Parapharmacie : 50% des ventes hors du circuit officiel

12 pharmaciens envisagent d’attaquer Marjane en justice : l’enseigne a décidé d’implanter des rayons spécialisés dans la parapharmacie dans ses magasins.
La loi confère le monopole de la commercialisation aux officines mais elle n’est pas respectée.
Un marché juteux : le chiffre d’affaires atteint 450 MDH.

Nous le relations dans la rubrique «En direct»  de notre précédente édition (www.lavieeco.com) : le torchon brûle entre les douze pharmaciens installés dans les  galeries commerciales des hypermarchés Marjane et la direction de cette enseigne. Les premiers ont décidé de saisir la justice pour concurrence déloyale parce que l’enseigne a décidé de monter des rayons consacrés à la parapharmacie dans ses différents magasins.
De manière générale, la profession, qui a récemment tenu plusieurs réunions avec la Santé, son département de tutelle, interpelle le ministère pour une modification de la législation parce qu’elle estime que la distribution des produits parapharmaceutiques se caractérise par une anarchie totale. Il s’agit précisément du dahir 17-04 relatif au code de la pharmacie qui, entre autres, définit le médicament et organise sa distribution. Dans son article 4, le dahir définit les produits parapharmaceutiques à indication thérapeutique, même s’ils ne contiennent pas de substances vénéneuses, comme des médicaments. De ce fait, sont automatiquement intégrés sur la liste les dermo-cosmétiques car ils sont prescrits par le dermatologue et ont un effet thérapeutique. On peut citer notamment les anti-rides (contenant du collagène, botox…) et les produits anti-acné. Les compléments alimentaires sont également, selon le même texte, des médicaments car, au Maroc, ces produits ne servent pas comme compléments vitaminiques autant qu’ils sont prescrits en appui à des traitements notamment en cas de pathologies chroniques lourdes, pour corriger une carence. «Ce sont donc des médicaments», précisent les pharmaciens. Il en est de même pour certains consommables et appareils utilisés en traumatologie, qui contiennent parfois des antibiotiques. Partant de cette définition, le législateur a donc institué, dans l’article 30 de la loi 17-04, le monopole de la distribution de ces produits au profit des pharmaciens.

Une partie du circuit échappe au contrôle
En clair, c’est le non-respect de la définition des produits parapharmaceutiques fixée par la loi 17-04 par les boutiques spécialisées et certains grossistes qui est donc à l’origine de cette anarchie. En effet, si, dans d’autres pays, la parapharmacie porte essentiellement sur les produits dermocosmétiques, au Maroc il y a, explique un pharmacien de Casablanca, une confusion dans la mesure où la gamme des produits vendus en parapharmacie est plutôt large. Sont également proposés dans les mêmes espaces des consommables et des compléments alimentaires. «Cette confusion gêne fortement les pharmaciens et les empêche de développer leur activité de parapharmacie», déplore-t-on. La situation est aggravée par la multiplicité des distributeurs. En plus des officines et des boutiques spécialisées, les produits parapharmaceutiques sont commercialisés directement par les grossistes ainsi que par des parfumeries et même des drogueries. Il n’existe donc aucune traçabilité dans ce circuit qui échappe totalement au contrôle des inspecteurs de la direction de la pharmacie et du médicament (DPM), alors que les pharmacies et les laboratoires sont strictement surveillés comme le stipule la loi. Pour la profession, l’absence de contrôle est un recul de la nouvelle loi puisque l’ancien dahir de 1960 relatif à l’exercice de la pharmacie prévoyait le contrôle de toute structure commercialisant les médicaments.
Outre le non-respect des textes, la liberté des prix de la parapharmacie, contrairement aux médicaments, explique l’anarchie dénoncée. Plusieurs pharmaciens de Casablanca et Rabat, notamment, signalent que les grossistes et les boutiques spécialisées affichent des prix inférieurs de 25 à 30 % à ceux des officines. Ce qui explique, toujours selon ces mêmes sources, la baisse de 50 % du chiffre d’affaires de la parapharmacie dans les officines. Notons que pour celles qui sont situées en centre-ville, ces produits représentent 20 à 25% du chiffre d’affaires, tandis que dans les quartiers populaires, cette part atteint seulement 5 %. Il y a donc des opportunités sur cette niche qui pèse 450 MDH dont la moitié réalisée par le circuit non autorisé.