Pêche : 18 600 embarcations et navires à  moderniser en trois ans !

16 000 barques de la flotte artisanale, 1 800 unités de pêche côtière et 800 autres navires sont concernés Mawarid, Anbar, Safina…, le détail du plan de modernisation du ministère.

Le plan de mise à niveau et de modernisation du secteur de la pêche semble séduire les professionnels. Peut-être par son côté minutieux et efficace car tout y est prévu jusqu’au délai de déblocage des fonds qui ne doit pas dépasser un mois depuis le dépôt de dossiers, en passant par les commissions de validation et au traitement par les agences bancaires. Peut-être aussi parce qu’il n’a pas oublié l’amélioration des conditions de travail et de vie à bord des unités tout comme les moyens d’une meilleure valorisation des produits.

Cela n’a pas été facile car il a fallu d’abord convaincre l’Etat, par ces temps difficiles où la Caisse de compensation est sollicitée de toutes parts, de mobiliser un milliard de DH pour soutenir les professionnels qui souhaitent améliorer les outils de production. Et même ceux qui veulent abandonner la partie n’ont pas été oubliés puisqu’ils seront dédommagés s’ils décident de céder la place.
En un mot, ce plan permettra de pêcher mieux et plus.

Et le ministre a bien expliqué qu’il n’y a pas de risque de surexploitation de la ressource pour deux raisons. D’abord, parce qu’avec des outils plus performants, les unités vont pouvoir s’éloigner des côtes toutes proches où l’on trouve beaucoup de juvéniles. Ensuite, la zone au sud de Boujdour est si peu exploitée qu’on peut en retirer un million de tonnes supplémentaires, pratiquement l’équivalent du tonnage pêché actuellement.

Des crédits à 5,9% sur 5 à 7 ans
Pour ce qui du plan, il faut noter qu’il se déploie sur deux fronts distincts. Le premier est la mise à niveau qui concernera 16 000 barques de la flotte artisanale et 1 800 unités de la pêche côtière et s’étalera sur trois ans.

Le second concerne le programme de modernisation consistant à aider au renouvellement des 800 autres navires de la flotte côtière vieux de plus de 15 ans.
A noter également que tous les crédits seront accordés à un taux de 5,9 % pour des périodes allant de 5 à 7 ans, avec une année de différé. Le tout est garanti à 60 % par un fond créé pour l’occasion et géré par la Caisse centrale de garantie (CCG).

La nouvelle initiative du département de la pêche a également le mérite d’être opérationnelle dès ce mois d’août, juste après la campagne d’explication et de sensibilisation, qui a déjà commencé à l’adresse des professionnels comme les chambres maritimes, les associations et les éventuels investisseurs anciens ou nouveaux.

Les partenaires financiers et techniques sont connus. Il s’agit, pour les premiers, des banques. Le Groupe Banques populaires et Crédit Agricole sont pour le moment associés au programme, mais rien n’empêche d’autres organismes de prendre le train en marche par la suite. Quant à l’accompagnement technique, il sera assurée par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’Office national des pêches (ONP) et l’Institut national de recherches halieutiques (INRH).

Il faut signaler que le plan de modernisation s’appuie sur d’autres actions, comme le programme national d’aménagement du littoral (2,5 MDH) et le Millenium challenge account (MCA), qui a consacré 987 MDH au secteur et à la formation des professionnels, encouragés par ailleurs à s’organiser en coopératives pour plus d’efficacité en matière de production et de commercialisation.

Pour Kamal Sabri, armateur et membre de la Chambre des pêches maritimes Atlantique Nord, il s’agit de la première initiative où l’on n’envisage pas uniquement d’agrandir ou de financer l’achat de bateaux mais où l’élément humain est pris en compte. Quant à Hassan Sentissi, armateur et président de la Fédération nationale de l’industrie du poisson (Fenip), il insiste sur le changement intervenu au ministère, avec, notamment, une grande réactivité par rapport aux requêtes des opérateurs.

Même son de cloche du côté de Mohamed El Jamali, président de l’Union des industriels de la conserve de poisson (Unicop) qui souligne, néanmoins, que le plan nécessitera sûrement des réglages en cours de route. En outre, il ajoute que les subventions accordées au remplacement des bateaux sont insuffisantes. De plus, les délais risquent, à son avis, «de ne pas être respectés pour ce qui est de la modernisation de la flotte côtière du fait que les chantiers navals pour la construction tout comme pour la mise à niveau pourraient avoir du mal à prendre en charge toute la demande induite» .