Plateformes industrielles intégrées : le foncier entrave le démarrage des travaux

Les P2I de Casablanca, Marrakech Shore et la P2I aéronautique de Nouaceur accusent entre 4 et 6 mois de retard en raison d’un foncier difficile ou impossible à  apurer.

Voilà maintenant deux ans ou presque que le Pacte national pour l’Emergence industrielle avait été dévoilé en grande pompe à Fès. Le programme qui comportait plus d’une centaine de mesures concrètes avait pour objectif de rendre opérationnelle la stratégie Emergence mise au point en 2005. L’un des piliers majeurs du nouveau pacte consistait en une refonte globale des infrastructures d’accueil. Désormais, on ne parlait plus de zones industrielles mais d’une nouvelle génération baptisée plateformes industrielles intégrées (P2I). Le pacte s’était fixé pour objectif d’en lancer 16 à l’horizon 2015. Certaines sont dédiées à des filières comme l’automobile, l’offshoring, l’aéronautique et d’autres généralistes. Aujourd’hui, où en est-on de ce programme ? Le 16 décembre, le ministre de l’industrie et du commerce, Ahmed Chami, à l’occasion d’un comité de suivi restreint conjoint avec la CGEM, a dressé un bilan de l’avancement des travaux de réalisation de ces nouvelles zones.
Résultat ? du bon et du moins bon. Alors que certains sites semblent avancer selon le calendrier initial, d’autres en revanche accusent du retard. C’est le cas précisément de quatre sites. Le projet qui a connu le plus de retard, 6 mois selon les estimations du ministère, est celui de la P2I généraliste qui était programmée dans la zone de Marchich, pas loin de l’aéroport Mohammed V à proximité de la zone industrielle Sapino. Mais le terrain identifié pour le projet s’est révélé finalement trop problématique et difficile à apurer. Le ministère a dû alors changer de localité et s’est redéployé sur la commune de Ouled Saleh où un deuxième terrain de 220 hectares a été retenu. Mais là aussi problème. Deux autres ministères étaient déjà sur le coup. Celui de l’habitat qui voulait y réaliser un projet et le ministère de l’équipement qui souhaitait en faire une plateforme logistique. Après plusieurs mois de négociations, le ministère de l’habitat a été convaincu de se désister et les 220 ha seront finalement scindés en deux parcelles : 160 ha seront destinés à la P2I du ministère de l’industrie et les 60 restants abriteront la zone logistique de celui de l’équipement. Les deux départements ont également décidé de faire une procédure groupée pour le choix de l’aménageur développeur qui devra démarrer les travaux en octobre 2011.

P2I de Settat : l’aménageur espagnol n’a pas pu réunir les fonds nécessaires

Non loin de là, c’est la P2I aéronautique de Nouaceur qui accuse elle aussi 4 mois de retard sur le calendrier. Une fois de plus, c’est le foncier qui retarde le projet. Selon le ministère de l’industrie, la parcelle de 80 ha identifiée à cette fin s’est révélée être la propriété de l’Agence pour le logement et les équipements militaires (ALEM) et les négociations avec cette dernière prendront vraisemblablement plus de temps que prévu. A cela s’ajoute le fait que le sort de la parcelle est tributaire du projet d’une troisième piste d’envol pour l’aéroport qui n’est toujours pas précis. Cela dit, le ministère de l’industrie espère pouvoir rattraper le retard pour permettre à l’aménageur désigné pour cette zone, en l’occurrence MedZ, de démarrer les travaux au 2e trimestre 2011 comme prévu.
Enfin, autre P2I qui bute sur le foncier, Marrakech Shore. Le terrain de 40 ha proposé initialement par la ville non loin de la nouvelle ville de Tamansourt s’est révélé lui aussi problématique. Pour l’instant, explique-t-on au ministère, il y a un engagement de la part de la wilaya de fournir une parcelle de 5 ha pour permettre à MedZ de lancer au troisième trimestre 2011 les travaux de la première tranche qui devrait être opérationnelle au 3e trimestre 2012.
Reste deux autres P2I elles aussi en retard, mais pour des raisons autres que le foncier. Pour le cas de la P2I de Settat, le problème est plutôt d’ordre financier. C’est ainsi que l’aménageur espagnol, Ditema, retenu pour la réalisation du site, n’a pas pu encore mobiliser les fonds nécessaires, soit 60 MDH, pour l’acquisition de 190 ha appartenant aux Domaines, sachant que 190 ha ont déjà été achetés auprès de propriétaires privés.
Enfin, à Tanger, c’est le projet de l’Automotive city qui connaît lui aussi quelque retard mais là, explique le ministère, «rien de préjudiciable». En fait, c’est la confection du business plan de la part de TMSA qui a pris plus de temps que prévu. Dans tous les cas, rassure le ministère, les travaux de Tanger Automotive city démarreront comme prévu en avril 2011 si tout se passe bien.
Quoi qu’il en soit, au ministère de l’industrie on est confiant quant au rythme d’avancement des travaux. Pour M. Chami, «quelques mois de retard peuvent être rattrapés et n’affecteront en rien le programme, l’essentiel étant de mettre sur les rails une dynamique irréversible». Pour cela, le ministre se fixe pour objectif de lancer le maximum de P2I avant fin 2012.