Plus de la moitié des emplois créés depuis 2000 sont temporaires ou occasionnels

Près de 960 000 personnes étaient des temporaires ou des occasionnels en 2016, soit 9% de la population active occupée. Près de 90 000 emplois créés en 2016 sont le fait des agences de recrutement privées.

Quel est l’apport des agences de recrutement privées (ARP) dans la promotion de l’emploi et l’insertion professionnelle ? Nul ne le sait vraiment, alors que le Code du travail, promulgué en 2004, prévoit en son article 484 que les ARP autorisées à exercer «sont tenues de transmettre à la fin de chaque semestre aux services chargés de l’emploi du lieu où elles exercent leurs activités un état détaillé des prestations fournies, comportant notamment les noms et adresses des employeurs ayant sollicité leur intervention, ainsi que les noms et prénoms, adresses, diplômes et professions des demandeurs d’emploi inscrits et les noms et prénoms des demandeurs d’emploi placés par leurs soins». Cette obligation légale, peu de sociétés la respectent. A titre d’exemple, au cours du deuxième semestre de l’année qui vient de s’écouler, seulement sept rapports ont été adressés à la tutelle alors que le nombre d’ARP autorisées est de 55 !

Pour remédier à cette situation et ainsi disposer d’indicateurs sur ce segment du marché du travail, le ministère de l’emploi et des affaires sociales a décidé de mettre en place un système de contrôle de ces ARP dont le lancement est prévu pour le 20 mars courant.

En attendant, et pour contourner la difficulté d’obtenir des données sur l’emploi «intermédié», le ministère de l’emploi a dû recourir aux statistiques de la CNSS. Suivant leurs déclarations à la sécurité sociale, les ARP ont créé 87 319 emplois en 2016, soit une progression de 11,2% par rapport à 2015. C’est pratiquement le même rythme d’augmentation qui a été enregistré en 2015 : +12% par rapport à 2014.

D’aucuns pourraient ne pas comprendre que ces ARP aient inséré autant de demandeurs d’emploi alors que l’année 2016, au plan national s’est achevée, comme on sait, sur un solde net déficitaire de 37 000 postes de travail. En fait, ces pertes nettes sont le résultat d’une création de 126 000 emplois rémunérés et la destruction de 163000 postes non rémunérés enregistrés en totalité en milieu rural.

Cette précision faite, il reste à savoir combien d’emplois, sur ces 87 319 insertions réalisées par les ARP, ont été conclus à titre provisoire (CDD) et combien l’ont été à titre définitif (CDI). Car, il faut bien voir que trois types d’ARP interviennent dans l’intermédiation en matière de recrutement et d’embauchage. Il y a d’abord les agences dont le rôle se limite à rapprocher les demandes et les offres d’emploi ; c’est ce que l’on appelle communément les bureaux de recrutement ; il y a ensuite celles qui offrent des services concernant la recherche d’un emploi et le conseil en ressources humaines ; il y a enfin les agences qui embauchent des salariés en vue de les mettre provisoirement à la disposition d’une tierce personne (une entreprise généralement) ; ce sont les entreprises dites de travail temporaire.

Hausse de 15% de l’emploi temporaire et occasionnel en 2015

Dans les faits, cependant, quasiment la moitié (48%) des 55 ARP autorisées exercent les trois métiers à la fois. Celles qui pratiquent une seule activité ne représentent que 4% de l’ensemble : ce sont les entreprises de travail temporaire.

Du coup, il est difficile de démêler l’écheveau des parts respectives de chaque métier dans le total des insertions réalisées, soit la part des emplois temporaires et celle des emplois permanents. Un indice, tout de même, permet de s’en faire une petite idée. Selon une enquête du HCP sur l’emploi et le chômage, réalisée fin 2013, seulement 4,6% des chômeurs sollicitent les structures d’intermédiation, principalement les bureaux de recrutement, dans leur recherche d’un emploi. Le reste (quelque 95%) utilise les moyens traditionnels (parents et entourages pour 74,4%), les réponses aux annonces (9,7%), la participation aux concours (7,5%), etc.

Sur les 4,6% de chômeurs qui s’adressent aux agences de recrutement privées, on peut estimer que le gros est constitué de ceux qui sont recrutés par les entreprises de travail temporaire. Et ceci expliquerait d’ailleurs que pratiquement la moitié des ARP, comme déjà indiqué, pratique les trois métiers à la fois.

On ne s’étonnera pas, dans ces conditions, que l’emploi temporaire et saisonnier se soit développé de manière relativement forte au cours des quinze dernières années. Selon le HCP, en effet, sur les 1,8 million d’emplois créés entre 2000 et 2014, près de 54% sont des emplois entrant dans cette catégorie. Et le gros (71%) de ces nouvelles créations a été enregistré en milieu urbain où se trouvent précisément les sièges des ARP, particulièrement Casablanca avec une part de 68%. En d’autres termes, et contrairement à ce que l’on pourrait penser de prime abord, dans cette catégorie d’emplois il y a peu d’aides familiales, lesquelles sont quasi exclusivement localisées en milieu rural.

Le dernier chiffre disponible sur le sujet, et publié par le HCP, montre que 9% des actifs occupés en 2016 (soit 958 000 personnes) sont des temporaires ou des occasionnels. Ce chiffre est en baisse de 4,6% par rapport à 2015. Cette baisse s’explique par la forte hausse (+15%) enregistrée en 2015 où le nombre d’actifs occupés temporaires ou occasionnels avait dépassé 1 million de personnes, soit 9,4% de l’ensemble des travailleurs.

Bien entendu, c’est toujours mieux d’avoir un travail, fût-il temporaire ou occasionnel, que pas de travail du tout. La question est de savoir s’il faut ou non encourager cette tendance au moyen d’un surcroît de flexibilisation du marché du travail (voir article sur le code du travail en page 14).