Patrimoine immatériel : le capital humain, talon d’Achille

L’actif intangible par habitant du Maroc représente à  fin 2013 près de 31 600 dollars sur une richesse totale de 41 800 dollars sur la base de données de la Banque Mondiale. Ce niveau jugé relativement élevé est pénalisé par un faible capital humain.

C’est une notion dont on entendra beaucoup parler au cours des années à venir. Le capital immatériel était au centre de la dernière conférence-débat de la Fondation Attijariwafa bank tenue le 23 octobre dernier. Les éclairages de trois experts, Jean Pierre Chauffour, économiste principal auprès de la Banque Mondiale, Tawfik Mouline, président de l’Institut royal des études stratégiques (IRES) et Jean Claude Dupuis, professeur à l’Institut d’administration des entreprises de Paris, ont permis de cerner les enjeux et les implications de ce concept qui a acquis une importance particulière depuis que le Souverain a lancé une étude pour mesurer la valeur globale du Maroc entre 1999 et fin 2013, qui suppose donc d’évaluer le capital immatériel, lors de son discours du 30 Juillet dernier.

Pour résumer l’enjeu de ce chantier, Mohamed El Kettani, PDG du groupe Attijariwafa bank, rappelle que le Maroc s’est toujours basé, comme la plupart des pays, sur l’indicateur économique classique qu’est le PIB. Désormais, la prise en compte du capital immatériel va permettre d’apprécier tous les efforts déployés par l’Etat, en intégrant d’autres facteurs (les compétences humaines, la cohésion sociale…), l’objectif ultime étant d’apprécier au mieux l’impact des grands projets structurants initiés par l’Etat sur le vécu des citoyens.
Il est à vrai dire déjà possible d’avoir une idée sur le capital immatériel du Maroc en se basant sur des rapports publiés par la Banque Mondiale depuis 2006. Il en ressort que l’actif intangible par habitant du Maroc représente à fin 2013 près de 31 600 dollars sur une richesse totale de 41 800 dollars, selon les calculs de l’IRES sur la base des données de la Banque Mondiale. Avec de tels indicateurs, le Maroc reste dans la catégorie des pays à revenu intermédiaire pour lesquels la part du capital immatériel dans la richesse nationale se situe entre 50 et 70%. La démarche lancée à présent par le Maroc permettra d’affiner les données de la Banque Mondiale en l’étendant à des domaines qui ne sont pas pris en compte : les ressources halieutiques, les ressources en eau, les énergies renouvelables, l’économie informelle…

Mais mis à part ces ajustements méthodologiques, il apparaît déjà que le Maroc doit avoir comme priorité de développer son capital humain qui reste la composante la plus faible de son patrimoine immatériel. Cela suggère deux domaines potentiels de réformes, selon la Banque Mondiale. D’abord accroître l’efficacité et l’efficience des dépenses publiques d’éducation, notamment à travers une meilleure/autre gouvernance de l’école. Ensuite, mettre en œuvre des réformes axées sur la croissance économique afin d’augmenter le retour sur investissement de l’éducation.