Pesticides à usage agricole : une réglementation plus contraignante est en préparation

Le marché, très atomisé, est estimé à 1,5 milliard de DH à fin 2016. Depuis 2006, les importations de pesticides se sont appréciées en moyenne de 8,2%, mais le taux de pénétration de ces produits demeure faible. L’écrasante majorité des distributeurs et des revendeurs ne sont pas homologués.

Quelque 1,5 milliard de DH. C’est ce que capte le marché des pesticides à usage agricole, selon les estimations de CropLife Maroc, association de l’industrie phytopharmaceutique. En volume, ce montant équivaut à 28 773 tonnes importées à fin 2016, soit 95% du marché, auxquelles s’ajoute la modique production locale qui tourne autour de 1 500 tonnes. «Le marché se porte généralement bien mais demeure dépendant des aléas climatiques tout comme l’ensemble des filières du secteur agricole», relève Boubker El Ouilani, directeur exécutif de CropLife Maroc.

En effet, les importations des pesticides ont évolué en dents de scie sur la décennie 2006-2016. Néanmoins, le taux de croissance annuel moyen durant la même période a été de 8,2% puisque le chiffre d’affaires du marché était de 835 MDH en 2006. «Malgré cette bonne performance, le taux de pénétration des pesticides demeure hyper faible», relativise Mohamed Zouini, patron d’une entreprise de la place. Selon lui, le marché est essentiellement tiré par les cultures destinées à l’export comme les maraîchages et les agrumes.

D’après les données communiqués par CropLife Maroc, le maraîchage absorbe 44% du volume, talonné par les plantations (26%) et les céréales (21%). Le reste est partagé entre les cultures industrielles (7%), en l’occurrence la betterave et d’autres cultures (2%). Par type de produits, les insecticides représentent 45% du marché suivis des fongicides (40%) et des herbicides (15%). «L’une des caractéristiques du marché marocain est qu’il est très diversifié puisque nous avons une multitude de cultures et de climats, donc plusieurs maladies et ravageurs. Il y a aussi le fait que les prix sont libres, ce qui fait que le marché attire la majorité des multinationales et des génériqueurs», détaille M.El Ouilani. C’est dire que le marché marocain des pesticides est très concurrentiel.

L’offre est composée de produits homologués correspondant à un usage spécifique. «Elle est aussi diversifiée puisque nous avons pour chaque usage deux à trois matières actives. A son tour, chaque matière active est déclinée en plusieurs formulations sous forme de produits. L’agriculteur a l’embarras du choix», poursuit le directeur exécutif de CropLife.

La contrebande et la contrefaçon pompent 10 à 15% du marché

Si le marché marocain est très bien approvisionné, il n’en demeure pas moins que la distribution et la revente ne se font pas sans problèmes. A en croire CropLife, seuls 10 distributeurs sur les 300 que compte le secteur sont agréés par l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA). Pire, la quasi-totalité des 1 700 revendeurs ne se conforment pas aux dispositions de la loi n°42-95 relative au contrôle et à l’organisation du commerce des produits pesticides à usage agricole. Exemple : très peu de distributeurs et de revendeurs recrutent un personnel qualifié et respectent les conditions de sécurité et de salubrité dans les lieux de stockage comme l’exige la loi. Cette situation est aggravée par la distribution de produits en vrac par des marchands ambulants au niveau des souks hebdomadaires.

«La distribution et la revente présentent de grands défis. C’est une priorité pour nous et nous reconnaissons qu’il y a des problématiques. Nous avons travaillé en concertation avec la profession pour proposer au ministère de l’agriculture une nouvelle loi abrogeant celle en vigueur. Une fois publiée, une phase transitoire pour la mise à niveau du réseau de distribution sera nécessaire», confie le docteur Mohamed Akchati, cadre au sein de la division des intrants chimiques de l’ONSSA. Ce texte a été transmis au ministère de l’agriculture en 2017. «Il était temps de réviser la loi pour l’adapter aux changements qu’ont connus le secteur et faire en sorte qu’elle facilite la résolution des problématiques. C’est un point positif», commente M. EL Ouilani. L’activité de distribution n’est pas non plus épargnée par la contrebande et la contrefaçon qui représentent respectivement 10% et 15% du marché.

Gros besoin de vulgarisation

Sur le terrain, une bonne partie des agriculteurs n’arrivent toujours pas à adopter les bonnes pratiques phytosanitaires. «Un produit qui n’est pas utilisé à temps et avec le calibrage recommandé ne donnera jamais de résultats. Or, beaucoup d’agriculteurs continuent à croire que c’est le produit qui est inefficace», déplore Ouilani.

Dans le sillage du Plan Maroc Vert, l’Office national du conseil agricole (ONCA) a vu le jour. il fait un travail de sensibilisation constant auprès des agriculteurs. Rien qu’en 2017, des tournées ciblant l’ensemble des régions du Maroc ont été organisées au profit de cette population.

Autre problématique et non des moindres, la gestion des emballages vides et l’élimination des stocks obsolètes. Ces emballages vides sont considérés comme des déchets dangereux nécessitant un traitement spécifique. Il n’en est pas toujours ainsi sur le terrain, d’où des risques sanitaires et environnementaux. Par contre, l’élimination des stocks périmés est en passe d’être résolue. Un programme mis en place par la FAO, en partenariat avec le gouvernement marocain, le Fonds pour l’environnement mondial (FEM) et CropLife international, a permis l’identification de 780 tonnes. «L’appel d’offres portant sur la destruction de ce stock a été lancé. Il devra être exporté à l’étranger pour être détruit dans des incinérateurs spécialisés», conclut M.El Ouilani.