Plan de relance : L’injection de 120 milliards de DH aura-t-elle un effet sur l’inflation ?

• L’output gap au Maroc est négatif.
• Le risque inflationniste sera contenu selon l’analyse de CDG Capital.

Le ministère de l’économie et des finances a élaboré un plan de relance global et intégré, qui vise l’accompagnement d’un redémarrage progressif de l’activité économique nationale. Ce plan repose sur l’implication d’autres instances publiques et privées, notamment Bank Al-Maghrib, la Caisse centrale de garantie (CCG) et le secteur bancaire. Dans sa récente note, CDG Capital Insight apprécie, sur la base d’un certain nombre d’hypothèses, les enjeux et impacts macroéconomiques potentiels que pourrait avoir cette nouvelle injection de liquidité dans l’économie. Le risque inflationniste figure parmi les points traités par les analystes. Selon eux les risques inflationnistes sont maîtrisés sur un horizon court terme et pourraient se limiter à la formation potentielle de bulles inflationnistes sur certaines catégories d’actifs sur le moyen et long terme.
En effet, le comportement de l’inflation par rapport aux impulsions monétaires dépend de deux principaux facteurs, à savoir la composition du panier qui reflète le mode de consommation de la population cible, notamment la population urbaine pour le cas du Maroc, et la confrontation offre/demande et son évolution à moyen terme.
D’un côté, l’offre est déterminée par la capacité de production du pays, mesurée par le PIB potentiel. Ainsi, à l’horizon de prévision du cadre de la politique monétaire, qui est de 8 trimestres pour le cas du Maroc, l’output gap est négatif. A noter que l’écart de production «output gap» est déterminé par la confrontation entre, d’une part, la production réelle du pays, estimée à travers son PIB, et, d’autre part, la production potentielle, mesurée à travers le PIB potentiel. La comparaison entre ces deux agrégats détermine la capacité de l’économie à faire face à une éventuelle hausse de la demande. Ainsi, si à l’horizon de prévision, l’output-gap (PIB-PIB potentiel) ressort négatif, cela signifie que l’économie est toujours capable d’absorber une augmentation de la demande et vice-versa. Selon les derniers calculs de Bank Al-Maghrib, l’output gap (en% du PIB) a fortement reculé pour s’établir à -5% au 2e trimestre 2020 contre seulement -2,2% enregistré la même période une année auparavant. Cela stipule que le potentiel de production dépasse le niveau de la demande.
De l’autre côté, l’évolution de la demande est conditionnée par trois principaux facteurs, en l’occurrence la situation du marché de l’emploi et des salaires, les transferts des MRE et la distribution des crédits, principalement ceux destinés aux ménages. A cet égard, une politique monétaire expansionniste devrait favoriser à court terme les crédits et, à moyen/long terme, l’amélioration du marché de l’emploi. Toutefois, cela resterait en deçà d’un niveau pouvant induire une hausse des salaires, compte tenu de la hausse du chômage enregistrée suite à la pandémie à 12,7% au 3e trimestre 2020, contre 9,4% une année auparavant.
La consommation des ménages, qui a subi un fort impact de la crise, devrait se redresser en 2021, mais ce rebond résulterait particulièrement de l’effet de base.
Par ailleurs, l’évolution de l’inflation au Maroc, suivie par l’Indice des prix à la consommation (IPC), dépend dans une large mesure du comportement de la composante alimentaire, aussi bien de par son poids prépondérant dans la structure du panier (44,8%) que de sa volatilité tributaire aux résultats de la campagne agricole. Par conséquent, l’inflation est plus exposée, sur le court terme, à des chocs d’offre alimentaire et à la demande, ou bien à une impulsion monétaire.
En effet, l’ensemble des facteurs déterminants de la consommation intérieure seraient toujours impactés par la crise en 2021, notamment la hausse prévue du chômage, le faible recul des transferts des MRE et la lenteur de la reprise des crédits à la consommation.
La conjonction de ces éléments orienterait vers un scenario qui exclut une surchauffe des prix émanant de la confrontation offre/demande.
Toutefois, la stimulation de la distribution des crédits, associée à des niveaux bas des taux débiteurs, pourrait générer une hausse des prix de certaines composantes de l’inflation non alimentaire, notamment l’habitat et les services (éducation et santé), induisant ainsi une pression inflationniste à moyen/long terme, dont l’impact serait limité sur l’inflation globale, compte tenu de la structure du panier de l’IPC.
De surcroît, cette orientation expansionniste de la politique monétaire pourrait également générer, à moyen/long terme, un renchérissement des prix de certaines catégories d’actifs, particulièrement immobiliers, et ce suite à une reprise de la demande sur cette catégorie de biens et un assouplissement des taux de crédit. Cette situation pourrait se traduire par l’activation du canal de richesse en résultat de la hausse de la valeur des biens détenus par les ménages.