Pauvreté multidimensionnelle : 2,8 millions de Marocains touchés

Le milieu rural abrite 2,4 millions de pauvres contre 400 000 en milieu urbain. 463 000 individus sont frappés à la fois de pauvreté multidimensionnelle et monétaire. La pauvreté globale concerne, elle, 3,9 millions de personnes.

Le Haut-commissariat au plan (HCP) a présenté, lors d’une rencontre organisée le 4 octobre à Rabat, la première cartographie de la pauvreté multidimensionnelle, à l’échelle de toutes les unités territoriales du Maroc : Régions, provinces, communes, douars et quartiers urbains. Cette cartographie se réfère aux données publiées du Recensement général de la population et de l’habitat 2014 et aux enquêtes du HCP sur la consommation et les dépenses des ménages et sur l’emploi. Elle identifie les segments de la population en situation de privation multiple en termes d’accessibilité à l’éducation, à la santé, aux infrastructures sociales de base, et de conditions d’habitation.

«Pendant longtemps, nous inspirant de l’approche adoptée par la Banque Mondiale, nous avons orienté nos travaux dans l’analyse de la pauvreté au Maroc et la cartographie de sa prévalence, sur la base du seuil monétaire des dépenses des ménages», a indiqué Ahmed Lahlimi Alami, Haut commissaire au plan. Et d’expliquer que «le développement des analyses théoriques relatives à la pauvreté dans le monde a fait prévaloir l’approche de la pauvreté multidimensionnelle, adoptée depuis 2010 par le PNUD, et l’intégration de son indicateur dans le Rapport annuel sur le développement humain comme une dimension significative de l’effort des pays dans ce domaine».

La non-scolarisation des enfants contribue à hauteur de 21,3% à l’indice

L’approche multidimensionnelle considère comme «réductrice» la norme du revenu, par ailleurs difficile à appréhender, pour définir et mesurer la pauvreté et lui substitue plusieurs dimensions socioculturelles, qui renvoient aux conditions de vie du ménage dans leur globalité. Les dimensions privilégiées par le HCP, dans le cadre de cette approche, sont celles dont la non satisfaction a été considérée par les ménages eux-mêmes, lors de l’enquête sur le bien-être de 2012, comme source d’une privation fondamentale ; à savoir les conditions de vie, la santé et l’éducation. S’agissant de la pondération affectée, c’est l’équi-pondération qui a été adoptée au niveau de toutes les dimensions et de leurs composantes. Sur ces bases, un ménage est considéré en situation de pauvreté multidimensionnelle, lorsqu’au moins 30% de l’ensemble cumulé des dimensions des besoins retenus ne sont pas satisfaits.

La pauvreté multidimensionnelle décline un taux de prévalence de 8,2% à l’échelle nationale, touchant 2,8 millions de citoyens, dont 400 000 en milieu urbain et 2,4 millions en milieu rural, avec des taux de prévalence respectivement de 2% et de 17,7%. La privation en termes de scolarisation des adultes explique, à elle seule, 34% de la pauvreté multidimensionnelle au niveau national. La non-scolarisation des enfants contribue, quant à elle, à hauteur de 21,3% à l’IPM (Indice de la pauvreté multidimensionnelle). Dans l’ensemble les déficits en termes d’éducation expliquent un peu plus de la moitié de la pauvreté multidimensionnelle (55,3%). Quant aux privations en termes d’accès aux infrastructures sociales de base, elles expliquent 19,7% de la pauvreté multidimensionnelle. Cette contribution s’élève à 14,1% pour les privations en termes de conditions d’habitat et à 10,9% en termes de santé.

La pauvreté monétaire touche 1,63 million de personnes

Quant à la pauvreté monétaire, elle touche près de 2% des citoyens en milieu urbain (330 000) et 9% en milieu rural (1,3 millions). Cependant, 45% des citoyens qui ne sont pas concernés par ces chiffres dénoncent la pauvreté qu’ils subissent au niveau de leur vécu. Par ailleurs, le HCP a réalisé une typologie des ménages, consistant à déterminer le noyau dur de la pauvreté, représenté par la catégorie des ménages qui cumulent les deux formes de pauvreté, multidimensionnelle et monétaire. Le poids démographique de ces trois groupes détermine le taux de pauvreté globale.

C’est ainsi que la distribution des pauvretés et de leur cumul montre que 3,5 millions de personnes (10,3 % de la population) connaissent une seule pauvreté.

Le noyau dur de la pauvreté est, lui, constitué de 463 000 personnes (1,4% de la population) frappées à la fois par la pauvreté multidimensionnelle et la pauvreté monétaire. De ce fait, le volume de la pauvreté, sous ses formes monétaire et multidimensionnelle, est de 3,9 millions de personnes, soit un taux de pauvreté globale de 11,7% (3,9% dans les villes et 23,7% dans la campagne).

In fine, la cartographie de la pauvreté multidimensionnelle présente un grand intérêt pour les décideurs, aussi bien au niveau national, régional, que de toutes les unités territoriales de base, dans la mesure où elle leur permet de connaître non seulement la localisation des poches territoriales de la pauvreté, mais également le poids relatif des facteurs qui concourent à la prévalence de ce phénomène.