Pilotes de la RAM : surexploités ou tout simplement mécontents ?

Une vingtaine de pilotes ont fait faux bond, pour cause de maladie, jeudi 3 juillet.
L’Association des pilotes de ligne dénonce la décision de la RAM d’ouvrir une enquête ainsi que les menaces de sanctions.
La discorde entre la compagnie et ses pilotes n’est pas nouvelle.

C’est une guerre larvée qui est en train d’être livrée entre les pilotes de Royal Air Maroc et la direction de la compagnie. Jeudi 3 juillet, les vols de la RAM ont connu de sérieuses perturbations, certains ayant été annulés, d’autres ayant enregistré des retards importants en raison de l’absence de pilotes qui ne se sont pas présentés pour effectuer les vols pour lesquels ils étaient affectés.

Le nombre de pilotes défaillants, officiellement pour des raisons de santé, serait de 20, selon la compagnie. Un chiffre que l’Association marocaine des pilotes de ligne (AMPL) récuse, mais sans être précise, puisqu’elle parle de 15 absences, sinon moins.

Cet événement a suscité une réaction inédite de la part de la compagnie aérienne qui a monté le ton d’un cran. Dans la journée même, elle rendait public un communiqué où elle affirme avoir ouvert «une enquête pour identifier les causes réelles de ces absences», avec la promesse de prendre «des mesures de tout ordre et notamment disciplinaires», si les absences enregistrées s’avèrent injustifiées. La direction de la compagnie affirme avoir saisi l’association, les délégués du personnel et l’inspection du travail pour participer à cette enquête.

Un taux de défaillance inférieur à 5% de l’effectif est acceptable, selon les pilotes
Réponse du berger à la bergère : l’AMPL dans un communiqué publié sur son site Internet estime que «l’enquête engagée est dangereuse et la menace de mesures disciplinaires est préjudiciable à la sécurité des vols» (…) Les pilotes membres de l’AMPL se disent «étonnés par le contenu de ce communiqué et stupéfaits par les allusions émises ainsi que par les menaces proférées».

Bien entendu, Royal Air Maroc est dans son droit. Notamment celui de douter de l’occurrence de 15 absences au cours de la même journée, pour cause de maladie.

Un argument que rejette l’association des pilotes, démonstration à l’appui. Principal élément de défense : la fatigue des pilotes de ligne. Selon l’association, les lois internationales de l’aviation civile exigent qu’un «membre d’équipage n’exerce pas un service à bord d’un avion s’il se sait fatigué ou susceptible d’être fatigué ou s’il ne se sent pas en l’état et que la sécurité du vol pourrait être affectée».

En outre, on souligne que la RAM accorde peu de congés à ses pilotes. Pire, elle aurait «institutionnalisé, ces dernières années, les heures supplémentaires, et interdit les arrangements mutuels entre pilotes en cas de fatigue», selon Najib Ibrahimi, le porte-parole de l’AMPL.

Et ce dernier de préciser que l’effectif actuel des pilotes qui est très réduit, «malgré la présence d’une quarantaine de pilotes étrangers». Enfin, rappelle-t-on, la défaillance de pilote est prévue par toutes les compagnies aériennes civiles, à condition que le taux de défaillance, au sein de l’effectif global ne dépasse pas 7 %.

Or, se défend l’AMPL en admettant même le nombre de 20 pilotes absents pour raison de santé avancé par la direction de la RAM, ce taux est inférieur à 5 % de l’effectif.

La compagnie emploie en effet 440 pilotes pour une flotte d’une cinquantaine d’avions.
A l’heure où nous mettions sous presse, les responsables de la RAM n’étaient pas en mesure de donner plus d’explications en plus du communiqué avançant l’argument que «l’enquête sur ces absences était toujours en cours».

Quelle est la vérité dans tout cela ? Le seul point de certitude est que les relations entre la direction de la RAM et les pilotes sont plutôt tendues. Selon plusieurs sources concordantes, le dialogue entre les deux parties est rompu depuis plusieurs mois. D’une manière générale l’AMPL reproche à la direction de ne pas tenir ses engagements et de ne pas associer les représentants du personnel naviguant aux décisions stratégiques.

En tout cas, il semble acquis que ce mouvement d’humeur des pilotes déclarés malades n’est pas concerté. Selon une information recueillie chez certains pilotes, ce qui est à l’origine de certaines absences c’est la décision de la direction de la RAM d’opérer des coupes dans les salaires des pilotes qui refusent de rester en réserve, alors que la compagnie refuse de payer à ces pilotes une indemnité d’astreinte. Encore une vieille revendication qui n’est pas près d’être réglée. Il faudra un jour trouver une solution à ces différents problèmes ponctués de bras de fer qui émaillent la vie de la compagnie. Il y va de son image.