active contre 8,1% en 2012. Et ceci, sans compter les 2,2 millions d’emplois non rémunérés, localisés principalement (plus de 90%) dans le monde rural. Plus généralement, plus de 5 emplois sur 10 (ou 54%), sur le total des emplois créés entre 2000 et 2014, sont des emplois occasionnels ou saisonniers, précise encore le HCP…