Pas encore d’engagements et d’objectifs chiffrés pour le contrat programme des IMME

Les pouvoirs publics se refusent toujours à  communiquer les engagements chiffrés qui seront pris par l’Etat dans le contrat programme. Les responsables avancent une question de validation.

Ceux qui s’attendaient à avoir plus de visibilité sur ce que seront les industries métallurgiques, mécaniques et électromécaniques après le contrat programme sectoriel devront prendre leur mal en patience. La dernière assemblée générale de la Fédération professionnelle du secteur a certes été l’occasion de s’enquérir d’une partie des résultats de l’étude confiée à cet effet au cabinet Valyans, mais elle n’aura pas permis de savoir combien l’Etat devra débourser pour soutenir ce secteur. En effet, le ministère de l’industrie, du commerce et des nouvelles technologies a fait valoir son veto pour la non-divulgation des engagements et des objectifs chiffrés que devra fixer le contrat programme. «Pour l’instant, les engagements chiffrés ne peuvent être communiqués vu qu’ils ne sont pas encore validés au niveau du ministère». C’est en ces termes que Watiqa El Khalfi, directrice de l’industrie au sein du ministère, justifie cette décision.

En fait, cette situation est particulièrement problématique dans le sens où le schéma de travail retenu pour l’élaboration du contrat programme fait de la définition des engagements et des objectifs chiffrés la première phase du projet. De ces objectifs devaient en principe découler les mesures concrètes à mettre en place. Aujourd’hui, les trois parties (ministère, fédération et cabinet d’étude) se retrouvent dans une situation paradoxale où ils travaillent sur les autres phases, à savoir la définition de la stratégie et l’élaboration de la feuille de route, sans que la première phase, celle de la détermination de l’engagement de l’Etat vis-à-vis du secteur et les objectifs chiffrés que ce dernier devra atteindre en retour, ne soit finalisée ! Cela peut-il avoir un impact sur les délais de réalisation du contrat programme ? A en croire la volonté affichée par les parties prenantes, on serait tenté de répondre par la négative.

Quoi qu’il en soit, la partie présentée de l’étude élaborée par Valyans aura au moins le mérite de permettre aux professionnels de disposer d’argumentaires de poids pour convaincre les pouvoirs publics de mettre la main à la poche. D’abord, au niveau du déficit de la balance commerciale, l’impact des IMME est considérable. Selon Valyans, la contribution de ces industries aux importations du Maroc est estimée à 16,5% au moment où sa part dans les exportations se limite à 3,5%. En assurant un meilleur approvisionnement en matières premières aux industriels du secteur, et en soutenant le renforcement de leurs capacités d’exportations, deux volets inclus dans les objectifs fixés pour le contrat programme, les pouvoirs publics permettront aux IMME de redresser la balance et contribuer ainsi à la réduction du déficit commercial.

L’activité connaît des difficultés cette année

L’autre atout de taille concerne l’impact que pourrait avoir le développement de ce secteur sur d’autres. En effet, «la particularité de notre secteur est qu’il se positionne à l’amont d’autres, comme l’automobile, l’aéronautique où les énergies renouvelables, qui connaissent un développement important», affirme-t-on auprès de la FIMME. En soutenant ce secteur, ce seront donc tous les autres secteurs dits applicatifs qui devraient en profiter également. Ces arguments devraient peser de leur poids puisque les pouvoirs publics partagent déjà la volonté de la fédération de mettre en place une stratégie axée sur la facilitation de l’accès aux matières premières, le renforcement des capacités du capital humain, l’encouragement de l’innovation et l’investissement, le développement de l’export et l’amélioration de la compétitivité des entreprises. 

Le contrat programme devrait par ailleurs retranscrire des mesures à même de renforcer les débouchés du secteur pour lui permettre de profiter au mieux de la dynamique que connaissent les secteurs applicatifs. «L’intégration industrielle du secteur nécessite une mise en adéquation de l’offre des entreprises, grâce notamment au renforcement des capacités techniques, humaines et financières, et ce, dans un cadre global de renforcement de la compétitivité de ces entreprises», explique-t-on auprès du cabinet Valyans. Une fois cette intégration atteinte, les entreprises du secteur devraient être armées pour mieux conquérir les marchés à l’export.

En attendant la mise en place concrète de ces mesures, il y a lieu de noter que le bilan que font les professionnels des derniers mois d’activité n’est pas très rassurant. La dégradation de la conjoncture internationale, combinée aux difficultés sur le plan national, a engendré un essoufflement de l’activité des IMME, ce qui laisse place à un vent de pessimisme tant que le contrat programme n’est pas mis en place. Ceci a d’autant plus été renforcé par la dernière coupe budgétaire opérée par le gouvernement qui a directement impacté les investissements dans les BTP, un des principaux secteurs applicatifs avec lequel travaillent les professionnels des IMME.