Parc auto de l’Etat : 115 000 véhicules dont 38 000 motos «M rouge»!

En trois ans, le parc auto de l’administration centrale a crû de 10,2%, atteignant 57 324 véhicules. Le parc des collectivités locales et entreprises publiques totalise le même nombre d’unités.

L’Exécutif, confronté aux dures réalités de la crise, veut faire la chasse au gaspillage, raboter autant que possible les dépenses non incompressibles, et, comme le gouvernement d’alternance en 1998, il entend commencer par donner un tour de vis à la gestion du parc automobile. Une circulaire dans ce sens est en préparation chez les services du chef du gouvernement, et le ministre des finances, Nizar Baraka, en a déjà informé les conseillers. Le ministre istiqlalien a même fourni quelques indications à propos de cette réforme, comme l’arrêt de l’achat de voitures de luxe ou encore la suppression du cumul de la prime au titre de la voiture personnelle et l’utilisation des véhicules de service. La Loi de finances 2013, dont les contours seront dessinés dans la lettre de cadrage que le chef du gouvernement devra bientôt adresser à ses ministres, comportera, selon M. Baraka, les mesures relatives à cette réforme.

Avec des dépenses d’investissement en constante augmentation, ce qui est une bonne chose, la seule alternative pour maîtriser les dépenses publiques, éviter de laisser trop filer le déficit budgétaire (6,2% du PIB en 2011 et 5% prévu pour 2012) et, au bout, la hausse de l’endettement, c’est de couper dans les dépenses de fonctionnement. Mais toutes les dépenses de fonctionnement ne se prêtent pas, du moins pas facilement, à un traitement de choc, à une cure d’amaigrissement. C’est le cas des dépenses de personnel ou encore de la dette. Il reste donc celles de la compensation et des autres biens et services (eau, électricité, parc auto, achat de mobiliers et fournitures, etc.). Pour la compensation, les premières mesures de réduction de la charge sont maintenant connues : hausse des prix des produits pétroliers, en attendant l’aboutissement de la réforme promise par le gouvernement.

S’agissant des autres biens et services, il faut dire que des efforts ont été faits depuis quelque temps sur certains segments de dépenses, mais pas sur celui du parc auto.
Celui-ci n’a cessé en effet de croître année après année pour atteindre aujourd’hui 57 324 véhicules (chiffre arrêté au 31 décembre 2011). Et il s’agit là du seul parc de l’Etat, c’est-à-dire non compris celui des collectivités locales et des entreprises et établissements publics.

Le parc des cyclomoteurs a augmenté de 18% entre 2008 et 2011

En trois ans seulement (2008 et 2011), le parc auto de l’Etat a en effet augmenté de 10,22%, selon les statistiques de la Société nationale des transports et de la logistique (SNTL) qui a succédé à l’Office national des transports. Dans cet ensemble toutefois, l’évolution n’est pas la même pour tous les genres de véhicules. Ce que montrent les statistiques de la SNTL, c’est qu’en effet le nombre de voitures de tourisme dites de «conduite intérieure» accuse une légère baisse depuis 2010
(-3,2%), mais après des hausses successives depuis au moins 2008. Celui des cyclomoteurs a augmenté de 18% entre 2008 et 2011, tandis que les autres catégories ont enregistré une quasi-stabilité (voir tableau). Une situation sans doute liée à l’avènement de la crise et à la décision prise par le gouvernement précédent de diminuer les dépenses de biens et services de 10%.

Il n’empêche que dans le contexte actuel, 29,05 milliards de DH de dépenses de matériel, c’est évidemment beaucoup, d’autant que ce montant représente une augmentation de 8% par rapport à 2011. Avec la dernière hausse des prix des carburants, et à situation inchangée, les charges pour le Budget de l’Etat, en ce qui concerne le parc auto, ne peuvent que s’accroître.

Concernant le parc des collectivités locales et des établissements et entreprises publics, sa consistance est, à l’unité près, égale à celle de l’administration centrale : 57 324 véhicules, tous genres confondus, selon les chiffres fournis par la SNTL qui portent sur la seule année 2011 (donc pas de possibilité d’en établir l’évolution historique).

Sur ce total, 55,6% des véhicules appartiennent aux collectivités, soit 31 883 unités. Comme pour l’administration, le gros du parc des collectivités est constitué de véhicules utilitaires (13 133 unités) et de cyclomoteurs (11 644). Idem pour les établissements et entreprises publics : sur un parc de 25 441 unités, 12 084 sont des véhicules utilitaires et 6 021 des cyclomoteurs.

Les véhicules utilitaires arrivent en tête

Ainsi, le parc des véhicules utilitaires de l’administration centrale, des collectivités locales et des établissements publics totalise 48 355 unités. Il se situe au premier rang en terme de consistance. Il est suivi par le parc des cyclomoteurs : 38 061 dont, curieusement, le plus grand nombre se trouve dans l’administration (20 396). Comment expliquer une présence aussi forte de ce moyen de locomotion dans le parc public en général et dans celui de l’administration en particulier ? Est-ce un indicateur que dans la fonction publique aussi bien étatique que territoriale les postes subalternes prédominent ? Dans les collectivités locales, sans doute avec les moqaddems, chioukhs et conseillers communuaux qui se voient dotés d’une motocyclette. Mais au niveau central ? Selon les données de la direction du budget du ministère des finances, 52% des effectifs budgétaires civils sont des cadres ; les agents de maîtrise représentant 24,2% (130 400 personnes), et les agents d’exécution 20,9% (112 500 agents). On voit donc que même si le taux d’encadrement est assez élevé dans l’administration, ceux qui, de par leur position (on voit mal un directeur enfourcher une moto de service pour se déplacer, alors qu’ailleurs, cela se pratique), peuvent utiliser un cyclomoteur y sont encore nombreux. A cela, il faut ajouter le fait qu’au cours de ces dernières années, le corps de la police de proximité s’est équipé en masse de motos, dans le souci de faire de la lutte préventive contre la petite criminalité.  
Quoi qu’il en soit, et avec 115 000 véhicules, le Maroc peut être considéré comme suréquipé en moyens de transport, en comparaison avec d’autres pays (voir encadré) et, surtout, au regard des moyens financiers dont il dispose.

Lorsque Abderrahmane El Youssoufi est arrivé au gouvernement au début de l’année 1998, l’une des toutes premières décisions qu’il avait prises était de réformer le parc auto non plus seulement de l’Etat mais de tout le secteur public (décret de février 1998 et circulaire d’avril 1998). En quelques mois, 13 600 voitures de tourisme appartenant à différents ministères avaient été cédées (très souvent aux fonctionnaires, moyennant des décotes, suivant l’âge du véhicule). De 85 600 unités, le parc auto public retomba rapidement à 72 000, dont la moitié appartenait aux collectivités locales et aux établissements publics. Autrement dit, le nombre les véhicules (au sens large) de l’administration se situait autour de 36 000 unités. Aujourd’hui, on en est à plus de 57 300. Visiblement, le parc s’est donc vite reconstitué. Est-ce dû seulement à la hausse de l’effectif des fonctionnaires (plus de 17 000 recrutements en moyenne annuelle ces cinq dernières années) ? Y a-t-il d’autres raisons à cette croissance ? Un audit s’impose ; le gouvernement le fera-t-il ?