Peu réactifs, les camionneurs du port de Casablanca en proie à  une baisse d’activité

Les opérateurs invoquent le transfert de l’activité de transbordement à  Tanger Med et l’augmentation du nombre de camions. Ils souffrent plutôt de leur désorganisation et de leur incapacité à  s’adapter au changement de l’environnement institutionnel.

Les transporteurs de marchandises qui opèrent au port de Casablanca se plaignent de la baisse de leur activité et ne cachent pas leur mécontentement. A les en croire, cette situation est due d’une part au transfert de certaines activités, notamment le transbordement, à Tanger Med et à Jorf Lasfar, et, d’autre part, à l’augmentation du parc de véhicules au port de la capitale économique, sans oublier la crise qui n’a pas épargné le trafic portuaire dans sa globalité.

En effet, le nombre de camions qui desservent Casablanca n’a cessé d’augmenter (ils seraient plus de 2 000 aujourd’hui) suite à la promulgation de la la loi 16/99 relative aux transports par véhicules automobiles sur route et portant libéralisation des services du transport routier de marchandises. Ce texte a mis fin à l’agrément de transport et supprimé dans la foulée la priorité qui était donnée par l’ex-Office national du transport (ONT) aux camionneurs casablancais pour travailler dans ce port qui totalisait alors plus de 40% du trafic global. Les statistiques publiées par l’Agence nationale des ports (ANP) montrent qu’avec l’évolution de l’environnement institutionnel, le port de la capitale économique a effectivement cédé des parts de marché, mais continue d’être dynamique.

La solution : se moderniser et aller chercher des commandes au lieu de les attendre

L’activité portuaire globale pour l’année 2011 a enregistré un volume de 96,1 millions de tonnes, soit 4,2% de plus qu’en 2010. Ce résultat est largement déterminé par l’activité de transbordement de Tanger Med qui atteint, à elle seule, 23 millions de tonnes, enregistrant une hausse de 10,2%. Le trafic strictement national (import-export) s’est établi à 73,8 millions de tonnes, soit une progression plutôt modeste de 2,5% due essentiellement à la croissance des exportations.

Les ports gérés par l’ANP totalisent 94% de ce trafic national ou 69,1 millions de tonnes, soit pratiquement le même volume qu’une année auparavant. Casablanca draine 33% du volume, soit 22,8 millions de tonnes (-1,3%) suivi de Jorf lasfar avec 26% (+7,1%) et de Mohammédia avec 17% (+5,4%). Le reste étant réparti entre les autres ports gérés par l’ANP. Pour les sept premiers mois de 2012, la situation est moins reluisante dans la mesure où le trafic portuaire global a diminué de 9,7% par rapport à la même période de 2011, s’établissant ainsi à 53,7 millions de tonnes. Cette évolution s’explique principalement par la chute de 30% du trafic de transbordement des conteneurs au port de Tanger-Med suite aux perturbations que ce port a connues. Ceci étant, le trafic domestique (import-export), y compris Tanger Med, s’est établi à 45 millions de tonnes durant cette période, soit une hausse de 4,5% par rapport à la même période de 2011. Cette performance est la résultante de l’augmentation de 6% des importations et de 2,4% des exportations. Hors Tanger Med, le volume traité est de 41,8 millions de tonnes pour les 7 premiers mois de l’année 2012, soit une augmentation de 4%. Là encore, le premier port du Royaume accapare 35% du volume, suivi toujours de Jorf Lasfar avec 26% et Mohammédia avec 16%.

Le fait que les transporteurs travaillent moins comme ils l’affirment ne vient donc pas d’une forte baisse de l’activité, mais de leur propre désorganisation et de leurs difficultés à s’adapter. D’ailleurs, quand on se penche sur l’activité globale des conteneurs, le port de Casablanca est le seul qui a enregistré une hausse, soit de 5,6% pour les 7 premiers mois de l’année avec 505 000 EVP, alors que Tanger Med est en baisse de 27%, à 1,06 million d’EVP, dont 997 000 en transbordement. Agadir est aussi en baisse de 7,1%, à 75 000 EVP. D’une manière générale, 640 000 EPV (trafic domestique) ont été traités dans les différents ports du pays (y compris Tanger Med), soit 7% de plus par rapport à l’égale période de 2011.

Les transporteurs de marchandises opérant au port de Casablanca doivent prendre conscience que la niche qu’ils avaient au niveau du premier port du Royaume va s’éparpiller de plus en plus avec la mise en œuvre de la stratégie portuaire et la construction de zones logistiques. A eux d’aller là où il y a du trafic, le marché est maintenant libre. Une donne qu’ils feignent d’oublier, à tort.