Pc portable, téléphone, clé internet : des conseillers new wave pour aider les agriculteurs à  doper leur rendement

Le «conseil agricole» remplace la vulgarisation. Les conseillers auront pour mission de démocratiser le savoir agricole. Le dispositif est inspiré des expériences indienne, égyptienne et chilienne.

Le ministère de l’agriculture et de la pêche maritime vient d’ouvrir un nouveau chantier de réforme: celui de la vulgarisation visant à mieux accompagner les paysans et exploitants agricoles pour améliorer leurs méthodes de travail en vue d’optimiser leur rendement. Il a été constaté que les anciennes approches, qui relevaient de la responsabilité des Centres de travaux (CT), sont en décalage avec la stratégie préconisée par le Plan Maroc vert : moyens humains, équipements et méthodes de travail seront donc revus.
Aziz Akhannouch, ministre de l’agriculture et de la pêche maritime, avait à cet effet entamé, depuis quelques mois, une réflexion inspirée de l’expérience récente de certains pays comme l’Inde, l’Egypte et le Chili. L’idée est de revisiter les anciennes structures pour les préparer sur le plan pédagogique, les arrimer aux technologies les plus récentes, les adosser à la R&D des instituts agronomiques, par exemple, et les doter des moyens d’atteindre le niveau d’efficience et de pertinence. La vulgarisation sera désormais remplacée par le «conseil agricole».

Un revenu multiplié par deux pour trois millions de ruraux

D’abord un constat : le Maroc a pris du retard à revoir cet outil et, avec cela, le dispositif actuel ne couvre guère plus de 5% de la population agricole. L’accent est mis sur le nombre d’actions réalisées plutôt que sur leur impact. Le nombre de ce qu’on appelait les vulgarisateurs a été divisé par 3 en 25 ans et l’on se retrouve aujourd’hui avec un vulgarisateur pour 3 800 agriculteurs.
Le premier volet de cette refonte consiste à restructurer le réseau autour de 16 centres régionaux avec la réhabilitation des entités locales et à donner de la mobilité aux conseillers avec le mot d’ordre de démocratiser le savoir agricole. Ils disposeront d’un téléphone portable, d’un PC et d’une connexion 3G. Ils auront droit à un kit analyse sol et eau, un autre kit de détection de maladies, un véhicule pour deux conseillers…
Dans le deuxième volet, il s’agira de donner naissance à une nouvelle profession de conseillers en élargissant le conseil agricole au privé dont les prestations pourraient, sous certaines conditions, être financées par le FDA. Une telle idée suppose à la fois la responsabilisation de l’agriculteur mais aussi sa participation active aux initiatives. Le conseil sera subventionné au même titre que les autres volets (mécanisation, intrants…). A cet effet, un dispositif légal est déjà en préparation.
Le troisième axe est l’implication des Chambres d’agriculture et des organismes interprofessionnels. Bien entendu, cela n’est pas possible en dehors de la création de nouvelles instances de gouvernance publique et privée au plan régional et national.
L’idée est de faire accéder les agriculteurs aux méthodes les plus modernes pour le travail des sols ou des méthodes de culture. On le sait, certains agriculteurs gardent secrètes certaines de leurs pratiques. Si on ne peut que difficilement le leur reprocher, la parade est de recenser sur un site internet l’ensemble des méthodes issues soit de pratiques connues et qu’il faut généraliser, soit de méthodes modernes testées dans les laboratoires des instituts spécialisées nationaux.
En fait, tous les canaux seront utilisés, qu’il s’agisse de films pédagogiques, de CD, de bandes dessinées ou encore de spots télévisés ou de dépliants. La nouvelle stratégie de développement agricole fait le choix d’«approches transactionnelles» autour de projets de développement concrets (agrégation, reconversion, intensification, diversification).
Les objectifs attendus sont tout simplement de meilleurs rendements, mais aussi et, forcément, l’amélioration du revenu des agriculteurs (plus de 2 à 3 fois pour trois millions de ruraux) et la création d’emplois pour 1 à 1,5 million de personnes.