Plan de développement du commerce extérieur: beaucoup de bonnes intentions, peu de nouveautés !

Le plan s’articule autour de la valorisation et du développement des exportations, la facilitation des démarches et l’amélioration de la valeur ajoutée locale. Selon des spécialistes, il pèche par le manque d’objectifs chiffrés, mesurables et programmés dans le temps. Des sources ministérielles insistent sur le fait que le vrai apport consiste à  agréger et créer de la cohérence entre les différentes stratégies sectorielles.

L’export a lui aussi sa stratégie. Appelée Plan de développement du commerce extérieur, elle tient en une cinquantaine de pages et est articulée autour de 3 axes, 20 chantiers et 40 mesures. «Cette nouvelle feuille de route n’est pas un choix. C’est une nécessité qui s’est imposée aujourd’hui plus que jamais», affirme une source proche du ministre délégué chargé du commerce extérieur. En effet, le document met en exergue la pression de plus en plus prononcée sur les échanges extérieurs sur fond de baisse des avoirs en devises qui ne couvrent plus que 4 mois et 20 jours d’importation contre plus de 9 mois en 2007. Il plante le décor en rappelant des constats bien connus : un déficit commercial qui ne cesse de se creuser, des importations qui continuent d’être dominés par des achats incompressibles notamment pour des produits inexistants au Maroc ou insuffisamment disponibles, une offre exportable qui pèche par la faiblesse de sa diversification et de sa teneur en valeur ajoutée, un tissu des entreprises exportatrices très réduit et concentré -à fin 2013, le pays ne compte pas plus de 467 exportateurs réguliers contre plus de 26 000 importateurs…  
Pour y remédier, la nouvelle stratégie comprend une kyrielle de chantiers dont la promotion du dispositif d’accompagnement auprès des exportateurs, la facilitation de l’accès des entreprises aux programmes d’appui, l’amélioration des retombées des actions promotionnelles, le développement du réseau des conseillers du commerce extérieur sur les marchés cibles, la promotion des exportations de services. Et pourtant, il ne s’agit pas d’une révolution ! «Ce sont des mesures que l’on entend depuis bien des décennies, mais dont la réalisation sur le terrain peine à devenir réalité. Plusieurs équipes des organismes de tutelle se sont relayées, chacune y allait de sa propre manière de faire sans apporter grand-chose, à en juger par l’état actuel des choses», constate un économiste.

Trois ans pour mettre en œuvre toutes les mesures annoncées

Pour un autre spécialiste du commerce international, le document rappelle des postulats connus à l’aide de données recueillies d’études fiables et précises, mais pour ce qui est de la manière de dépasser la situation actuelle, il fait dans la littérature en énonçant des dizaines de mesures pouvant se résumer en une phrase sans se fixer des objectifs chiffrés, réalisables et sans préciser l’horizon temporaire pour les atteindre. «Plusieurs chantiers sont colossaux au vu des moyens, des synergies et de la multiplicité des intervenants qu’ils supposent, et pour lesquels un horizon de 2 ans reste une simple vue de l’esprit», ajoute-t-il.  

«La genèse du plan prend comme point d’ancrage des mesures tirées du modèle français, pays déficitaire dans ses échanges extérieurs depuis 2003 alors que le Maroc gagnerait à s’inspirer des expériences de pays comme l’Allemagne, la Chine ou même la Turquie dont les balances commerciales présentent un excédent quasi-structurel», renchérit un consultant senior en commerce international.
Cependant, plusieurs exportateurs, notamment ceux de l’Asmex, affirment que sur le volet méthodologique, le nouveau plan a le mérite d’agréger le diagnostic, les chantiers prioritaires et les organismes responsables du suivi en un seul opus. Abondant dans le même sens, des sources du patronat confient que le travail est fort louable dans la mesure où le nouveau plan représente une feuille de route pour les trois ans à venir. «Encore faut-il y mettre une vraie volonté qui tranche avec les expériences antérieures, avec des dispositifs de mesure de performance et de contrôle», martèle un opérateur.
Des sources ministérielles insistent pour leur part sur le fait que le vrai apport du plan consiste à créer de la cohérence notamment entre les différentes stratégies sectorielles et remettre de l’ordre dans les différentes problématiques du commerce extérieur. «Le plan est venu avec des actions et pas une simple vision comme c’était le cas auparavant», se défend une source très bien placée au niveau du département de M. Abbou. Et d’ajouter : «Nous avons un planning bien précis pour les différentes mesures étalé sur les trois prochaines années».
A suivre…