Plus de 190 établissements scolaires publics ont fermé leurs portes depuis 2009 !

Ce sont 135 écoles primaires, 40 collèges et 16 lycées qui ont fermé, ainsi que 336 satellites en milieu rural. Le manque d’élèves est l’une des principales raisons annoncées. Dans la plupart des cas, les locaux sont concédés aux associations ou aux établissements de formation supérieure.

Les académies régionales d’éducation et de formation de plusieurs villes procèdent depuis quelques années à la fermeture d’établissements primaires et secondaires. «Pendant la période allant de 2009 à 2013, 191 établissements et unités scolaires ont été fermés», indique-t-on du côté du ministère de l’éducation nationale et de la formation professionnelle. Ce sont 135 écoles primaires, 40 collèges et 16 lycées qui sont concernés, en plus de 336 satellites en milieu rural.

Selon le ministère de l’éducation nationale, la baisse drastique du nombre d’élèves qui atteint parfois une dizaine par classe, notamment dans des quartiers résidentiels et les anciennes médinas, est l’une des raisons essentielles qui motivent ces fermetures. En effet, face à une offre privée très diversifiée, la demande sur les établissements publics a accusé une forte baisse. La campagne d’éradication des bidonvilles a également accéléré cette tendance dans les quartiers populaires. Le ministère de tutelle véhicule un message clair : la refonte de la cartographie des établissements scolaires est nécessaire pour répondre au mieux aux besoins de la population en la matière et surtout pour optimiser le budget.

Le lycée Chawki pourrait fermer dans six ans faute d’effectif optimal

A l’époque où Habib El Malki était ministre de l’éducation nationale, il y avait un plan consistant à vendre le foncier des écoles qui se vident de leurs élèves pour financer l’extension et ou la réhabilitation des écoles publiques existantes, voire pour en créer de nouvelles. Ce programme de cession devait démarrer lors de la saison scolaire 2007-2008. Mais face à une forte mobilisation d’un bon nombre d’associations, sous la houlette de la Fédération des associations des parents d’élèves, et la complexité de la procédure de cession, vu que ces établissements appartiennent à la direction des Domaines de l’Etat, le ministère a abandonné officiellement le projet.
Pourtant, les académies régionales continuent le déploiement du programme, marqué, à Casablanca, par la fermeture du collège Ibnou Tofaïl au quartier Maârif. Le bâtiment principal a été complètement rasé et avec lui deux écoles primaires adjacentes. Vu la cherté du foncier dans la zone, les associations sont montées au créneau en accusant l’académie de vouloir céder le foncier à des spéculateurs immobiliers privés. Face à la pression, le ministère s’est résolu à céder le terrain à la Fondation Mohammed VI de promotion des œuvres sociales de l’éducation pour y construire un club pour les enseignants. Les travaux n’ont toujours pas commencé.

«Nous n’avons pas eu les autorisations de construire, pourtant nous avons assuré le financement et construit la palissade», fait savoir Khadija Benchouikh, directrice de l’académie de Casablanca.
Après Ibnou Tofaïl, pas moins de 15 établissements, dont 14 primaires, ont fermé leurs portes à Casablanca. Le dernier en date est le collège Chabbi, situé également dans le périmètre de l’arrondissement du Maârif, fermé depuis 2010. Les élèves qui le fréquentaient encore ont été redéployés au collège Mohamed Abdou qui lui est mitoyen. D’ailleurs, «ce dernier ainsi que le lycée Chawki ont enregistré ces dernières années une baisse du nombre d’élèves inscrits», explique la directrice de l’académie. Elle ajoute que dans six ans, ils pourraient connaître le même sort que le collège Chabbi transformé en centre de formation continue.
Pas loin de ce collège, l’école primaire Al Manfalouti, sise au boulevard Ghandi, a été également fermée et les locaux concédés à l’université Hassan II. Il en est de même pour l’école Terfaya (municipalité de Ben M’sik) transformée en annexe de la faculté des sciences.
Deux autres établissements primaires d’Ain Chock ont été transformés respectivement en établissement d’orientation pour les élèves du collège et en club pour les enseignants, d’autres concédés à des associations.

Les concessions sont accordées sans l’autorisation de la direction des domaines de l’Etat

Si ces écoles ont été réaffectées à d’autres activités de l’Education nationale, il y en a d’autres qui sont actuellement squattées par des sans-abri. Pour Khadija Benchouikh, ces établissements nécessitent des travaux de réhabilitation, et il est inconcevable de leur consacrer un budget, sachant que la demande des élèves est très faible dans la zone.

Contactés à ce sujet, les responsables de la direction des domaines de l’Etat et ceux de la direction régionale de Casablanca de ce département confirment à l’unanimité ne pas être informés au moment de la fermeture des écoles, alors que cette institution est la seule habilitée à décider de leur sort. «Nous constatons les fermetures et les concessions de ces établissements qu’au moment où nos collaborateurs effectuent des visites sur le terrain», confirme un responsable. Et d’ajouter que «la procédure que nous suivons veut que si le ministère de l’éducation n’a plus besoin d’un établissement, il doit nous en informer afin qu’on le réserve à une autre administration ayant besoin de foncier dans la zone en question».
En tout cas, la directrice de l’académie avance que ces établissements sont concédés pour de courtes durées, soit jusqu’au moment où le ministère décide du sort final.