Pharmacies : Ce Ramadan a été marqué par une baisse d’activité de 50%

• Se situant habituellement entre 30 et 40%, le recul des ventes s’est aggravé cette année.
• Les officines, déjà en crise depuis plusieurs années maintenant, avancent que le confinement a souligné l’impact de la baisse des prix mise en œuvre en juin 2014.
• La profession réclame, à l’instar des pratiques en Europe, le revenu mixte…

Ramadan 2021 s’est avéré exceptionnellement difficile pour les officines. Si, habituellement, celles-ci enregistrent à la même période une baisse de 30%, cette année leur activité a diminué de 40 à 50%. La baisse est aggravée, selon les pharmaciens, par l’état de confinement qui limite les déplacements et induit des pertes de revenus pour les patients qui consultent de moins en moins et peut-être plus du tout. Sans compter que les officines ne sont pas autorisées, contrairement aux années précédentes, à ouvrir pour une durée de deux heures après le ftour. La demande durant ce mois de Ramadan porte essentiellement sur les traitements gastriques et les traitements habituels des maladies chroniques comme le diabète ou encore l’hypertension artérielle.
Cette conjoncture particulière de crise sanitaire est venue accentuer la crise qui existait déjà dans le secteur. «En effet, le secteur est, depuis plusieurs années maintenant, en difficulté. Sur les 12 000 pharmaciens que compte le pays 30% sont en situation de précarité», souligne Souad Moutaouakil, présidente du conseil régional Sud des pharmaciens qui ne manque pas de préciser que la perte de revenus des officines est essentiellement due à la baisse des prix des médicaments et aussi à la fin du monopole de distribution sur certains produits, notamment les spécialités vétérinaires ou encore certains dispositifs médicaux.
Décidée en 2013, la politique de baisse du prix des médicaments est entrée en vigueur en juin 2014 et a concerné plusieurs produits, notamment les médicaments traitant les affections longue durée et elle a permis un plus grand accès aux soins aux patients. Cependant, les pharmaciens estiment «avoir fait les frais de cette baisse, car elle a concerné tous les produits et n’a pas fait de distinction par exemple entre les produits qui sont prescrits sur ordonnance et ceux qui ne le sont pas, ainsi que les produits de confort dont les prix ne sont pas réglementés. Partout à travers le monde la baisse des prix ne concerne pas les médicaments délivrés sans ordonnance et les produits non remboursés par la sécurité sociale», explique Najia Rguibi, pharmacienne à Casablanca.

Les pharmaciens réclament des mesures compensatoires…
Et de poursuivre que «si la baisse est décidée dans ces pays, elle est accompagnée de mesures de compensation qui permettent aux pharmaciens de s’en sortir». Au Maroc, la profession déplore l’absence de pareilles mesures : «L’impact de la baisse des prix a été important et a mis en péril la viabilité économique de plusieurs officines. Il faut souligner qu’il est impossible d’avoir seulement un revenu sur un chiffre d’affaires ! Il faut que les pouvoirs publics, dans le cadre de la réforme du système de santé actuel, prévoit des mesures de compensation», avance Souad Moutaouakil.
Le pharmacien serait alors rémunéré pour des prestations qu’il fournit auprès de ses patients et qui relèvent, tient à préciser la présidente du Conseil régional Sud des pharmaciens, «d’une mission préventive. Autrement dit, contrôler l’état de santé des patients atteints par exemple de maladies chroniques afin d’éviter des complications et l’apparition de maladies qui coûteraient cher au système de santé. Le pharmacien peut jouer un rôle essentiel dans la maîtrise de la dépense de santé!». Dans des pays étrangers, comme la Belgique ou encore la France, les honoraires pour ces interventions constituent respectivement 80 et 48% du revenu du pharmacien.
Autre mesure souhaitée, une «bonne gestion de la politique d’encouragement des génériques. Aujourd’hui, l’officine doit gérer un stock de génériques qui augmentent annuellement, puisqu’en moyenne on dispose de 40 à 50 génériques pour une seule molécule. Aussi, elles doivent également avoir un grand stock, soit 400 000 à 500 000 dirhams, des produits chers relevant du tiers payant. Tout cela coûte de l’argent et alourdit les charges de la pharmacie. Normalement, on devrait prévoir des incitations fiscales», dit Mme Moutaouakil. Toujours concernant le générique, les caisses de sécurité sociale refusent le remboursement d’un générique lorsque celui-ci est acheté suite à un changement de prescription opéré par le pharmacien. «Il faut reconnaître qu’il s’agit d’une anomalie, car lorsque le médecin prescrit un princeps que le patient ne peut pas acheter, on peut lui donner son générique qui est plus accessible et que les caisses doivent rembourser !».
Enfin, autre mesure à retenir : Une exonération fiscale lors de la vente d’une officine. Il y a aujourd’hui plusieurs pharmaciens âgés qui veulent partir à la retraite et lorsqu’ils vendent leur pharmacie ils ne bénéficient d’aucun avantage fiscal leur permettant de tirer un profit de la vente, sachant qu’ils ne disposent pas de retraite. L’octroi d’une incitation fiscale pourrait être conditionné, selon la profession, par la vente à un jeune pharmacien pour lui faciliter son installation. Le Conseil Régional Sud des pharmaciens signale que sur les 6 600 officines que compte la région de Casablanca entre 800 et 1 000 pharmaciens ne sont pas encore installés! Sachant que chaque année
1 000 nouveaux pharmaciens arrivent sur le marché.
Toutes ces mesures ont fait l’objet de plusieurs discussions avec le ministère de la santé mais pour l’heure aucune décision n’a été prise. «Pourtant, à l’heure de la réforme du système de santé et à la veille de l’élargissement de la couverture médicale, les pharmaciens devraient être outillés pour exercer leur métier et jouer leur rôle social auprès des patients dans des conditions favorables. On devrait avoir une interaction entre les divers intervenants du système de santé», conclut Mme Moutaouakil.