Plan pélagique : le dernier mot reviendra à  Jettou

Le premier ministre convoquera les représentants des différents segments dans les prochains jours.
Les industriels pourraient bénéficier de licences d’affrètement à condition
de continuer à s’approvisionner chez les côtiers.

Le plan d’aménagement de la pêcherie pélagique, dans le pipe depuis octobre 2005, date de sa première présentation à la profession, sortira-t-il de l’impasse ? De grandes divergences continuent d’opposer les différents intervenants du secteur. Aujourd’hui, faute de consensus, le premier ministre devra lui-même trancher afin de juguler les convoitises exprimées de part et d’autre.

Selon des sources très proches du dossier au ministère des Pêches maritimes (MPM), Driss Jettou, à qui le dossier a été remis depuis quelques semaines, «provoquera une réunion dans les jours qui viennent afin de trancher». Une tâche qui ne sera pas facile car, aujourd’hui, et sept mois après sa première présentation, les points d’achoppement demeurent nombreux. Les armateurs côtiers maintiennent toujours la pression et revendiquent un accès direct au stock C ( au sud de Laâyoune), que le ministère de tutelle conditionne à une mise à niveau de la flotte. Les actions urgentes à entreprendre, selon le département de Mohand Laenser, devront porter essentiellement sur l’introduction des contenants normalisés (caisses en plastique) et l’installation de cales réfrigérées.

Les côtiers s’opposent également au principe de congélation à bord qui «doit être banni». Selon eux, ce segment, auquel le plan accorde un quota de 100 000 tonnes, présente des inconvénients, dont la consécration de l’économie de rente au profit de quelques bénéficiaires. Ce point est pratiquement le seul qui fasse l’unanimité entre côtiers et industriels. Ces derniers estiment également que le poisson congelé en mer, une fois usiné par les pays importateurs, devient un concurrent sérieux pour la conserve nationale. Raison pour laquelle ils proposent une réaffectation de ce quota au profit des industriels de la farine, de la congélation à terre, des conserveurs et des professionnels du poisson frais.

L’Equipement sollicité pour la mise à niveau des ports
Si cette requête est satisfaite, elle signifierait un accès direct des industriels à la ressource à travers des licences d’affrètement. Une éventualité que les responsables du ministère des Pêches n’écartent plus catégoriquement comme c’était le cas en octobre 2005. «Nous pouvons satisfaire les deux positions, celles des industriels et des armateurs, en protégeant les intérêts des deux segments», confie-t-on au département de M. Laenser.

En toute vraisemblance donc, le quota de pêche pourrait être réparti entre industriels et côtiers. Les premiers, qui bénéficieront de licences d’affrètement, s’engageront à s’approvisionner d’abord chez les côtiers jusqu’à épuisement des débarquements de ces derniers «qui devront satisfaire à un minimum de qualité», tient à préciser un membre de l’Union nationale des industries de la conserve (Unicop). La mise en œuvre de cette décision signifierait une satisfaction de l’une des multiples recommandations de l’étude de positionnement stratégique des industries de la conserve au Maroc menée par Ubifrance pour le compte de l’Unicop (lire encadré).

L’autre point sur lequel Jettou est également attendu sera l’implication du département de l’Equipement dans le processus de mise à niveau de l’infrastructure portuaire. «La capacité de débarquement du port de pêche de Dakhla est quasi saturée. Il ne sert à rien d’accorder de nouvelles licences synonymes de nouvelles capacités de débarquement que le port serait incapable d’accueillir», souligne-t-on au ministère. D’ailleurs, les responsables du département de l’Equipement avaient été associés aux différentes réunions de discussion du plan d’aménagement. L’enjeu aujourd’hui est d’obtenir leur engagement pour le renforcement des capacités de débarquement des ports concernés

Etude
Forces et faiblesses de la conserverie sous la loupe

Dans son analyse SWOT (forces, faiblesses, opportunités, menaces), l’étude de positionnement stratégique des industries de la conserve au Maroc, réalisée par l’agence française pour le commerce international, Ubifrance, pour le compte de l’Unicop, fait ressortir des éléments intéressants. Ainsi, dans la rubrique faiblesses, les rédacteurs de l’étude concluent que le manque de leadership de l’administration, la saisonnalité de la production en plus de l’hétérogénéité qualitative des débarquements constituent les principales faiblesses de l’industrie. En face, les opérateurs bénéficient de l’image nutritionnelle de la sardine et de la qualité du tissu industriel en plus d’un bon rapport qualité/prix, trois forces principales du secteur.
Dans la rubrique des menaces, l’étude liste en premier lieu le débordement du politique dans le débat sur la gestion des richesses halieutiques et «l’approche plus paupériste que sociale de la gestion de la filière». En terme d’opportunités, les membres de l’Union nationale des industries de la conserve bénéficient «du potentiel du stock C et de l’énormité de la demande mondiale»