Pétrole : jusqu’où ira la remontée des cours actuelle ?

Le Brent cotait à  plus de 60 dollars mardi 3 mars contre 48 en janvier. La hausse intervient paradoxalement dans un contexte de surabondance de l’offre. Un prix à  80 dollars le baril pourrait satisfaire tout le monde.

Les prix à la pompe du gasoil et de l’essence super remontent pour la deuxième quinzaine successive, après plusieurs mois de baisse. A partir du 1er mars, en effet, le diesel prend 51 centimes de plus, à 8,96 DH le litre, et l’essence super 42 centimes, à 9,96 DH le litre. Ces prix, qui sont fixés toutes les quinzaines, ont donc cours jusqu’au 15 mars. Cela ne veut pas dire qu’une nouvelle hausse interviendra le lendemain 16 mars, mais rien ne l’exclut non plus.

C’est que les prix des combustibles liquides au Maroc sont fixés sur la base de leur cotation sur le marché de Rotterdam, majorés du coût du fret. Bien entendu, le taux de change du dollar, suivant sa cotation à la vente auprès de Bank Al-Maghrib, étant également un élément constitutif du prix. D’autres éléments interviennent dans la formation des prix (taxes portuaires, taxes parafiscales, TIC, TVA, frais d’approche, rémunération du stockage, correction pour variation thermique, coulage-détaillant, différentiel de transport, etc.), ils sont consultables dans la structure des prix que publie tous les quinze jours le ministère délégué chargé des affaires générales et de la gouvernance.

Bref, ce que le consommateur doit savoir, c’est que les prix à la pompe des carburants sont fonction, d’une part, de l’évolution des cours de l’or noir sur le marché londonien, l’Intercontinental Exchange (ICE) où est coté le Brent (qui est le pétrole brut de référence pour le Maroc), et, d’autre part, des prix spot de Rotterdam des produits raffinés. A l’évidence, les prix de ces derniers sont généralement corrélés à celui du Brent. Mais tout cela sera du passé à compter du 1er décembre 2015. A partir de cette date en effet, les prix seront totalement libéralisés, et la concurrence qui s’installera entre les distributeurs tirera sans doute les prix vers le bas et vers plus de qualité.

A l’évidence, dans la mesure où, pour le moment, le Maroc est importateur net de pétrole, les prix continueront de dépendre des cours à l’international, mais aussi de la taille de chaque opérateur, de sa capacité de négociation, de ses modes de gestion… Donc, la variabilité attachée aux cours du pétrole et, par suite, à ceux des produits finis, sera désormais un élément auquel chacun devra s’habituer. Comme on s’est habitué à trouver… normal que les prix des fruits et les légumes changent, alors même que ces produits sont encore plus essentiels pour la vie d’un homme.

La question qui se pose maintenant est de savoir si les prix à l’international vont continuer à augmenter, comme cela semble s’amorcer depuis quelques semaines. Bien malin qui pourra le dire ou le prédire. Il y a encore moins de deux mois, le baril de Brent était retombé jusqu’à à 46,75 dollars (c’était le 12 janvier 2015). Mardi 3 mars, en début d’après-midi, le Brent de la Mer du Nord cotait à 61 dollars. Cela fait une hausse (entre ces deux valeurs du moins) de 30,5%. Sur le seul mois de février, l’augmentation avait été de 18%. Même le West Texas Intermediate (WTI), produit en Amérique du Nord et coté à New York, grimpait lui aussi mardi à 52,3 dollars le baril contre 45,5 dollars le 27 janvier 2015.

Géopolitique et spéculation…

Les analystes avancent plusieurs explications à ces forts rebonds de l’or noir. Il y a d’abord les rigueurs de l’hiver qui font automatiquement grimper la consommation, notamment du gazole et du fioul. Il y a ensuite l’arrêt pour maintenance des raffineries aux Etats-Unis. Ces raisons, on peut les qualifier d’objectives. Mais derrière la hausse du pétrole, il y a aussi, comme souvent, de la géopolitique et, pourquoi ne pas le dire, de la spéculation (celle-ci étant consubstantielle à l’existence de marchés à termes, ce qui atténuerait quelque peu la connotation péjorative qui lui est associée). Ainsi, les récentes attaques en Libye et les divergences aux Etats-Unis mêmes sur le nucléaire iranien, à propos duquel les négociations ont repris lundi 2 mars, sont avancées comme des facteurs ayant influé sur la cotation du pétrole. Ceci pour la référence WTI. Pour le Brent, les experts n’hésitent pas à attribuer les gains obtenus en février «au moins en partie à la spéculation». Le paradoxe est que cette hausse du cours du pétrole intervient dans un contexte marqué par l’augmentation des productions libyenne et irakienne, tandis que l’OPEP, sous l’impulsion de l’Arabie Saoudite, n’a rien voulu changer à son niveau de production alors même que le baril était sur une pente baissière assez prononcée. Peut-être faudrait-il d’ailleurs voir dans cet «entêtement» de l’Arabie Saoudite à vouloir maintenir inchangé son quota de production, une volonté de faire pièce à la production de pétrole non conventionnel, lequel, c’est connu, n’est plus économiquement rentable en dessous d’un certain niveau de prix. Et c’est en effet ce qui a l’air de se produire avec l’arrêt des investissements dans le pétrole de schiste aux Etats-Unis. Il faut dire que l’arrivée de ce pétrole non conventionnel à joué comme élément perturbateur pour les prix du pétrole classique et, sous cette hypothèse, aurait contribué à la baisse des prix intervenue depuis mai 2014.

Question : Jusqu’où ira la remontée des prix actuelle ? Personne n’est prêt à miser sur un retour vers le niveau des prix de 2011, par exemple, ou même des premiers mois de 2014. Un consensus semble néanmoins se former sur l’idée que…80 dollars le baril pourrait satisfaire tout le monde.