Photovoltaique : le marché marocain en perte de vitesse depuis 2010

19 MDH de cellules photovoltaiques importées en 2011, soit une baisse de 23% par rapport à  2010. Les entreprises marocaines subissent de plein fouet la crise et doivent s’adapter.

Après un temps de gloire dû au Programme d’électrification rurale généralisé (PERG), le photovoltaïque a du mal à se suffire à lui-même depuis 2010. Les importations de cellules photovoltaïques se sont en effet repliées de façon significative en 2011. Un peu plus de 120 tonnes de cellules photovoltaïques, pour une valeur de 19 MDH, ont ainsi été importées, contre 124 tonnes en 2010, pour une valeur cette fois-ci de 24,7 MDH. En termes de volume, la perte s’évalue à 3% mais, en terme de valeur, celle-ci atteint 23%. Autrement dit, même si les quantités restent sensiblement les mêmes, la baisse des prix à l’échelle internationale s’est bel et bien faite ressentir au Maroc. «Les prix ont baissé d’environ 40% ces trois dernières années. Cela s’explique en partie par le fait que la technologie est désormais maîtrisée. Les prix ont donc d’abord baissé de manière structurelle», confirme Mohamed Laraqui, DG d’AS Solar Maroc.

La réduction des subventions européennes ainsi que la concurrence de la production chinoise a déjà réduit l’industrie européenne de panneaux photovoltaïques à une peau de chagrin. De nombreuses sociétés européennes, dont l’ancien leader allemand Q-Cells et les français Photowatt et Evasol, soit elles ont déjà mis la clé sous la porte depuis des mois, soit elles luttent pour leur survie financière. La situation du photovoltaïque en Europe est telle que la Commission européenne a ouvert deux enquêtes, en septembre et novembre derniers, à la demande de l’association EU ProSun qui réunit 23 industriels européens du photovoltaïque.

Ces derniers accusent d’un côté les fabricants chinois de vendre à perte et de l’autre côté le gouvernement chinois de soutenir son industrie grâce à des subventions. La guerre entre l’Europe et la Chine sur la question des panneaux photovoltaïques ne fait donc que commencer.

Impossibilité de lier les installations de basse tension au réseau électrique

«Aujourd’hui, la situation de l’industrie photovoltaïque se stabilise à l’international. Les fabricants chinois ont bien compris l’enjeu et ont arrêté leurs méthodes. Mais les prix vont continuer à baisser de 3 à 5% par an», poursuit M. Laraqui. Toujours est-il que le marché marocain du photovoltaïque est aujourd’hui sinistré. La réglementation en vigueur ne risque pas d’améliorer les choses. Dans son article 5, la loi 13-09 relative aux énergies renouvelables, publiée en mars 2010, stipule que «les installations de production d’énergie électrique à partir de sources d’énergies renouvelables ne peuvent être connectées qu’au réseau électrique national de moyenne tension, haute tension ou très haute tension». Cela exclut d’office la basse tension. Or, l’on sait très bien que l’énergie solaire est instable.

Par conséquent, une connexion au réseau est indispensable pour combler les besoins éventuellement non couverts par le solaire ou pour revendre l’éventuel surplus d’énergie produit. Voilà pourquoi au sein de l’Association marocaine des industries solaires et éoliennes (AMISOLE), on milite pour un amendement de la loi permettant la connexion au réseau des installations de basse tension. «Nous attendons le changement avec impatience», confie pour sa part M. Laraqui. «Ce qui est sûr, c’est que la demande dans le photovoltaïque ne s’exprime pas aujourd’hui à cause d’une réglementation qui ne donne pas d’avantages», résume Amin Bennouna, vice-président de l’AMISOLE. Pour M. Laraqui, quelques obstacles techniques facilement surmontables empêchent également le développement du photovoltaïque au Maroc. «La qualité du signal injecté pourrait dérégler le réseau. Mais ce problème peut être simplement dépassé en imposant par exemple un certain type d’onduleurs, à l’image de ce qu’a fait la Tunisie, par ailleurs plus en avance que le Maroc sur cette question», explique-t-il.

Certaines entreprises vivent des contrats de maintenance

Résultat aujourd’hui, les entreprises marocaines opérant dans le photovoltaïque doivent s’adapter. Certaines misent sur les clients professionnels, industriels ou grands exploitants agricoles, à l’image d’AS Solar. D’autres survivent grâce à d’autres activités, tel que le solaire thermique. Enfin, certaines entreprises survivent grâce aux contrats de maintenance liés au PERG.

Au final, elles ne sont aujourd’hui qu’une vingtaine d’entreprises sérieuses à opérer dans le photovoltaïque. «Il y a beaucoup de très petites entreprises dans le secteur, et d’électriciens qui se sont spécialisés dans l’installation de kits d’1 kW. C’est vraiment de l’artisanat», ajoute M. Laraqui. Sans compter sur l’arrivée non négligeable de panneaux photovoltaïques «d’origines troubles». «Au Maroc, vous pouvez trouver des panneaux qui valent jusqu’à la moitié de la valeur normale. Nous soupçonnons que ces panneaux sont importés de manière irrégulière. Il peut s’agir de panneaux de seconde main désinstallés en Europe, volés ou bien revendus par des industriels. En l’absence de contrôle et d’enquêtes, nous n’avons pas la preuve de l’origine de ces panneaux à bas prix. Une chose est sûre, c’est que ce “trafic” représente une partie non négligeable du marché du particulier», se lamente M. Bennouna.